
Je ne m'appelle pas.
Mon nom n'a strictement aucune importance. On n'a pas besoin de personnifier la folie. Je pourrais m'appeler aliénation, déraison, extravagance, névrose, démence… « Démence », ça me plaît.
Dorénavant mon nom sera Démence.
Je ne suis pas un fou à proprement parler, je ne présente pas de troubles psychiques (ou peu…), simplement, mon comportement peut paraître déraisonnable voire dérangeant.
Je ne viole pas, je ne tue pas, je n'ai jamais produit aucune violence physique, mais je me délecte de la contempler. Le malheur des autres fait mon bonheur, leur souffrance, ma jouissance. Les mariages me font vomir, les divorces me font sourire.
Pourquoi l'être humain cherche-t-il l'union ?
Pourquoi l'être humain ressent-il le besoin de s'unir avec ses semblables ? L'union ne fait pas la force, c'est la force qui fait l'union. Pour preuve, on s'allie plus avec un être riche et influent qu'avec le premier clochard qui crève sur un trottoir.
Si l'union faisait la force, pourquoi tous les clodos ne s'uniraient-ils pas ? Ils sont tellement nombreux que leur union ne ferait pas la force mais la suprématie !
Un anti-conformisme assumé
Vous l'avez compris, tu l'as compris. (C'est à toi que je m'adresse, oui, toi qui es en train de lire ces lignes que je trace avec la folie qui me caractérise). Tu l'as compris, toi à qui je me dévoile, toi qui es mon confesseur, mon psychanalyste. Bref, c'est « très simple », je suis un anti-conformisme, un anti-bonheur, un anti-réussite, un anti-paradis, un anti-tout-ce-qui-semble-être-la-clé-de-la-réussite-de-l'être-humain-classique.
Je sens que ma description reste, somme toute, assez obscure pour toi. Évidemment, tu n'as aucune réelle imagination : dans tes rêves rien n'est jamais novateur, tu ne rêves que de choses basées sur la réalité, sur TA réalité. Pas étonnant que TON monde soit si merdique puisque tu n'as même pas l'imagination nécessaire pour le voir en mieux. Pas étonnant que tu te drogues pour soi-disant fuir. Ton cerveau n'est qu'un mollusque qu'on aurait privé de toutes ses terminaisons nerveuses. Tu n'es que bouillie, qu'une infecte purée froide, immangeable, qui n'a sa place qu'au fond d'une poubelle où résident les plus immondes détritus de la dépravation humaine. Une poubelle dont le sac serait fait avec la peau de ton estomac. De toute façon tu ne bouffes que de la merde et tu t'en satisfais (tu t'en réjouis même quelquefois), donc ça ne te changerait pas.
Démence : qui suis-je vraiment ?
Je reviens à moi (tu es tellement égocentrique que tu pollues même mes pensées). Donc, pour l'instant tu n'as toujours pas compris qui je suis. Tu sais simplement que je m'auto-baptise Démence (avec une majuscule) et tu penses que je ne t'aime pas. Détrompe-toi. Je t'adore. Je te vénère, tu as beau me révulser, tu es mon modèle (partiellement). Sache que j'aimerais éprouver un des sentiments que tu ressens souvent et dont la nature m'a privé : le bonheur.
Je ne suis jamais réellement heureux. J'éprouve quelquefois du plaisir, mais ce dernier n'est motivé que par l'horreur et la désolation. Par conséquent je me dégoûte.
La critique de Dame Nature
Revenons un instant à la pire des salopes, la plus grosse chienne possible et imaginable, j'ai nommé : Dame Nature.
L'Homme devrait provenir de générations spontanées. Pourquoi le laisser exposé à l'action de la Nature ? Pourquoi ne pas le laisser choisir son destin ? Pourquoi le faire vieillir contre son gré ? On dit que l'Homme est responsable de la destruction de la nature (petit « n »), qu'il commet un crime contre les vies futures. C'est FAUX. La criminelle, c'est la Nature. Mon raisonnement est simple. Il suffit de prendre en considération deux faits indéniables.
