
Ceci est une petite évocation qui se veut poétique autant que possible. Elle s'inspire de la citation de Victor Hugo : « Le vent lit à quelqu'un d'invisible un passage du poème inouï de la création ». Puissiez-vous rêver pendant votre lecture.
Les feuilles bruissent, les arbres flanchent. Le sentier est jonché de jaune, piqué de rouge, tacheté d'orangé. De-ci de-là, quelques mouvements brusques signalent une présence. Ces couleurs à la fois vives et douces me guident alors que j'avance à pas modérés. Les feuilles bruissent toujours, me chantant à l'oreille je ne sais quel doux air de quiétude mélancolique. Les arbres tanguent ; c'est apparemment la fête. Ils dansent aux rythmes inconnus de cette mélodie silencieuse.
Curieux, je ferme les yeux. Mes oreilles captent imperceptiblement cette musique qui fait valser les branches et chanter les feuilles. À tâtons, je m'assois. Un jeune tronc dandinant m'effleure de ses doigts d'écorce. Je me retourne et j'ouvre les yeux. Autour de moi, chaque pousse, chaque branche, chaque feuille me joue de la musique. Les feuilles bruissent, les arbres flanchent.
Tandis que j'observe de mes sens imparfaits, une fraîche rafale de vent me vient au visage. Je comprends alors l'harmonie poétique, le lyrisme naturel et le calme boisé. Je referme les yeux. Mes oreilles sont à présent aux aguets. Je vois la symphonie de la forêt. J'entends le chêne concerter avec le hêtre, je perçois les rythmes sans notes, développés par la brise. Je goûte à cette sérénité tandis qu'autour de moi se rassemblent des présences. Je les ai déjà rencontrées et j'en prends conscience : ils sont là pour la musique.
Les feuilles bruissent, les arbres flanchent. Serein, je marche dans la direction opposée, retournant sur mes pas. Empli de bonheur teinté de tristesse, je leur laisse la place qui est la leur. Remontant le sentier jonché de jaune, piqué de rouge, tacheté d'orangé, j'entends au loin, sous la direction du chef d'orchestre de la nature, les feuilles bruire et les arbres flancher.