
Le masque du sourire
Jeanne est une bonne élève, apparemment heureuse, souriante et agréable. Elle a beaucoup d'amis, et beaucoup d'entre eux pourront dire que son seul défaut est d'être trop gentille.
Pourtant, Jeanne n'est pas heureuse. Elle n'est que le fruit de nos rêves et souffre de devoir servir un monde si corrompu et malsain. Quand Jeanne sourit, sa face cachée pleure ; quand elle rit aux éclats, ses pensées sont aussi sombres que de l'ébène ; et quand Jeanne parle, son âme est aussi noire qu'une nuit de pleine lune.
Néanmoins, personne autour d'elle n'a pu remarquer son côté obscur, pourtant si évident. Jeanne ne sait plus quoi faire : le rôle qu'elle joue depuis trop longtemps lui pourrit la vie et il est trop tard pour revenir en arrière.
La rencontre avec Edouard
Jeanne fait l'effort de ne pas montrer qu'elle souffre, qu'elle en a marre d'écouter les gémissements de ses copines qui se plaignent à longueur de journée. Mais elles ont raison, Jeanne est bien trop gentille ; elle garde tout pour elle et se renferme dans son malheur.
Elle se demande si un jour elle sera heureuse. Mais par un jour pluvieux de février, alors qu'elle est assise sur un des bancs du jardin public, les cheveux dégoulinants d'eau et les bras ensanglantés par les coupures qu'elle vient de se faire avec un bout de verre ramassé par terre — signe d'une réelle incompréhension des autres —, un inconnu d'une quinzaine d'années vient s'asseoir près d'elle...
Jeanne ne le regarde même pas, mais elle sait ce qu'il veut, pourquoi il est là. Elle le connaît, elle le voit passer de temps en temps devant chez elle ; elle le trouve mignon mais n'osera jamais lui dire, parce que Jeanne est timide.
C'est alors qu'il lui prend les bras, toujours rougis de sang. Après les avoir regardés, il les pose délicatement sur son cou. Maintenant, du sang suinte sur son cou et se met à couler le long de son torse. Ils ne se sont échangé aucun mot et ne se sont même pas regardés. Malgré tout, Jeanne sait que lui et elle vont vivre quelque chose de fort, quelque chose de dur, qu'ils seront inséparables et que rien ne pourra gâcher leur amour.
Un amour passionné mais destructeur
Et Jeanne a raison. Elle sait qu'il est fait pour elle. Il sait ce qu'elle ressent et qu'elle n'est pas la petite fille parfaite que tout le monde croit. Il sait qui elle est vraiment, il l'a senti et il l'aime pour ce qu'elle est. Il se fiche totalement du reste.
Depuis, Jeanne est différente. Elle n'écoute pas quand on lui parle, elle ne sourit plus, ne rit plus avec ses amies. Jeanne ne pense qu'à une chose : lui, Edouard, son amour.
Il est comme elle. Ils se sont trouvés au bon moment. Ils étaient tous deux renfermés et se détruisaient, mais maintenant, ils sont deux et s'aiment passionnément.
Quand le bonheur s'effondre
Ses amies ne veulent plus entendre parler d'elle, elles l'ont oubliée car elle était tout simplement heureuse. Mais même si Jeanne affirme qu'elle se moque de ces conséquences, elle sent au fond d'elle qu'elle est malheureuse. Et même l'amour qu'il y a entre elle et Edouard ne peut empêcher cela.
Alors elle doit se rendre à l'évidence : Edouard n'était pas fait pour elle...
Jeanne est encore malheureuse. Il lui manque, elle ne peut se résoudre à l'idée de vivre sans lui, mais elle a conscience qu'il est trop tard.
Jeanne ne va plus au collège, elle ne le supporte plus. Elle erre toute la journée dans les rues vides et sa vie est monotone.
L'épreuve de la falaise
Alors, un jour, elle en a marre. Elle se rend sur la plus haute partie de la falaise qui longe le bord de la mer ; elle veut prendre le temps de réfléchir, de penser. Mais elle est à peine arrivée au bord qu'une main l'attrape par l'épaule et la retient. Elle se retourne et se retrouve face à lui.
Elle comprend, dans son regard, qu'il était venu faire la même chose qu'elle.
Il l'enlace mais ils savent qu'ils ne seront jamais comme avant. Vivre sur cette terre est devenu trop difficile pour eux. Ils savent qu'ils seront malheureux à jamais, même ensemble.
Pour eux, la solution est déjà toute trouvée.
Ils s'approchent du bord et, sans même s'échanger une parole ou un regard, ils sautent... sautent vers un monde de bonheur, où ils pourront s'aimer sans crainte...
Ils le pourront...