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Essais

Descentes aux Enfers

Une adolescente perd son père dans un accident de voiture. Entre son chagrin dévastateur et les remords du jeune conducteur responsable, deux destins tragiques se croisent.

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Elle était encore là, assise tristement, à regarder les gens qui passaient, les larmes des femmes coulant lentement sur leurs joues pâles, le regard froid des hommes qui ne savaient plus que dire, les visages innocents des enfants qui ne comprenaient pas tout ce qui se passait sous leurs yeux. Elle n'avait jamais aimé les hôpitaux. Les murs blancs essayaient de dégager un semblant de paix, d'espoir et de tranquillité, mais ils ne parvenaient pas à cacher les noires pensées des familles, des amis qui attendaient patiemment des nouvelles de leurs proches. Même les médecins avec leurs propos soi-disant rassurants ne pouvaient rien faire contre cet amas de désespoir qui découlait de chacun de ces êtres humains, installés sur ces froides chaises.

Sa bouche était sèche. Elle n'avait pas dit un mot depuis qu'elle était arrivée au service des urgences. Elle se revoyait, comme dans un film effrayant, il y a à peine quelques heures, serrant la main de son père inanimé, hurlant pour rester près de lui, affolée par tous ces gens qui s'agitaient, qui poussaient le brancard de l'être tellement aimé. Ce qu'elle avait ressenti alors, ce vide qui l'avait habitée d'un seul coup, ce sentiment d'impuissance et d'inutilité face à la fatalité du destin. Elle revoyait cet homme en sang, son visage terne, ses yeux clos, ces fils en plastique qu'on lui plaçait dans la bouche, sur ses bras maculés. Et elle pleurait, encore, pour évacuer ce chagrin et cette angoisse, elle pleurait toujours... Mais rien ne voulait forcer la porte de son cœur, et elle avait l'impression de porter un sac plein de cailloux impossibles à décharger...

Un homme en blanc s'approcha d'elle. Il la dévisagea, muet. Elle le regarda à son tour.

Le silence se déchira et des voix étranges parvinrent à elle, ricanantes. Ces voix se moquaient d'elle. Elle entendait des hurlements, des cris, des visages déformés s'approchaient, leurs bouches édentées s'ouvraient et prononçaient trois mots, leurs haleines puantes emplissaient l'atmosphère d'une odeur de cadavres décomposés. Elle voulait les faire taire, elle les voyait partout, ils étaient là, mains décharnées et hurlaient toujours : « IL EST MORT ! »... Elle n'en pouvait plus, ils allaient se jeter sur elle et la dévorer, membre à membre, s'infiltrer dans ses pensées, se glisser à l'intérieur d'elle-même et la détruire... Ces gens horribles, la Mort, le Désespoir, le Regret, la Tristesse... Et d'autres arrivaient, ils se joignaient à eux, ils étaient tous si laids, si horribles, purulents...

— Mademoiselle ? Tout va bien ? Vous désirez un verre d'eau ?

Elle cligna des yeux. Ils avaient disparu, enfin...

— Non... euh... merci. Je vais... rentrer chez moi.

Elle se leva, chancelante, et se dirigea vers la sortie. La nuit était claire, des milliers d'étoiles scintillantes s'étaient dispersées sur la voûte du ciel. Un vent frais se faufila dans ses cheveux défaits. Elle frissonna et marcha, lentement, perdue, jusqu'à chez eux... jusqu'à chez elle.

Le vide de l'appartement

L'appartement paraissait bien vide. C'était un bel acquis, décoré de façon assez simple, avec des meubles en pin, des maquettes de bateaux, des tableaux colorés, des photos d'eux, souriants. Ils avaient acheté une grande télévision, pour regarder à leur guise des documentaires sur les quatre coins du monde, en savourant de gigantesques saladiers de chips et de cacahuètes. La cuisine était toute bleue, avec juste une petite table dans un coin, et les odeurs familières des excellents dîners que préparait son père lui revinrent. Le frigo était saturé de dessins enfantins de maisons, de fleurs, de visages de clowns, qu'elle faisait, petite. Elle possédait la plus grande chambre, et son père l'avait merveilleusement habillée d'un style oriental, de grandes tentures aux couleurs ocre pendant des murs et du plafond, avec des meubles sombres qu'elle s'était amusée à peindre de signes dorés. Celle de son père était plus simple, blanche, et contenait un immense lit qui occupait presque tout l'espace, ainsi qu'un petit bureau et une armoire pleine à craquer de vêtements et d'objets en tout genre. Cette pièce était une vraie caverne d'Ali Baba et elle se plaisait à farfouiller dans tous les recoins pour trouver de multiples trésors cachés, telle une aventurière dans un temple magique.

