
C'est l'histoire de Lui. L'histoire d'un jeune qui a l'air, apparemment, sans histoire. On dirait de Lui : « Ah, mais c'est un adolescent tranquille, il ne ferait pas de mal à une mouche », et pourtant...
Lui côtoie des personnes : certaines se considèrent comme ses amis, d'autres comme ses ennemis, et enfin certaines n'ont même pas remarqué son existence... Ils ont, peut-être... tous tort.
Lui ne ressemble à personne en particulier. Si, Lui ressemble à Lui. C'est-à-dire à quelqu'un de calme, tranquille. Mais comme on dit, l'habit ne fait pas le moine et il faut se méfier de l'eau qui dort. Lui mène une vie en apparence paisible, sans problème. Il a une famille qui l'aime plus ou moins, des amis qui l'aiment aussi, et des ennemis bien sûr. Mais cela est le quotidien de tout un chacun. Statistiquement, on dirait de Lui qu'il est dans les normes.
Le drame de Columbine : quand l'école devient un champ de bataille
Lui a entendu parler de ce fait divers, comme beaucoup d'autres. C'était il y a quelques années, le 20 avril 1999 : deux adolescents de 18 ans tuèrent treize de leurs camarades et professeurs au Columbine High School de Littleton, Colorado, États-Unis. Armés jusqu'aux dents, ils arrivèrent un matin avec un plan bien déterminé, bien préparé. Tout pourtant ne s'est pas passé exactement comme ils le voulaient, mais ils ont continué. Leurs raisons, seuls eux le savent — ou plutôt le savaient — car ils se sont donnés la mort à la fin de leur action. On a imaginé des tonnes de choses, comme leur rapport au nazisme car leur opération a eu lieu à la date anniversaire de la naissance d'Adolf Hitler. Cela n'est peut-être qu'une coïncidence. Mais personne ne croit aux coïncidences.
De pareils drames ont aussi eu lieu à Dunblane en Écosse, ou à Jonesboro, Arkansas, États-Unis.
À Dunblane, c'est un homme de 43 ans, ex-chef scout, qui assassina 16 écoliers et leur institutrice avant de retourner l'une de ses armes contre lui.
À Jonesboro, deux jeunes de 11 et 13 ans ont tué 4 enfants et une enseignante. Ils avaient neuf fusils ou pistolets sur eux.
Il y a de nombreuses fusillades comme celles-ci tous les ans. Cela peut se passer partout et n'importe comment. « Ce genre de chose n'arrive pas dans un endroit comme celui-ci » est une phrase à bannir.
Le passage à l'acte : quand tout bascule
Lui vivait sa vie de façon ordinaire, et un jour, tout change — ou plutôt tout s'accélère —, s'active comme une bombe à retardement qui se déclencherait. Y a-t-il eu cette fameuse goutte qui fait déborder le vase ? Pas obligatoirement, peut-être juste une prise de conscience, ou d'inconscience.
Lui est là, assis, seul, en apparence calme, tellement que même quelqu'un passant à ce moment-là à côté de Lui ose lui dire : « Il est bien calme, assis là tout seul ». Pourtant dans sa tête, cela bout d'idées.
Lui imagine déjà tout le déroulement de son acte. Il sait déjà comment cela va se faire. Son plan est prêt. Il a tout prévu. Lui ne veut pas faire dans la demi-mesure. Il veut que l'on se souvienne de Lui, il veut marquer l'histoire, être en haut de l'affiche. Lui veut donc faire un maximum de morts. Car la mort fait vendre, la mort fait parler, tous les soirs au journal télévisé.
Un plan minutieusement préparé
Pour cela, Lui sait déjà où et quand cela va se passer : un matin, juste avant le moment de la récré, Lui va déclencher l'alarme pour que tout le monde soit obligé de se réunir dans la cour. Là, il fera exploser à distance les bombes à minuteur disposées dans les poubelles ou sous les bouches d'égout, de multiples charges qui devraient faire déjà de nombreux dégâts.
Mais Lui n'en restera pas là. Il a prévu de se munir d'armes, plus précisément d'une mitraillette de type MP5 pour tuer beaucoup de monde à la fois, tirer dans la masse sans distinction ni de couleurs, ni de race, ni de sentiments ; et d'un fusil sniper pour pouvoir viser plus précisément certaines personnes. Peut-être Lui aura-t-il du mal à se les procurer, mais quand on est déterminé et à bout, on arrive à tout.
Cette situation pourrait tout aussi bien se produire en pleine ville, à une heure de grande affluence, et avec un arsenal réduit, ou bien chez lui lors d'une crise avec les moyens du bord. Car quand on est déterminé et à bout, on est capable de tout.
Les victimes et le silence
Les victimes de son acte peuvent aussi bien être ses ennemis que ses amis. Oui, ses amis, ceux que Lui a pensé prévenir ou à qui Lui a parlé de cela comme d'une blague, mais en définitive, ceux à qui Lui n'a rien dit le jour venu. Car Lui ne dit pas forcément toujours tout, même si ses proches pensent que c'est le cas. Lui a, comme tous, son jardin secret. Le pire n'est pas quand Lui en parle, c'est quand Lui ne parle plus.
L'issue fatale
Et puis finalement, que va-t-il faire ? Pourquoi resterait-il là ? A-t-il encore des choses à faire ici-bas sur terre ? Le sait-il, lui-même ? Lui ne compte pas rester ici pour vivre enfermé, il n'est pas fait pour cela. Lui se sentait probablement déjà enfermé dans le monde dans lequel il vivait, alors pourquoi s'y enfermer encore plus ? Lui compte donc aussi mourir en ce jour, par lui ou par un autre, cela lui est égal. Ce sera une sorte de libération, Sa Libération.
Mais peut-être pas celle d'eux, ses victimes. Plutôt leur jugement dernier à sentence immédiate, pas d'appel possible, sanction irréversible.
Un regard aveuglé par la souffrance
Lui n'a peut-être pas conscience de ses actes, ni de ce qu'ils vont engendrer sur l'avenir de très nombreuses personnes. Lui ne voit que ce qui lui arrive, ses malheurs, ses manques. Il envie surtout ce qu'ont les autres, et ne voit pas tout ce que Lui a. Car Lui, comme eux, en veut toujours plus, veut ce qu'il n'a pas et que les autres ont.
Cela peut être n'importe qui
Cela peut être vous, toi, moi ou bien Lui. Oui, Lui, celui que vous croisez tous les matins, peut-être même que vous connaissez bien — soi-disant — ou alors, celui que vous venez de croiser ou que vous allez croiser dans quelques minutes.
Cela aurait pu se passer hier, mais peut aussi bien se produire aujourd'hui ou demain.