
La nuit est tombée depuis bien longtemps. Il est déjà 4 heures du matin et je n'ai pas encore fermé l'œil.
Elle m'obsède. C'est un étrange sentiment qui m'a envahie mardi, quand je séchais mon cours de maths pour passer une heure de plus à jouer de la guitare et à être avec les gens que j'aime. Elle n'avait pas cours. Je lui ai prêté ma guitare et elle s'est mise à chanter tout en jouant. Je planais, je n'entendais plus rien mis à part le son de ma Strato et de sa douce voix amplifiée par le micro. Elle me regarde. J'ai envie d'elle. Ses yeux brillent et m'éblouissent.

À la cantine : je me lance
Cela fait déjà deux jours que je pense à elle à chaque seconde, mais je n'ose pas le lui dire car je ne sais pas si elle va bien le prendre. Elle est au courant de ce que je suis, mais je ne veux pas lui faire peur.
Après le repas, je me lance : « Dis, tu voudrais sortir avec moi ? »
Elle répond : « Euh, je sais pas, je vais y réfléchir ! »
Apparemment, c'est râpé. Je m'allonge sur l'herbe, la cigarette à la main, je regarde le ciel. Il est magnifique. Elle s'approche. Elle me sort son plus beau regard et pose sa tête sur mes genoux sans rien dire. Je veux lui dire quelque chose à l'oreille mais j'ai peur, mon cœur bat à tout rompre. Je lui passe la cigarette, elle sourit et dit quelque chose mais je n'ai pas entendu.
Je penche ma tête pour qu'elle répète et là… elle m'embrasse. Quand Nana et Mundo se retournent, on peut deviner la surprise sur leurs visages.
Vendredi matin au skate park
Elle ne sait pas encore si elle va sortir avec moi, mais comme demain matin nous n'avons pas cours, on se donne rendez-vous au skate park. On en profitera pour fumer un petit joint. Nana sera avec nous mais ce n'est pas grave, du moment que celle que j'aime est là.
Vendredi matin : il gèle. On a rendez-vous à 9h30 mais moi, comme à ma grande habitude, je suis là à 9 heures. Je m'allume une clope, j'ai tout prévu — deux paquets, ça devrait aller — mais comme je ne suis pas zen du tout, je m'en grille une deuxième. Elle arrive. Je mâche un chewing-gum pour pas puer la clope. Je l'aperçois, elle est encore plus belle que d'habitude. Nous sommes les premières arrivées. Enfin Nana arrive avec Thomas. On a tous pensé aux feuilles et c'est Elle qui s'occupait du shit et du tabac. C'est Nana qui roule. Pendant ce temps-là, on se parle, mais pas vraiment de ce que je voudrais.
Thomas part en cours et on reste au skate park toutes les trois. Nana part à cause de nos incessants baisers, je la rejoindrai au lycée. Je lui murmure des mots doux, des « Je t'aime » à ne plus savoir qu'en faire. On s'embrasse. Je n'ai pas envie de la laisser partir, je la serre dans mes bras. Je la raccompagne chez elle. Dans l'ascenseur, on s'embrasse ; arrivées au 8ème étage, je l'accompagne jusqu'à sa porte et là, elle me donne le plus savoureux et doux baiser de toute cette journée. Je n'ai vraiment pas envie de la quitter, je veux partir avec elle mais elle ouvre la porte et me murmure un « Je t'aime, à lundi mon amour. »

De retour au lycée
Je reviens au lycée. Ce n'était pas le pétard qui me défonçait. Je souriais aux murs.
— Ah ! V'là Nana.
— Vu ta tête, je suis sûre que vous sortez ensemble ! Alors tu l'aimes ? J'ai raison, vous êtes ensemble, hein ?
Je ne répondais pas. Je plane. Je sors avec elle. Je l'aime. Tout va bien. Enfin.
Un amour qui résiste aux épreuves
Après un très long week-end sans elle, je la revois lundi matin. C'est la joie la plus totale. L'après-midi, je ne tiens plus. J'emprunte le vélo d'une amie et file chez elle. Elle ouvre la porte et m'amène dans sa chambre. Ce fut un après-midi fantastique de câlins, bisous, tendresse. Mais je devais y aller si je ne voulais pas louper mon bus. Je trace comme une malade pour aller au lycée, mais trop tard.
Mardi après-midi, on est chez elle. J'ai séché une bonne partie de la matinée. Dans la soirée, j'avais une pièce de théâtre avec le lycée, mais quand on se rendait sur le parking, mon père débarque et m'engueule car j'avais séché quatre heures de cours en deux jours. Là, ma copine commençait à paniquer, je le voyais dans ses yeux. Je l'embrasse et lui dis de ne pas s'inquiéter, que tout ira bien et que je l'aime. Puis je monte dans la voiture sans savoir que je vais me prendre des claques et des coups en tout genre. C'était juste un petit orage de rien du tout. Mais pas de sortie théâtre pour moi.
Si je devais tout raconter, ce serait trop long. Pour faire simple : en presque trois mois, son père ne veut plus me voir, j'ai failli fuguer avec elle et je l'aime de plus en plus. Malheureusement, son père a appris notre relation et le prend très mal. Maintenant, il ne veut plus qu'elle aille au lycée, il veut la boucler chez elle. Mais elle est revenue au lycée et on profite à fond des rares moments que l'on peut passer ensemble. On tient le coup. Enfin, on essaye…
Témoignage : un amour interdit à 15 ans
On a peut-être que 15 ans, mais on sait qu'on s'aime. Devoir me cacher à cause des homophobes me tue. Alors s.v.p., ne nous jugez pas sur notre sexualité car le sexe, c'est pas tout dans la vie. L'amour, ça peut vous tomber dessus n'importe quand, alors je vous souhaite de ne pas avoir à vivre un amour interdit.