Elle n'alluma pas les lumières, ne téléphona à personne pour annoncer la triste nouvelle, et se coucha directement, dans ce grand lit froid...

La nuit fut très courte. Elle se réveillait sans cesse, secouée par d'affreux cauchemars, par la voix implorante de son père qui lui demandait de l'aider.

Un coup de fil la sortit de ses angoissantes torpeurs. C'était son lycée, elle devait expliquer pourquoi elle ne s'y rendrait pas aujourd'hui. Elle prétexta une maladie quelconque et s'assit dans la cuisine. Rien n'avait bougé depuis hier après-midi, lorsqu'elle était partie à toute vitesse avec son père pour ne pas manquer la séance de cinéma. Il y passait un film qu'ils mouraient d'envie de voir, tous les deux.

« Il n'en a même pas eu l'occasion... » se dit-elle.

Elle se sentait humiliée. Révoltée. Impuissante. Et seule... Si seule, elle qui ne l'avait jamais été.

Le poids des remords du jeune conducteur

Au même moment, un jeune homme, allongé sur son vieux canapé dur, contemplait le plafond. Les ressorts du vieux mobilier lui rentraient dans les côtes et lui faisaient mal. Un livre reposait sur son ventre, ouvert. Un verre sale et une bouteille de vin bon marché gisaient à côté du divan.

Il ferma les yeux et sous ses paupières se dessinait l'image de cette adolescente, au bord de la route. Son petit visage fin et pâle, la douceur de ses grands yeux, ses longs cheveux qui volaient dans la brise du soir, son corps menu et tremblant de frayeur, ses longues mains qui s'étaient plaquées sur sa bouche pour étouffer un cri. Tout cela lui paraissait bien étrange. Elle existait dans ses pensées d'une façon plus vive encore à chaque seconde qui s'écoulait sur la grande horloge du temps.

Et le reste de ce souvenir sanglant lui revenait en tête. Cette soirée arrosée, sa voiture, ce feu rouge, le passage piéton, cet homme au milieu de la route. Puis ce tourbillon qui l'avait enveloppé, les hurlements qu'il avait entendus, si stridents qu'ils avaient glacé son âme au plus profond, le sang qui avait giclé sur son pare-brise. Et toujours, cet homme, au milieu de la route, mais cette fois-ci, étendu, désarticulé, ce sac d'os qui gisait sur le goudron. Puis, le trou noir. Il se rappelait avoir couru, vite, aussi vite qu'il le pouvait, jusqu'à l'épuisement.

Et toujours elle, cet ange fragile qui n'avait pas sa place dans cette vision d'horreur.

Pourquoi avait-il bu ce soir-là ? Pourquoi cet homme se trouvait-il là ? Et pourquoi toutes ces questions inutiles qui se fracassaient dans son esprit, ces questions sans réponses, qui appartenaient à un passé récent et douloureux, si douloureux... Il avait honte. Honte de ses actes, honte de lui-même. Ces mots crus qui définissaient si bien ses sentiments, il ne les supportait plus.

Il se leva, but une longue gorgée d'alcool, et tourna en rond autour du canapé, comme il tournait en rond autour de lui-même. Il croisa alors son image, le reflet de son âme, dans le miroir accroché sur le mur opposé.

Il était sale, souillé. Son esprit était démoniaque, son corps n'était que crasse ambulante, ses mains ne savaient que tuer, ses jambes ne savaient que courir vers le plaisir, le plaisir d'assassiner. Son être tout entier était si méprisable qu'il se méprisait lui-même. Il ne reconnaissait pas le jeune homme souriant et heureux qui habitait son enveloppe charnelle quelques jours plus tôt.

L'aube pointait à l'horizon et la nuit s'en allait tranquillement, emportant les soucis avec elle.

Il se dépêcha de prendre une douche et d'attraper son sac pour aller travailler, comme chaque jour, à la petite pizzeria du quartier. C'était un peu ennuyeux comme boulot, surtout quand le patron arrivait, vers 10 h, et commençait sa tournée générale d'engueulades. Mais il était payé, et c'était déjà ça.

