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Essais

Grossesse à l'adolescence suite à un viol

À 14 ans, je suis tombée enceinte suite à un viol. Voici le récit de ces 9 mois difficiles, de l'agression à la décision d'adopter ma fille, India.

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Oui, je sais, les préservatifs existent et les pilules ne sont pas faites pour les "chiennes"… Mais allez plutôt dire ça à la personne qui m'a agressée lors d'une soirée.

Je devais aller aux toilettes et, en tant qu'habituée des lieux, j'y suis allée seule. Je me sentais bizarre, comme l'impression d'être dans un rêve aux images floues. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs à partir du moment où j'ai bu mon verre dans lequel quelqu'un avait mis une drogue. Pour aller aux toilettes, il faut traverser un espace de 6 mètres dans la pénombre. Pas beaucoup, mais c'est là qu'il m'a attrapée.

D'un côté, je suis contente de ne pas m'en souvenir totalement, mais d'un autre, je ne peux pas me rappeler son visage. Au début, je ne m'étais même pas rendue compte que c'était un viol, je croyais que c'était un attouchement.

Il ne m'a gardée que quelques minutes, puis m'a menée aux toilettes et est parti. Je suis restée plantée là, puis j'ai vomi. Je n'étais pas ivre : c'était soit la drogue, soit ce que je venais de vivre.

Une fois revenue à la soirée, les autres me demandaient sans arrêt si ça allait. Je leur répondais que j'étais fatiguée. J'essayais de me rappeler comment j'avais fini dans les toilettes et pourquoi j'avais mis du temps à y aller. Tout ce dont je me rappelais, c'était ces paroles : "Bordel, lève ton cul". Et je me rappelais des sensations.

Je n'ai pas crié, je n'ai pas pleuré, j'étais pétrifiée. Pétrifiée par la drogue, mais aussi par ce qui était en train de se passer. D'ailleurs, que se passait-il ?

Je suis partie chez une amie chez laquelle je devais dormir cette nuit-là. Une fois chez elle, on a remarqué une grosse tache rouge sur mon pantalon. Première réaction : "Oups, je suis réglée".

Le lendemain, un peu de sang mais pas grand-chose, et toujours aussi mal au ventre que la veille. Je ne me suis pas inquiétée pour le peu de sang : ça ne faisait pas longtemps que j'étais réglée et c'était toujours très faible. Je suis rentrée chez moi, toujours perturbée, n'arrivant pas à oublier l'une des seules paroles que j'avais retenues et les images floues.

Et cette nuit-là, j'ai fait un rêve, non, un cauchemar, qui me refait la scène de la veille avec plus de détails. Toujours flou, mais là je me rends compte qu'il s'est passé quelque chose. Attouchement, bien sûr… Je ne pense même pas au viol, c'est insensé pour moi.

La vie continue et les symptômes apparaissent

Deux mois plus tard, je me rends compte que je mange énormément et que j'ai toujours faim. J'ai aussi beaucoup de nausées. Mais je prends ça pour le stress dû aux examens qui approchent.

Puis, trois jours après m'être rendue compte que je mangeais beaucoup, je vomis. Ma mère pense à une indigestion, quoi de plus normal avec tout ce que j'ingurgitais.

Au niveau du ventre, je n'en avais pas pris énormément. Je mettais encore des ceintures avec les mêmes pantalons ; j'avais un mini bide, mais avec ce que je mangeais, c'était normal de prendre du poids.

Une semaine plus tard, je revomis et je refais le même rêve que deux mois auparavant (je l'ai refait plusieurs fois pendant quelques jours, puis c'est parti, et ensuite c'est revenu). Je décide alors de parler de ce rêve à une amie.

Après un moment, elle me dit — sans que je lui aie dit que j'avais des symptômes bizarres — de faire un test de grossesse. Je n'ai pas accepté, pas entièrement du moins. J'avais 14 ans, je ne me voyais vraiment pas entrer dans un magasin pour acheter un test de grossesse. Au bout de quelques jours, elle me dit qu'elle veut bien aller l'acheter elle-même. J'accepte.

Après notre dernier examen, je pars avec elle en ville. Elle achète le test et, bien caché dans mon sac, on part dans les toilettes d'un cinéma. On lit attentivement le mode d'emploi, puis je me lance. Elle m'avait fait boire au moins un litre d'eau, et là, je devais vraiment aller aux toilettes.

