
Il neige.
J'ai le front collé à la vitre. Les flocons tombent en masse ! Si seulement ils pouvaient tout recouvrir.
J'aime la fraîcheur de la vitre sur ma peau. Je vois deux passants courir main dans la main dans la rue. Ils sont dans le froid. Je suis dans le chaud. Je souris. C'est cruel, mais je souris quand même.
Puis mon sourire s'efface. Ils sont ensemble et je suis seule.
La vitre me brûle le visage. J'ai froid, j'ai chaud, je suis malade.
Je suis vide.
Vide.
Rupture amoureuse : quand tout s'effondre
Écroulée sur le sol, dans un coin de la pièce, je regarde d'un œil morne l'étendue du désastre. Le lit défait, les draps vieux de cinq mois, les magazines déchirés, le bureau qui croule sous une pile de vêtements sales, le mobilier dévasté, les aliments qui traînent sur le sol — moisis, poisseux, grouillants.
J'ai un haut-le-cœur.
Je me dégoûte.
Les autres me disent que je me laisse aller. S'ils savaient ! Ce n'est plus du laisser-aller... C'est Tchernobyl dans dix mètres carrés.
Les traces visibles de la souffrance
Mes bras.
Mes bras sont... Rouges. Scarifiés. Griffés. Brûlés. Abîmés. Détruits.
Ça partira ? Ça guérira ?
Je réprime un sanglot.
J'ai maigri. Beaucoup maigri. Trop.
Six kilos.
Trop, quoi.
Dans le miroir, j'ai une vision étrange : des yeux grands, rouges d'avoir trop pleuré. Des cheveux plats... gras. Le visage. Mon visage ! Il... Ce n'est plus comme avant. Il est pâle. Tiré. Maigre. Maladif.
Cette fois, je pleure vraiment.
Et je crie.
« SALAUD !!! REGARDE CE QUE TU M'AS FAIT !! »
C'est curieux, ma voix. Comme désincarnée. Suraiguë.
Elle se perd dans un long murmure. Une plainte sourde.
« Regarde... Regarde... »
Comment une histoire d'amour devient une souffrance
Ça ne sonne pas bien. C'est faux.
Lui, il n'a rien fait. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus. Il s'est contenté d'être un salaud. Des salauds, y'en a plein sur Terre. Ce n'est pas une nouveauté.
C'est moi qui me suis mise dans mes états. Parce qu'on a... couché. Juste couché. Un jour. Et qu'il a bien pris son pied pour me dire ensuite que... quoi déjà ?
Ah oui ! « Je suis paumé, tu comprends ? Je sais plus trop où j'en suis en ce moment. Et puis, je ne suis pas sûr de vouloir... que l'on se revoit. Je suis désolé. Tu me comprends ? »
Non ! Non, je ne comprends pas ! Mais je dis « oui, bien sûr... je suis paumée moi aussi, je te comprends. Je savais plus où j'en étais. Vaut mieux oublier tout ça. »
Mais je n'ai pas oublié.
C'était trop tard.
L'emprise amoureuse et la dépendance affective
Il était dans ma peau.
C'était mon premier.
Il était dans ma peau.
Dans mes songes.
Il revenait.
Il était dans ma peau.
Il m'aimait.
Je l'avais dans la peau.
Mais il n'est pas revenu.
Et j'ai puni ma peau de l'avoir gardé.
Et j'ai tout abandonné.
Se reconstruire après une rupture : le chemin de guérison
Mais ça ne durera pas.
Parce que mon regard s'est durci.
Parce que je viens de mettre les déchets à la poubelle. Lui avec. Son souvenir ne vaut pas mieux que les pizzas moisies.
Parce que je viens de tout remettre en ordre.
Parce que je désinfecte mes plaies.
Et que je suis forte.
Et que ces bêtises que j'ai lues sur l'amour... Ça n'a plus de sens. Même si cela en a dû avoir. Un jour.
Mais j'ai décidé, moi.
Un jour.
Que lui, je l'oublierais.
Un jour.
Qu'il n'existe déjà plus.
Un jour je recommencerai à briller.
Même sans toi.