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Essais

Dépression (petite nouvelle)

Depuis son balcon parisien, un homme contemple la noirceur du monde avant de poser un geste irréversible. Une nouvelle bouleversante sur la solitude et la désespérance.

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Il se tient sur son balcon et regarde sa ville, Paris, cette immense cité qui l'a vu grandir. Il aimerait penser que la vie est belle, qu'elle vaut la peine d'être vécue. Mais il n'y parvient pas.

Il n'a pas fermé l'œil de la nuit. Il a pensé toute la nuit à la férocité des hommes. Depuis des années, la destruction a été leur but, le sang leur alcool, l'argent leur drogue. L'homme est une pie, attiré par tout ce qui brille.

Il baisse la tête et aperçoit un car de touristes japonais se dirigeant vers la tour Eiffel. « Iraient-ils la visiter s'ils savaient le nombre de personnes qui ont sauté du haut de ce monument ? » pense-t-il.

Il tourne la tête et voit des familles qui se dirigent vers le zoo. « S'ils savaient le nombre d'espèces en danger qui se trouvent dans ce foutu zoo, ils n'y entreraient pas avec un tel sourire », se dit-il.

Il sait que ses pensées sont inutiles ; il ne pourra jamais rien faire contre tout le mal que l'homme engendre jour après jour. La Terre souffre de plus en plus de notre présence.

Il baisse encore la tête et voit une foule se précipiter dans une bouche de métro, un sans-abri allongé sur un banc, un jeune couple heureux — pour le moment, reste à voir ce que leur réserve le destin. Le suicide du haut de la tour Eiffel ? Passer la fin de leur vie sur un banc sans aucun toit pour s'abriter ? Il sait bien que ce couple a autant de chances de vivre une vie heureuse que malheureuse. Mais les gens ne parlent pas du bonheur. Les gens préfèrent le malheur. On préfère les histoires qui font pleurer, on en entend tous les midis et tous les soirs à la télé et à la radio.

« Je n'en peux plus », pense-t-il.

« Pourquoi rester en vie si ce n'est que pour admirer la haine au lieu de l'amour, la mort au lieu de la vie, la destruction au lieu de la construction ? À quoi bon ! »

Il observe le trottoir avec une grande attention. Il sait ce qu'il veut faire. Il l'a décidé pendant cette horrible nuit qu'il vient de passer.

Il gît à présent sur le trottoir, inerte.

Des passants s'arrêtent. D'autres continuent leur chemin. Une jeune fille observe l'homme mort à ses pieds. Une larme s'échappe de son œil, coule le long de sa joue, et comme le corps à ses pieds, va s'écraser sur le trottoir.

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christoufdepoils
Christopher Pivot @christoufdepoils
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