Après quelques minutes et une grande inspiration, on regarde le résultat et là, je craque. J'ai pleuré pendant 15 minutes, regardant toutes les 5 secondes le test pour voir si on n'avait pas mal vu… Est-ce possible que le test se soit trompé ? C'est déjà arrivé, pourtant. Puis je me décide à dire que j'ai bien les symptômes d'une grossesse et pas du stress.

J'étais à deux mois et demi. Or, on ne peut pas avorter après les trois mois, alors il fallait que je me dépêche de le dire à mes parents. Mais comment ? Je me voyais mal, avec mon petit corps d'enfant, dire à mes parents : "Je suis enceinte".

J'ai mis une semaine à trouver un moyen. Un peu lâche, car je ne l'ai pas dit : j'ai mis le test sur la table de nuit de mes parents. Cette nuit-là, il y a eu beaucoup de mouvements, on voyait qu'ils hésitaient à me réveiller. Ils m'ont laissée "dormir" parce que je les écoutais. J'ai entendu ma mère pleurer, mon père crier en murmurant en même temps.

L'annonce aux parents

Le matin, je crois que je me serais bien jetée par la fenêtre. Qu'allaient-ils faire ? Qu'allaient-ils dire ? Comment devais-je réagir ? Arriver, leur faire la bise ? Une fois la porte de la cuisine ouverte, j'ai cru assister à une scène durant laquelle on venait d'annoncer un décès quelques minutes plus tôt.

Ma mère s'est mise à pleurer, moi aussi. Mon père, lui, était aux lords des larmes et septique.

Au bout de quelques minutes, ma mère me demande : "Comment cela est-il arrivé ?"

Je lui réponds en essayant de ne pas être trop directe : "À ton avis ?" — "Non, non, je veux dire, tu voulais le faire ?"

J'ai baissé les yeux et je me suis remise à pleurer. Honteuse, je leur ai dit enfin : "J'ai été violée".

Et là, ils ont compris pourquoi, depuis quelques temps, je ne parlais presque plus, je répondais par des questions courtes, je passais mon temps dans ma chambre et je ne voulais plus aller à l'école.

Ma mère s'est remise à pleurer et mon père s'est énervé contre le type qui m'avait fait ça, bien entendu sans savoir de qui il s'agissait. Ensuite, il m'a demandé : "Pourquoi tu ne nous l'as pas dit ?" Je trouvais cette question un peu idiote. Déjà, quand on a un rapport parce qu'on le veut, on ne le dit pas, ou alors seulement à sa mère. Alors pour un viol… savoir qu'on a perdu sa virginité sans le vouloir, par violence… Enfin, je ne trouve pas le mot, mais l'idée est là.

La décision : avortement ou adoption ?

Après avoir longuement discuté de tout ça, on est arrivés au fait qu'il fallait avorter. J'en étais presque à trois mois, plus qu'une semaine. On s'est dépêchés d'aller voir un gynécologue qui nous a prises le jour même. Il a dit que l'avortement serait très, très mauvais à ce niveau-là, surtout pour moi qui étais petite et mince avec seulement 14 ans. Alors ma mère a demandé si l'accouchement serait aussi mauvais. Il a répondu : "Non, pas plus mauvais qu'un autre, juste plus difficile".

Là, j'ai encore craqué. Je ne voulais pas accoucher, et en même temps, avorter c'était maintenant ou jamais. Psychologiquement, je n'étais pas prête. Quant à mon corps, je m'en foutais un peu : pour moi, j'étais déjà souillée.

Alors le gynécologue a dit : "Sinon, il y a l'adoption".

J'ai réfléchi. Mentalement, j'aurais encore six mois pour me préparer… Mais j'allais avoir un gros ventre et je devrais aller à l'école avec…

Après avoir longuement discuté, on a décidé d'aller au terme de la grossesse et de faire adopter l'enfant.

Six mois d'attente et de changements

Je suis retournée à l'école pendant un mois. J'arrivais encore à cacher mon ventre avec de gros pulls et ma mère a fait faire un certificat disant que je ne pouvais pas faire de gym car j'avais été opérée du genou. Je me suis mis un bandage pour faire comme si.

Puis, quand je me suis rendue compte que cacher mon ventre devenait de plus en plus difficile — d'autant plus que le temps se réchauffait —, j'ai supplié ma mère de trouver une solution pour que je continue de travailler sans aller à l'école. Là, elle a dû prévenir l'école et a fait venir des professeurs particuliers en maths, français, chimie, etc. Des amis m'apportaient mes feuilles. Ils avaient dit à tout le monde que j'avais des problèmes de santé et que c'était sûrement un cancer. J'ai accepté cette idée.

