
Après être sortie du cabinet de ma psy, je me dirige vers la voiture. Normalement, Gil est parti voir grand-mère à Périgueux, je devrais avoir la paix. Ma mère est d'une humeur terrible : elle me montre une lettre du lycée (toute une semaine d'absence alors que j'étais dans l'établissement). Les insultes fusent, elle me saisit par les cheveux et cogne ma tête contre la vitre.
Je la hais. Elle n'a jamais été là pour moi et maintenant que j'ai 15 ans, elle veut diriger ma vie. On arrive à la maison, je me rends malheureusement compte que mon père n'est pas parti. La peur monte dans mes veines et se mêle à la rage. Je file dans ma chambre pour me coucher et faire venir le lendemain le plus vite possible. Il arrive, il hurle, il balance tout. Il me fait peur. Je prends son poing dans la figure et là, le mot de trop part : jamais je ne le lui pardonnerai. Les coups ne sont rien, mais il ne l'insultera plus jamais. Elle a tenu ma main quand j'allais mal, alors qu'elle ne me connaît que depuis quelques mois, alors qu'eux, mes parents, ils m'ont laissée seule. Dès qu'il sort de la pièce, je prends mon sac, un sweat et un t-shirt, et je sors par la fenêtre. Mon voisin qui était en train de dîner accepte de m'emmener au métro, et très vite il commence à me rassurer.

Les Circées : mon refuge
Les Circées. Mon cœur se calme déjà quand j'approche de ces bâtiments. Arrivée à la cage 19, je monte au 4ème étage chez une amie qui m'hébergera le temps de ma fugue. C'est Alex qui m'ouvre la porte. Rien qu'à la vue de mon visage brouillé de larmes, il sait. J'entre et je m'installe sur le canapé, je fume une cigarette. Les larmes cessent de couler et je m'endors après avoir fumé un joint.
Je rêve d'elle, de ses bras rassurants. Le lendemain, elle termine à 10 heures. Je rentre dans le lycée pour l'attendre, mais je me fais attraper. Me voilà dans le bureau de cette putain de CPE qui appelle ma mère : « Elle termine les cours à 16h45, venez la chercher à la fin de sa journée je vous prie. » Puis on me met dans une salle et on me demande d'attendre la récréation pour retourner en cours comme tous les autres élèves. Ils sont tellement naïfs : Elsa termine à 10h, mais son père ne le sait pas. On retournera ensemble aux Circées en passant par la forêt, c'est tout.
Une semaine avec Elsa
Je lui raconte, elle s'inquiète comme toujours. Elle me dit de retourner chez moi, je ne veux pas. Elle comprendra plus tard ; pour l'instant, elle me laisse faire.
On passera presque une semaine entre les cours et la sèche, la dernière semaine avant très longtemps. J'avais réussi à lui avouer mon passé, à lui avouer les coups, et tout compte fait, elle comprenait très bien que je ne retourne pas chez mes parents. Jeudi soir, après le barbecue, je raccompagne Elsa chez elle. Je la prends dans mes bras, la serre fort et je sens que l'on ne se reverra plus avant un bout de temps. J'avais raison.
La séparation forcée par les parents
Au bout d'une semaine, je me rends compte que j'ai sacrifié toute ma vie pour elle et que ses parents, qui ne comprennent pas notre amour, m'ont pris, simplement en verrouillant une porte, le seul repère qui me restait. Petit à petit, je sombre dans un état de déchéance, je fume tout le temps et je me suis envolée dans un monde lointain en espérant la retrouver. Il y a eu quelques fois où l'on s'est vues de balcon à balcon, quelques lettres, et puis tout s'est arrêté.
J'étais partie dans un foyer à Provins et je ne savais pas quand j'allais la revoir. À chaque seconde, je pensais à elle, j'étais comme un enfant perdu dans un monde étranger au sien. Sans elle, je n'étais plus rien.
L'espoir renaît
Quelques semaines après mon arrivée au foyer, Patthoum me téléphone pour me dire que je peux appeler la femme de mes rêves. Je suis en transe après plus d'un mois et demi de séparation. Elle pensait encore à moi : après tout ce qu'elle avait dû subir, elle voulait encore se battre pour notre couple. Quand j'y repense, je me sens minable, je pleurais à moitié, je ne parlais que de choses futiles, mais j'entendais sa voix. J'avais les mêmes sensations que lorsqu'elle avait chanté au lycée. Nous allions bientôt nous retrouver. Normalement, cela aura lieu dans une semaine, chez Patthoum.

Le jour J
Le jour J arrive. Je me suis mise sur mon 31. Je suis anxieuse, j'attends, mais elle ne vient pas. Une amie vient me prévenir que son père a appris le projet et qu'il l'a empêchée de sortir. La rage bout en moi. Je ne laisserai pas tomber, je ne lâcherai pas l'affaire. Je tombe à terre. Je ne le laisserai pas faire et j'ai déjà mon plan en tête.
Nos retrouvailles
Le mardi suivant, je débarque au métro, je n'ai presque pas dormi de la nuit. Je file chez Koralia, je ne suis pas bien. Je lui demande de la faire sortir ; elle devrait y arriver, personne n'est au courant que je suis là. Elle va voir ce qu'elle peut faire. Quand elle revient, je sens que ça va se faire. Koko part à Melun avec ses parents. J'attends un peu et la porte de l'ascenseur s'ouvre. Elle est là. Enfin, nous échangeons un long baiser passionné. Que c'est bon de sentir ses bras autour de moi...
Plus jamais je ne la quitterai. On passe un super aprèm, mais malheureusement on se fait griller au parc — sa mère et sa sœur. Elsa doit retourner chez elle. Je prends un autre chemin et je me retrouve en bas de l'immeuble. On monte tous dans l'ascenseur. Tout se passe trop vite, je ne comprends pas. Son père, des mots très forts, elle rentre chez elle. Je me retrouve sur le palier à toquer à la porte pendant trois heures. Il faut que je réussisse.
Après avoir tenté de discuter avec son père, je pense à une seule chose : j'ai fait des erreurs. Mais heureusement, quelques jours plus tard, elle m'annonce que l'on peut se voir pendant toutes les vacances. Je suis ravie. J'ai réussi.