
Faire des vagues dans la géopolitique mondiale
À tous ceux qui se sont comparés à Ender. À Orson Scott Card, qui a inspiré certains de mes essais. Enfin à David, qui me fit affreusement penser à Peter Wiggin.
« Vas-y, fais-le.
— Pourquoi le faire ?
— Parce qu'ils t'en donnent l'occasion.
— Ils ne le font pas consciemment.
— Les conseils que je me tue à te donner n'ont-ils pas toujours porté leurs fruits ?
— Cela n'exclut pas la possibilité que tu te trompes.
— Tu ne comprends donc pas ? Si je me trompe, rien ne sera perdu que du temps.
— Certains disaient que le temps, c'est de l'argent.
— Tu maudis toi-même ces gens-là.
— Je le ferai. Même en sachant que j'ai tort.
— Tu le fais parce que ta confiance en moi est aveugle et je t'en remercie. Je te remercie surtout d'être réceptive aux efforts que je fais pour qu'il en soit ainsi. Tu rentres dans mon plan. Tu es conforme, Valentine.
— Ne me détruis pas.
— J'en suis incapable. »
Valentine entra donc le code dans la case réservée à cet effet. Elle était dans le réseau. Ils avaient tous deux longuement étudié le déroulement des réunions des adultes. Elle savait parfaitement comment se former une personnalité à l'image de celle des adultes. Une personnalité plus lunatique, cependant, à cause des élans d'imagination qu'elle subissait. En raison de son jeune âge, pensait-elle. À onze ans, elle savait que la comparaison était possible entre les réactions qu'un être humain peut effectuer à la suite d'un stimulus visuel, et l'augmentation proportionnelle au temps du nombre de points où la mouche qui se trouvait devant son nez pouvait être. Menant tous deux à l'infini, ces études avaient abouti, après maintes réflexions, à la conclusion que le pacte de Varsovie était voué à la rupture.
Ils l'avaient prédit. David et Valentine avaient semé les premières graines de doute, à la manière des philosophes des Lumières. L'égalité attirait les deux enfants. Ils avaient choisi le réseau. Tout le monde partait du même point. Valentine y était opposée. Mais David l'avait contrainte. Puis convaincue. David exprimait les idées à Val. Val les rédigeait et mettait ces idées révolutionnaires sous forme de phrases exceptionnellement bien construites. Mémorables. Petit à petit, leur renommée s'accrut. Ils finirent par être connus mondialement sous le nom sous lequel Val se connectait : Scorpe. On parlait d'eux. Ils avaient réussi.
Mais David dut se rendre à l'évidence. Valentine était à l'origine de ceci. Elle avait eu les mêmes idées que lui. Seulement elle les avait oubliées. David lui dit un jour :
« On vient de t'envoyer une proposition d'une rubrique dans un magazine virtuel.
— J'ai vu. Que faisons-nous ?
— Tu finiras toute seule.
— D'accord. »
Dans les premiers jours, elle crut que l'absence de David allait la libérer. Elle serait coupée du poids qui la fatiguait.
Elle se trompait. C'était pire. Elle était dépendante. Ce qu'elle avait pris pour de la fatigue était en fait de la jalousie. Elle n'y arrivait pas toute seule. Elle alla voir David dans sa chambre, un mois seulement après. Il n'avait pris aucune nouvelle de leur projet, mais Val savait qu'il consultait les historiques des réseaux.
« C'est la décadence. Scorpe perd en popularité. Je ne peux pas continuer seule.
— Ce n'est pas à cause de toi. La F.I. est au courant à présent.
— Tu leur as dit ?
— Oui. »
L'innocence face au pouvoir mondial
Peut-être que des lecteurs penseront qu'il est insensé de croire de telles inepties, surtout sortant de la bouche d'un enfant. D'une part, sur le réseau, David pouvait très bien se faire passer pour un adulte. D'autre part, il avait fourni des preuves. Il leur avait transmis ses analyses du nombre de voyageurs entrant et sortant de l'URSS. Il leur avait même transmis un diagramme qu'il avait trouvé dans les systèmes secrets de la NFYA, qui représentait le nombre d'armes vendues dans les régions couvertes par le pacte de Varsovie. Les preuves étaient irréfutables.