Premièrement : la vie de l'Homme est courte. Certes, tout est relatif, mais je pense que nous serons d'accord sur ceci : la vie de l'Homme est courte en comparaison à celle de notre terre d'accueil.
Deuxièmement : l'Homme est une sorte de pourriture qui par nature (petit « n ») ne se préoccupe que de son bien-être personnel (et accessoirement de celui de ses proches).
Si on combine ces deux faits, on arrive à l'évidente et incontournable conclusion que l'Homme n'est pas programmé pour que son comportement coïncide avec une vision à long terme. Et par opposition, puisqu'il n'est qu'une vermine pullulante, il ne va pas aller contre des attitudes qui lui semblent naturelles et va donc se complaire au maintien d'un comportement destructeur.
Tout ça pour vous dire à quel point la Nature (grand « N ») est coupable.
OUI, je suis fou.
NON, je ne suis pas stupide.
Le dangereux rejet de la démocratie
Revenons à ma description ? Que pourrais-je vous dire de plus… ? J'imagine aisément que pour l'instant vous devez me considérer comme un aliéné, mais pas comme un dangereux personnage. Figurez-vous que si. Je suis dangereux. Je suis un opposant (malgré moi) à la démocratie. Aux dernières élections présidentielles, j'ai voté pour Jean-Marie Le Pen. Ce que propose cet homme est aux antipodes de mes convictions personnelles. Seulement (vous allez vite me comprendre) je n'ai pu faire autrement ; le second candidat s'appelait Jacques Chirac. Sachez que j'ai une sainte horreur des « c ». Or ce dernier possède entre son nom et son prénom, trois « c » ! Je n'ai pas été capable de mettre son nom dans la petite enveloppe, et comme voter blanc revient à fermer sa gueule, j'ai été contraint de voter pour la haine. Je m'en veux beaucoup, comprenez-moi, il est extrêmement difficile de surmonter ce genre d'obstacles. Pour moi, le « c » représente l'imperfection. Le « c » n'est qu'un « o » inachevé. Le « c », c'est l'Homme. Se satisfaire de ses défauts est bien une attitude humaine.
Je m'égare. Je suis donc moi. Ne rigole pas, car toi, tu n'es pas toi. Tu n'es que l'ombre de ton toi réel, et ton toi apparent ne le reflète même pas. Ton toi apparent n'est que le dernier centimètre de la face immergée d'un iceberg. Tu as de la chance car l'iceberg flotte et donc ton toi réel (qui est sous l'eau) ne coule pas. Cependant la situation est tout de même dramatique car ton toi réel est entouré jusqu'à perte de vue par un océan de merde. On appellera cet océan : « la société ».
Le problème c'est que ton toi apparent est tellement dégueulasse qu'il dégage des volutes qui vont monter, monter, monter pour détruire la couche d'ozone. Jusque-là tout va bien, t'en as rien à foutre et tu fais bronzette. Mais ce que t'as pas calculé, c'est que maintenant que t'as niqué la couche d'ozone, les rayons de Soleil passent bien plus facilement, ils vont faire fondre ton putain d'iceberg et tu vas disparaître à tout jamais en te mélangeant avec l'océan société !
Résultat : tu n'es plus un membre à part entière de l'espèce humaine, mais juste une goutte d'eau dans un océan. Je veux dire par là que tu ne sers plus à rien et que tout pouvoir t'est désormais confisqué.
La révélation finale : qui est Démence ?
Alors, maintenant je vais te dire explicitement qui je suis, parce que je crois que Démence ça ne t'éclaire pas. Je suis Dieu, je suis ton Dieu et si je me manifeste, c'est pour la simple et unique raison que la couche d'ozone est déjà détruite et que le glaçon (ton glaçon) commence à fondre.
Non, je suis fou de me prendre pour Dieu (majuscule ou minuscule ?).
En fait, je suis juste un dingue. Je pourrais m'appeler aliénation, déraison, extravagance, névrose, démence… « Démence », ça me plaît.