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Essais

De toi à moi

Une lettre intime adressée à Françoise, où l'auteur explore la complexité de leurs liens : deux solitudes qui se sont mirées sans jamais se rejoindre vraiment.

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J'avais écrit ces lignes en pensant à Françoise. Cela fait plusieurs insomnies que j'aurais aimé les écrire, mais que, désespérément, j'abandonnais face à la confusion des émotions. Ce matin, alors que je me préparais à peindre les murs de ma chambre, je me suis décidé à lui écrire. Je l'imagine ronchonner : « Pourquoi a-t-il besoin de m'écrire, alors que nous habitons si près l'un de l'autre ? C'est donner inutilement du travail à la poste. »

Eh bien oui ! Elle a entièrement raison, c'est tout moi. Choisir les issues les plus biscornues, éviter surtout la simplicité, n'en faire qu'à ma tête selon mes pulsions, parfois à la limite de l'irascible. Il faudra qu'elle comprenne qu'il est des choses qui ne peuvent se réduire à la parole, pas parce qu'on ne saurait les exprimer ! Mais tout simplement parce qu'à l'ouïe, certains mots, ainsi que leurs maux, se retrouvent juste à côté de la plaque. Pas très loin, mais juste à côté, tout près de la déraison, comme lors d'une dérision. Si elle a lu jusqu'ici, c'est qu'elle est bien curieuse de savoir ce que j'ai à lui dire. Elle qui sait si bien se farder d'une indifférence toute feinte. Peut-être même réfléchit-elle déjà au procédé dont elle userait pour faire disparaître ma missive, afin que ses parents ne se doutent de rien...

Quels que soient ses plans, qu'elle m'accorde encore un peu d'attention. Si j'écris ce matin, c'est que je pensais à nous. Je m'interroge sur ce que nous cherchions l'un de l'autre, mais il me tarde tant de trouver une réponse. Nous n'étions pas des amis, ni même des connaissances. Nous étions simplement deux curiosités, étrangères l'une à l'autre, qui se côtoient parce que subjuguées par quelque magnétisme. Elle, elle était solitaire, d'une tristesse étrange, d'une pauvreté attractive. Moi, j'étais une ombre, d'une étrangeté singulière, avec le verbe impulsif. Ainsi venait-elle à moi parce qu'elle s'imaginait une singularité. Ainsi, certaines choses de moi l'intriguaient énormément ; d'autres, au contraire, l'exécraient... Nous étions dans une ambivalence que ni l'un ni l'autre nous ne pouvions cerner.

Je doute de pouvoir l'appeler par l'amitié ; mais elle répond que j'ai tort, qu'il en a toujours été ainsi. Son histoire, c'est qu'elle n'a jamais eu besoin de personne, et qu'elle se débrouille toujours toute seule. Ce fut une gamine esseulée. Et toutes mes passions furent vaines, alors même que je m'étais interdit tous sentiments. Nous n'étions l'un pour l'autre que des miroirs, des étroitesses de mille lieues distantes. Son amour m'était interdit. L'étranger lui dictait ses amours. Elle n'avait pas d'yeux pour choisir ses passions. Il lui fallait le regard des autres. Elle était aveugle. Ainsi, je n'osai franchir sa solitude, puisque la mienne m'était déjà trop inconnue. Nous étions des extrêmes, même dans nos communes différences. Nous dûmes alors fermer nos yeux, et son chemin, chacun prit. Nous avions été curieux de nos différences ; cela suffit-il à l'amitié ? J'en doute.

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pacôme.martin
Pacôme Martin @pacôme.martin
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