L'enfermement dans le chagrin

Cela faisait des jours qu'elle n'avait pas dormi plus de deux heures par nuit. Des jours qu'elle ne se nourrissait presque plus, juste assez pour ne pas mourir de faim. Les appels téléphoniques pleuvaient chez elle. On avait sonné plusieurs fois. Des gens avaient même essayé de forcer la porte.

Peu importe. Plus rien n'avait d'importance. Elle ne voulait plus essayer d'oublier ces affreuses images, elle ne voulait plus tenter de se dire qu'il reviendrait peut-être, que tout ça n'était qu'un stupide cauchemar et que quand elle se réveillerait, il serait là, près d'elle, une grande tasse de chocolat chaud à la main, et il la consolerait, tendrement, car il avait toujours su trouver les mots justes pour la réconforter.

Mais les jours passaient, trop lentement, et il ne revenait pas.

Elle se sentait si stupide de réagir de la sorte par moments. Si enfantine. Il fallait qu'elle retrouve ses amis, ils sauraient l'aider. Son lycée, qu'elle reprenne les cours, qu'elle aille s'installer chez sa tante, car en tant que mineure elle ne pouvait rester chez elle seule. Qu'elle retrouve le goût des choses, qu'elle essaie d'oublier, qu'elle apprenne à digérer tout ça.

C'était bien beau de se dire tout ça, mais elle trouvait ce programme encore plus stupide que ses réactions. Et elle s'enfermait dans le noir, elle se cachait sous une carapace de glace, afin que plus rien ne l'atteigne de nouveau.

Elle ne voyait pas d'avenir. Tout lui paraissait si flou maintenant. Le sens de tout n'existait plus, elle ne croyait plus en rien, elle ne voulait pas « s'en sortir », elle voulait qu'on la laisse broyer son désespoir toute seule avec elle-même.

La vie peut perdre toutes ses couleurs quand le but de notre existence disparaît. À quoi bon en trouver un autre s'il disparaissait aussi à son tour ? C'était peut-être ça qu'on appelait l'expérience, la sagesse ? Apprendre à vivre sans but, ou en trouver un nouveau chaque jour. Si ce grâce à quoi on existe s'envole, ne vaut-il pas mieux s'envoler avec ?

Elle se sentit égoïste tout à coup. Elle pensa à toutes ces vies qui s'éteignaient, l'une après l'autre, comme tombaient les feuilles mortes d'un arbre centenaire.

Déchirée entre son désespoir et sa hantise de cette mort inattendue, entre son ancien goût pour la vie, elle errait dans un monde parallèle à la réalité, tentant de se raccrocher à des semblants de joie et de bonheur. La lumière brillait parfois dans cet univers si sombre, elle avait peur, peur de son avenir, peur pour lui. Ses angoisses montaient d'intensité, elles l'étouffaient... et elle tentait de respirer, mais c'était dur, si dur...

La fuite en avant

C'était une belle journée pleine de soleil. Il marchait d'un pas rapide et sec, bousculé par les passants qui allaient faire leurs courses. Il tourna au coin de la rue et s'avança toujours, à vitesse constante, tête baissée, pour ne pas affronter le regard des autres. Son cœur se serrait, on le regardait. Pourquoi ? On venait le chercher, c'était l'heure, ils savaient que c'était lui le meurtrier, ils allaient l'emmener, il allait se retrouver cloîtré dans une cellule humide... Il ne savait pas à quoi ressemblait la prison. Il n'en avait vu que dans les films. Il paraît que c'est sombre et sale, qu'une odeur de mal flotte toujours dans l'air. On le regardait toujours, on le dévisageait, on le pointait du doigt. Il sentait la fin arriver, elle était toute proche, elle allait le saisir de ses deux bras et il ne pourrait pas se débattre, il devrait faire face à ses fautes...

C'est alors qu'il se rendit compte de son état. Il s'arrêta devant la vitrine d'un magasin et il vit cet homme au visage creux, aux yeux cernés, aux cheveux ébouriffés, à la bouche pâteuse, aux vêtements sales. Un poids se détacha de son esprit : on ne le regardait pas. De toute façon, personne n'était au courant et personne ne le saurait jamais. À part lui, bien entendu.

