
J'adore les énigmes autant qu'il me plaît d'être fou. Je vais ainsi vous raconter une petite histoire bien mimi ! Non, en fait, ce serait plutôt une histoire tordue... Enfin, vous verrez bien !
Le duel d'énigmes entre Sphinx et Œdipe
Il fut un homme d'une intelligence unique appelé Sphinx, grand amateur d'énigmatiques devinettes. D'aucuns se plaisaient à lui poser les plus difficiles questions qu'en ce monde seuls les dieux géniaux et astucieux trouvaient la clé ; or l'esprit de Sphinx, pourtant habité ni de génie ni d'inspirations divines, en sortait toujours triomphant.
Un jour, lors de ses longues errances le long des côtes de Béotie, un jeune marchand phénicien vint lui dire :
« Ne seriez-vous pas, par hasard, Sphinx ? »
« Je réponds à ce nom », confirma-t-il.
« Les rumeurs vous désignent comme l'un des plus forts aux énigmes. »
Sphinx acquiesça, pressentant déjà le défi. Le Phénicien reprit :
« Mon maître souhaite ardemment se confronter à vous et il estime que l'épreuve qui vous attend se révèlera au-delà de votre sapience. »
À ces mots, Sphinx ne put garder son impatience et partit à la rencontre de ce maître si désireux de le voir. Ce dernier s'avéra ne pas être un humain, mais une créature dorée, animée par la grâce de ses ailes éthérées et l'étrange regard de ses yeux, embrasés d'une flamme d'or. Œdipe, il se nommait.
L'énigme classique de l'homme à quatre, deux et trois pattes
Sphinx se présenta, Œdipe de même ; puis débuta une petite mise en bouche :
« Qu'est-ce qui, le matin, marche sur quatre pattes ; à midi, sur deux pattes ; et au soir, sur trois pattes ? »
Sphinx sourit à l'écoute de cette phrase et, amusé, déclama :
« La réponse est, assurément, l'homme ; car enfant il rampe, adulte il marche, vieillard il s'aide d'une canne. »
« Évidemment », ajouta Œdipe, avant de relancer la partie.
Deuxième énigme : qu'est-ce qui est jaune et ronge les hommes ?
« Il est jaune, non doré ; les hommes, qui pourtant l'extraient du sol, en souffrent car il les ronge de l'intérieur au fur et à mesure que ces derniers en accumulent sans en prendre garde. »
(Trouvez donc la réponse !)
Sphinx, suite à de longues minutes de réflexion, visa juste. Alors Œdipe s'envola dans les airs, mû par une légèreté infinie puis atterrit devant son adversaire avant de prononcer d'un ton mélodieux :
« Bien. À présent, voyons voir si ton cœur saura t'insuffler le juste esprit requis pour résoudre mon énigme : »
L'énigme du berger aux moutons bleus
Un homme a deux moutons, l'un est noir, l'autre blanc. Le mouton blanc aime l'herbe et le noir également. Le noir bêle deux fois au levé du soleil à l'instar du blanc. Le blanc produit une laine blanchâtre ; le noir, une laine noirâtre.
Un matin, le pasteur découvre ses bêtes teintées d'une peinture bleue indélébile et magique ; les dieux se seraient-ils joués de lui ? Embarrassé, il tond leur pelage attendant que ce dernier repousse afin de pouvoir différencier les moutons. Or leur laine reste malgré tout bleue.
Irrité par cette farce, il décide de se rendre à Delphes quémander l'Oracle. Phoibos Apollon lui répond que pour conjurer cette malédiction, il lui faudrait repeindre de la bonne couleur le bon mouton, et ce du premier coup. Pour ce faire, le dieu solaire lui accorde une aide :
« Lorsque ma sœur vierge aura fini sa course, le premier mouton à bêler sera le blanc. »
L'homme patiente, patiente encore, patiente longuement, puis finit par entendre enfin le bêlement tant espéré. Il s'apprête alors à repeindre l'ovin, et soudain, pose son pinceau, et rit de sa bêtise. Après mûre réflexion, il décide de les laisser tels quels.
Les moutons bleus enfermés, muni de son bâton et de son manteau grossier de laine bleue, le berger quitte la prairie et s'en va en direction des montagnes.
Pourquoi ?