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Essais

Force maléfique

Dans sa nouvelle demeure, une jeune femme découvre une armoire antique au grenier. Libérant sans le savoir une force maléfique, elle sera hantée par des voix la condamnant au même sort funeste que ses aïeules.

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J'achevais à peine l'aménagement de mon tout récent foyer, ma sœur y ayant également contribué. Puisque je vivrais seule, ce qui représentait pour moi une expérience tout à fait inédite, elle m'avait suggéré de m'établir dans la demeure du jardinier, avec le temps devenue inutile, aux limites de son domaine. Puisqu'elle était entourée d'arbres, la maison, malgré sa petite taille, transmettait une certaine impression de grandeur à celui qui s'y attardait. De plus, un potager avait même pris racine dans la cour arrière. Ce dernier contribuait à créer dans mon esprit un sentiment d'aptitude à subvenir à mes propres besoins.

Mon aînée quittait à peine mon nouveau domicile lorsque j'entrepris, aux dernières lueurs du soleil couchant, de visiter plus en profondeur mon premier chez-moi. En passant le seuil de la cuisine, j'entrevis, à l'extrémité du couloir, une porte, étroite certes, qui avait échappé à mes fouilles précédentes. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant qu'elle conduisait à un escalier, car à ma connaissance, la maison n'était pourvue que d'un seul étage. J'entrepris lentement l'ascension des marches, car ces dernières se trouvaient être quelque peu branlantes. Il ne me fallut que quelques secondes pour constater qu'elles ne menaient en fait qu'au grenier.

Siégeait au centre de la pièce, plongée dans un noir total, une armoire de bois de taille titanesque. Guidée par une volonté invisible, quoique grandement apeurée, je m'approchai du meuble antique et trouvai à ses pieds un coffret serti de pierres tout aussi éblouissantes qu'une nuit étoilée, dans lequel une clé, rouillée par le temps, avait été laissée. Encore une fois, poussée par cette puissance impénétrable, j'insérai le fruit de mon exploration dans la serrure et, comme par enchantement, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. Effrayée, je restai sans voix, immobile, paralysée de peur, pétrifiée par la vision qui venait de s'offrir à moi. Une dizaine de minutes passa avant que la sonnerie du téléphone ne me sorte de ma torpeur.

Lorsque j'eus reposé le combiné — ce n'était que ma sœur, s'assurant que tout se trouvait sous contrôle — je me mis au lit, le cœur battant la chamade, épuisée par l'étrange mésaventure dont j'avais été victime. Inopinément, au beau milieu de la nuit, une voix traînante murmurant que j'étais une envoyée de Satan et que, tout comme dans le cas de mes aïeules, la pendaison serait ma mort, me tira du sommeil. Je me retournai vivement afin d'identifier qui pouvait bien proférer de telles diffamations, mais même en pivotant plusieurs fois sur moi-même, je ne pus localiser la provenance de la voix. Terrorisée, tremblante de peur et en sueur, je me réfugiai sous mes couvertures et éclatai en sanglots.

C'est dans ce même état que, le matin suivant, ma sœur et le prêtre du village — que cette première tentait avec peine de dissuader de pénétrer dans la maison — me découvrirent.

« Madame, je vous assure que c'est pour le bien de tous, votre sœur est maintenant sous le contrôle du diable. Il y a à peine un instant, vous m'affirmiez qu'elle n'agissait plus de la même façon depuis quelque temps. Le bûcher et la pendaison sont les seules morts que méritent les femmes telles que les sorcières… »

Il n'eut toutefois point le loisir de me mettre à mort, puisqu'il avait été devancé. En effet, mon corps se balançait, inerte, au-dessus de la table de la cuisine : j'avais moi-même délivré de son cachot la puissance maléfique qui eut raison de mon âme…

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jorie772
jorie772 @jorie772
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