Il reprit sa route. Il ne savait pas où il allait, il pensait à cette fille qu'il avait vue, il se souvenait toujours de son regard, il était ancré dans sa mémoire. Comme elle devait avoir mal, comme elle devait souffrir. Il avait tué son père. Il l'avait tué. C'était un meurtrier. Les remords le troublaient, il ne savait que faire, alors il préférait penser à elle. Elle devait être très gentille. Une rêveuse sans doute, une de ces filles qui imaginent que le monde est merveilleux, une de celles qui ont toujours le sourire aux lèvres, qui rient aux éclats en montrant leur tendre sourire, qui savent consoler les autres. Une de ces filles qui ont toujours besoin d'une épaule pour les soutenir, car elles ont beau avoir un penchant extrême pour la beauté des choses, elles n'en cachent pas moins une très forte fragilité. Un rien les touche, un rien les casse. Il l'imaginait, comme une fleur, une fleur ouverte qui se gorge de soleil le jour, et qui dort paisiblement la nuit.

Un éclair passa dans sa tête. Ce n'était plus qu'une fleur fanée maintenant. Avec un peu de chance et de soutien, elle retrouverait son éclat des premiers jours, la vie reprendrait son cours normal. « Elle s'en remettra, le temps sait effacer les choses. »

Mais il se trompait. Ses remords l'aveuglaient, il essayait de se rassurer sans doute. Et elle, elle existait difficilement, son chagrin ne passait pas, sa haine non plus. Il lui avait enlevé tout ce qui lui restait au monde, elle n'avait plus rien, plus de famille, plus d'épaule pour la soutenir, plus personne pour lui préparer ses petits repas du soir, plus personne pour lui dire les mots qui rassurent.

La rencontre avec la mort

Elle se réveilla en sursaut. Encore un de ces cauchemars. Elle avait soif et mal à la tête. Elle se dirigea vers la cuisine et saisit un verre qu'elle remplit d'eau. Le liquide froid coula lentement au fond de sa gorge.

Il s'était assis dans un parc. De grands sapins vigoureux créaient un effet d'ombres magiques avec les branches des arbres feuillus. Une place au centre du parc, agrémentée d'une jolie fontaine à l'eau claire, était entourée de vieux bancs en fer forgé. L'endroit était assez paisible et c'était ce qu'il lui fallait, de la tranquillité. Il avait marché pendant des heures, ne sachant que faire, que dire, que penser. Il rêva d'une nouvelle vie, d'un nouveau départ, sans ces images de cet homme, sans ces visions étranges de cette jeune fille. La passion qui l'animait envers cette adolescente, la haine qu'il éprouvait pour lui-même, les remords qui le poignardaient, tout se mélangeait en lui et formait une substance confuse qui nourrissait son mal-être. Le désir d'exister, qui habite chaque homme à sa naissance, avait disparu. Il se sentait si lâche d'avoir fui. Si coupable... C'était ça, c'était un coupable. Et un coupable ne mérite pas de vivre d'après ce qu'on dit... Il fallait qu'il parte, le plus loin possible, et oublier. Tout oublier. Cet homme, son crime, cette fille.

Elle avait longuement réfléchi aujourd'hui, en vidant la boîte d'aspirine. Elle était parvenue à mettre ses angoisses de côté, au moins pour penser aux jours qui suivraient. Elle n'avait jamais aimé définir son avenir. Avant, il était clair, c'était son père. Mais aujourd'hui, il fallait trouver un nouveau but, quelque chose d'autre. Alors au lieu d'aimer pour souffrir, elle décida de haïr pour assoiffer son désir de vengeance. Celui qui conduisait cette voiture rouge, oui, lui, elle le retrouverait. Et elle se vengerait. Après, elle pourrait recommencer à zéro et faire son deuil, le cœur et l'âme en paix.

L'ultime décision

C'était une étrange époque qui commençait pour lui. Un brouillard était soudain tombé devant lui, l'enfermant dans une coque de solitude. Il ne croyait pas que le destin puisse un jour lui amener le repentir et le pardon, il était bien trop tard pour se confesser maintenant. Il regardait sa vie se décomposer, jour après jour, son avenir s'effacer, comme s'il était sorti de son corps et avait le pouvoir de se voir mourir, à petit feu. Tout lui paraissait flou et insignifiant, ces images emplissant sa tête, l'ombre des remords coulant dans ses pensées.

Il regarda les comprimés blancs dispersés sur sa table de chevet. Il imagina la jeune fille au regard si doux. Ironie du sort que la tendresse d'une demoiselle et la fin d'une étincelle de vie humaine soient si proches et si mêlées ? Qu'importe, il n'était plus temps de se poser des questions.