Mon ventre se mettait à grossir et je ne savais pas comment réagir face à mes parents. J'avais mal au dos et automatiquement, je mettais ma main sur mon ventre… Vraiment un geste que je faisais sans réfléchir. Mais j'essayais de ne pas le faire devant mes parents. Mettre ma main sur mon ventre, c'était dire que j'aimais ce bébé. Non que je ne l'aimais pas, mais il ne fallait pas que je m'en attendrisse. Déjà, il était le fruit d'un viol et puis, j'allais le faire adopter. Mais j'étais enceinte et j'avais envie d'en profiter, que je le veuille ou non. Une grossesse reste un événement qui a ses merveilles, comme quand on sent le bébé donner des petits coups ou bouger.

La vie à la maison était tout de même de plus en plus invivable. Mes parents m'observaient à chaque fois que je bougeais. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être avaient-ils peur que je me mette à sourire en regardant mon ventre.

Ces six mois furent tout de même très, très longs. Déjà, chercher un couple pour l'adoption : je n'étais jamais d'accord avec ma mère. En même temps, elle avait plus d'expérience que moi et était moins naïve. Mais d'un côté, c'était mon bébé et c'était à moi de choisir chez qui il irait vivre.

Au bout d'un moment, on a rencontré un beau petit couple : une femme d'origine espagnole qui avait essayé l'insémination artificielle plusieurs fois sans succès, et un homme du Congo qui adore les mêmes choses que moi. Je les ai directement aimés, ces deux-là. Ils sont super gentils, ils aiment le théâtre (d'ailleurs, la femme est comédienne). Ils n'étaient pas très riches, mais ça je m'en fichais : il allait être bien là. Entouré de ce que moi j'aimais, le théâtre, la musique et même le milieu médical par son papa adoptif.

Je leur donnais des échographies, ils étaient super heureux et moi aussi. Enfin, quand j'étais chez eux, car ailleurs… Non, je pleurais souvent et j'étais en plus très fatiguée.

L'accouchement et la suite

Puis est venu le jour de l'accouchement… Trois petits points, parce que c'est vraiment horrible… Enfin, pour moi, ça a été très, très douloureux, jusqu'au moment où la péridurale a fait son effet. Mais je précise qu'on sent qu'il se passe quelque chose, mais on n'a pas mal, c'est très bizarre comme sensation. L'accouchement a duré — à partir du moment où tout le monde était là et que c'était bien officiel, le bébé devait partir — un truc comme sept heures.

En fait, je ne sais pas si c'est plus long que la normale, mais en tout cas, c'était long. J'étais crevée par les six mois précédents et puis par ma nuit blanche due à la douleur.

Et puis enfin, une petite fille est apparue. Je me suis endormie, une minute plus tard, quasi.

Ensuite, le couple qui allait adopter ma fille — j'ai un peu de mal à dire "ma" fille — est venu me voir. On a beaucoup parlé et est venu le moment que je ne voulais pas voir arriver : le prénom de l'enfant… Ils insistaient pour que je choisisse le prénom… Pour finir, je leur ai donné les trois prénoms féminins que je préfère : Alice, Sarah et India.

Ils ont opté pour India.

Et vous savez ce qu'il y a de pire là-dedans ? C'est qu'un an plus tard — il y a quelques jours — j'ai vu India pas très longtemps, parce que je ne veux pas la voir (je sais, ce n'est pas gentil, mais je veux faire une croix là-dessus). Et bien, elle a un type espagnol…

Ce qui veut dire que le type qui m'a agressée est d'origine espagnole, voire italienne. Or, une amie a parlé à un type de cette origine qui a demandé à qui était mon verre… On va essayer de le retrouver, elle se souvient de son visage et il doit être de la région, alors on croise les doigts.

Pour le reste, j'ai repris l'école et j'ai de bonnes notes. J'ai beaucoup changé durant ces neuf mois : je suis plus mature et mes vêtements sont moins enfantins. Et à la maison, mes parents n'ont pas trop changé d'attitude, sauf qu'ils prennent cent fois plus de précautions. Si je sors, ils demandent à tous mes amis de ne pas me quitter. Et je dois rester dans un bâtiment — tant pis si je dois aller aux toilettes — dès qu'il commence à faire noir.

Mais de toute façon, maintenant, ça ne me sert à rien de me le dire, je fais super attention et mon verre ne me quitte plus.

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