Enfant qui croyait ne pas être entendu. Par un jour de désespoir et sans penser aux conséquences, il vendit la mèche. Il était désespéré de ne pas pouvoir participer à la prise de contrôle de l'humanité. Il avait brisé le travail de Val. Il était au bord du suicide. Mais perdre un tel esprit encourrait un prix spirituel faramineux. On perdrait l'un des deux cerveaux de ce moment de l'histoire qui n'étaient autre que David et Valentine Patureaux. Le destin a voulu qu'ils soient frères. Val avait compris cela à la seconde où elle avait obtenu sa réponse.
« Il fallait me dire.
— Te dire "Excuse-moi petite sœur, mes capacités à l'écrit ne sont pas suffisantes, mais je voudrais jouer dans la cour des grands" ?
— Tes capacités sont moins bonnes que les miennes à l'écrit, mais tu es le meilleur orateur de ce temps. On n'électrise pas une foule avec un texte. »
Cette pensée fit rire David. Valentine avait oublié l'époque où David avait une âme de tueur. Aussi, elle avait oublié que lorsqu'il était sincère, il fallait se méfier car il était le meilleur comédien que Val ait jamais connu.
David avait les larmes aux yeux. Valentine détourna les siens. L'instant d'après, elle se leva. Puis elle ouvrit la porte.
Un éclat de rire retentit.
Les manœuvres secrètes de Rocnay
David riait aux éclats. Un rire moqueur. Val se retourna, puis comprit.
David était un personnage très dangereux. Dès le moment où David avait cessé d'émettre des idées avec Val, il avait créé une nouvelle identité sur le réseau et l'avait baptisée Rocnay. Cela, Valentine s'en était rendu compte lorsqu'elle s'était remise devant son moniteur, intriguée par la réaction de David. Toujours est-il qu'il avait créé un personnage concurrent à Valentine. Sauf que celui-ci avait mis au courant la plus grande organisation internationale de la sécession du pacte de Varsovie.
Aussi cruels qu'avaient pu être les actes de David, Val ne fit rien. Elle continua. Et réussit. Il apparut que David avait menti à propos de la F.I. Il ne l'avait pas prévenue. Il avait dit cela pour taquiner Valentine. Il avait créé un deuxième personnage qui aidait Valentine en répandant des idées similaires à celles de Scorpe, mais dites autrement. De sorte que l'on ne pût soupçonner que Scorpe et Rocnay soient une seule et même personne.
Puis Val eut douze ans. David en eut treize.
Le destin exceptionnel de deux génies
Les chroniques que les deux enfants publiaient avaient un succès phénoménal. Les parents en parlaient à chaque repas. David et Valentine, qui s'étaient engagés dans la vie associative et qui par ce moyen étaient connus sous leur véritable apparence, s'appliquaient à ne pas avoir d'avis convergent avec leurs entités virtuelles. Les deux enfants étaient particulièrement intelligents.
Certains adultes l'étaient aussi. On découvrit, un an jour pour jour après la création du projet par les enfants, la véritable identité des cyber-intervenants. Ils avaient réuni plus de partisans à eux deux réunis qu'en avait le pacte de Varsovie à l'époque.
L'opinion publique décida que comme c'étaient des enfants, ils n'avaient proféré que des mensonges. Personne n'osa prétendre qu'il avait compté un jour parmi leurs partisans. Ils furent jugés pour auteurs d'un gigantesque canular. Mais la justice les épargna. De sorte qu'ils furent libres mais plus sur Terre lorsque la guerre terrestre éclata. Toute la population s'en voulut de cultiver la plus vieille injustice du monde.
Cette expérience améliora le statut des enfants.