Il s'allongea, lentement, sur son lit, fixant le plafond, comme le premier soir après l'accident. Elle était là près de lui, dans un halo de lumière, il la voyait, et il voulut lui prendre la main, tenter de toucher ce rêve inaccessible, comme pour se délivrer. L'image était floue mais belle, si belle. Il sourit. Le premier cachet glissa dans sa bouche. Il souriait toujours. Le second suivit son aîné. Puis un troisième. Et encore un autre. Enfin, il partait pour un long voyage, vers de nouveaux horizons. Et la lueur quotidienne de l'espoir qui nous anime tous et nous fait vivre se ralluma dans son regard.

Il ferma les yeux, paisible... et s'endormit pour toujours.

Face au meurtrier

Elle cogna à la porte de l'appartement, trois fois. Son poing ferme retentissait sur le bois dur, comme si elle voulait se donner du courage pour affronter le regard de ce meurtrier.

La police n'avait pas eu trop de mal à retrouver le conducteur de la voiture, des cheveux et des papiers étant restés dans le véhicule. Ils devaient lui rendre visite demain.

Cela lui importait peu, ce que la justice pouvait faire pour elle. Elle voulait le voir de ses propres yeux, qu'il devine le désespoir dont il était la cause, qu'il en souffre autant qu'elle.

La porte était ouverte, et elle entra, le regard noir et prête à bondir, tel un guépard sur sa proie, dans la savane aride.

Le silence était glacial. Il faisait sombre, et elle appuya sur l'interrupteur. Un violent éclat de lumière l'éblouit un instant. Elle jeta un rapide coup d'œil dans la cuisine, et ses angoisses remontèrent d'un seul coup, bloquant sa respiration. S'il n'était pas là ? Et s'il était parti, loin d'ici ? Peut-être était-il là mais il se cachait sûrement, et au moment où elle s'y attendrait le moins, il lui sauterait dessus et l'étranglerait, il la tuerait et s'enfuirait, éternel recommencement...

Elle s'avança dans le salon, l'estomac noué par la terreur et la détermination. Elle se sentit si fragile alors. Mais il n'y avait personne dans ce vaste appartement. C'est alors qu'elle vit la petite porte au bout du salon. Elle posa sa main sur la poignée et l'ouvrit. La pièce était trop sombre pour qu'elle puisse distinguer beaucoup de choses. Mais la masse noire qui reposait sur le lit lui apparut tout de suite. Elle s'approcha à pas feutrés. Un jeune homme était là, sûrement dans un profond sommeil puisqu'il ne l'entendit même pas arriver. Elle le regarda attentivement, curieuse, tout en étant méfiante et en restant aux aguets.

Il avait un visage assez carré, le teint mat, et des mèches de cheveux bruns avaient glissé sur son oreiller, en bataille. Il avait l'air épuisé, elle remarqua les traces violettes sous ses paupières closes. On aurait dit un bébé calme, attendant que sa chère mère vienne le réveiller en douceur.

Elle reconnut le conducteur de la voiture.

Elle pensait le détester tellement mais la vision de cet être l'attendrissait, il l'avait touchée au plus profond d'elle-même. Elle s'en voulait d'être aussi sensible, elle se devait de le haïr, il avait tué son père !

Alors elle décida de le réveiller. Elle posa sa main sur son bras et le secoua légèrement. Il était glacé.

Elle fit un bond en arrière, effrayée. Le froid l'avait pénétrée jusqu'au sang. Elle tendit son bras et posa deux de ses doigts sur son cou. Rien. Aucun battement de cœur. Aucun signe de vie.

L'espoir renaît de douleur

De grosses larmes dégringolèrent sur son visage, des larmes de doute qui tombèrent une à une, brouillant sa vue. Elle s'enfuit, courut en dehors de cet appartement maudit, loin de cet homme. Elle sortit de l'immeuble à toutes jambes et se jeta dans la rue, le souffle coupé, et s'arrêta quand elle ne put plus respirer.

Elle pensa à ce qu'elle avait perdu, à ce qu'elle venait de voir, à tout ce qui s'était passé. Et subitement, une phrase que son père citait souvent lui revint en mémoire :

« Nous ne comprenons pas que la vie est le paradis, car il nous suffit de vouloir comprendre, et aussitôt il apparaîtra devant nous dans toute sa splendeur. »

Son regard s'éclaira. Et ici commence une nouvelle histoire, celle de la régénération d'un être, de son passage de l'obscurité à la lumière, d'un monde à un autre, d'une réalité à une autre.

... Dans toutes les larmes s'attarde un espoir...

(Citations Dostoïevski et S. De Beauvoir)

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