
Ne pleure pas Azel
Encore une fois, elle pleurait. Toutes les larmes de son corps ne pouvaient se tarir. Depuis la mort de sa mère, la princesse d'Eyarith subissait presque tous les jours les assauts outrageux de son père. Elle passait la plupart de ses journées à pleurer dans sa chambre, sous les yeux tristes et bleus de Yan, son valet.
Une fois de plus, le roi l'avait priée de sortir de la chambre. Une fois de plus, il avait vu les yeux agrandis par la terreur de la jeune fille. Alors Yan s'était juré que ce serait la dernière fois.
Cette nuit-là, alors que la lune était cachée par de noirs nuages, ils avaient pris la fuite tous les deux. Fuir cet enfer pour Azel, et fuir la tyrannie du roi pour Yan.
Hélas, mille fois hélas...
Ils furent rattrapés et leur escapade n'avait duré que quelques heures. Azel fut enfermée à double tour dans sa chambre. Et elle pleurait à nouveau toutes les larmes de son corps. Yan avait été emmené dans les cachots. Il fut torturé de mille et une façons différentes, le roi prenant plaisir à le voir souffrir. Au bout de trois jours, il fut condamné à être pendu à midi. Yan n'avait rien dit. Il était beaucoup trop épuisé par les multiples souffrances qu'on lui avait infligées. Il se contenta de lever la tête, les yeux tristes et bleus. Il repensa à la douce princesse Azel.
Le roi alla retrouver cette dernière dans sa chambre, et après lui avoir fait subir à nouveau ses outrages, il lui annonça la mise à mort de son valet. Cette fois-ci, contre toute attente, la princesse d'Eyarith ne versa pas une seule larme.
Comme il en avait été décidé, Yan fut pendu à midi, sous un magnifique soleil. Ses dernières pensées étaient pour sa princesse. Et lorsque le roi fut assuré que le valet n'était plus qu'un cadavre, il monta dans la chambre de sa fille pour lui annoncer la nouvelle. Il tourna doucement la poignée, et ce qui l'attendait le pétrifia de surprise.
Face à lui se balançait au bout d'une corde, le corps sans vie de la princesse Azel.
Le chasseur
Loup-garou. Une malédiction qui force certaines personnes à se transformer les nuits de pleine lune.
Dans le petit village de Habënd, on raconte que pendant ces nuits, un loup-garou sévit et tue ceux qu'il croise. Tous les habitants restaient sur leur garde pendant la pleine lune. Ryan et Selia étaient fiancés depuis presque deux ans. Le jeune homme partait tous les soirs de pleine lune, dans l'espoir d'attraper le loup-garou et de mettre fin à ses agissements. Il voulait détruire la bête, cette abomination engendrée, disait-il, par le mal. Et comme à chaque fois, Selia s'inquiétait pour lui.
Las d'attendre son aimé, elle décida d'aller chasser la bête elle aussi. Armée d'un fusil aux balles d'argent, seul souvenir de son père défunt, qui avait été à moitié dévoré par la créature, la jeune fille s'aventura seule dans la forêt alentour. Elle serra contre elle son arme lorsqu'elle entendit son hurlement. Puis le loup-garou apparut face à elle, énorme, imposant. Il s'approcha doucement de Selia. Cette dernière arma, visa et tira. La bête hurla de douleur avant de retomber lourdement sur le sol.
Et quand la jeune fille s'approcha de la forme humaine, inerte, elle la reconnut immédiatement.
C'était Ryan.
La reine des poupées
Dans la lointaine contrée d'Ertach, une légende racontait qu'une famille de sorciers possédait l'étrange pouvoir de changer les êtres humains en poupée. Elynaë était la seule survivante de cette illustre famille qui, au fur et à mesure que le temps passait, était chassée par les êtres humains. La jeune fille vivait donc dans les bois, à l'écart des hommes, appréciant sa solitude.
Mais la solitude, dont elle adorait la compagnie, s'éclipsa le jour où un jeune homme perdu lui demanda le gîte et le couvert. Wynden était un chasseur réputé dans son village, mais il s'était perdu dans les bois sombres où habitait Elynaë. Cette dernière lui accorda le peu dont elle disposait. Wynden repartit le lendemain, la remerciant chaleureusement. La jeune fille en eut le cœur tout retourné. Elle souhaita secrètement qu'il ne revienne jamais.
Quelques jours plus tard, il était là, à nouveau. Le cœur d'Elynaë s'emballa. Elle savait qu'elle n'avait pas le droit, que la malédiction de sa famille condamnait tous ceux qu'ils aimaient. À peine s'était-elle avouée dans son fort intérieur qu'elle aimait le jeune homme que Wynden se changea en poupée de chiffon. La malédiction venait à nouveau de faire une victime.
La fin d'un monde
La forteresse de Gürundël était réputée dans le royaume pour être imprenable. Située à l'extrême nord, elle bravait les tempêtes de neige et les vents glacés tout au long de l'année.
À l'intérieur de cet endroit sinistre et inhospitalier avait grandi la jeune Aleen. Lorsqu'elle était née, un oracle avait prédit qu'elle serait l'élue, la seule capable de sauver la race humaine face aux hordes démoniaques du roi Cornu. Ce dernier pillait et massacrait jour après jour les villages et les cités des humains.
Aleen avait donc été éduquée pour éradiquer le fléau. Elle possédait une force peu commune pour une enfant de seize ans, savait parler aux animaux et manier les quatre éléments.
Le roi Cornu avait entendu parler de l'Élue et avait décidé de partir à sa rencontre. La forteresse fut prise d'assaut par les armées démoniaques et Aleen fut sommée de se réfugier dans la grande tour. La jeune fille aurait voulu aider, mais on le lui avait formellement interdit. Elle attendit, enfermée, que les bruits de la bataille cessent enfin. Puis la porte de fer s'ouvrit. Dans l'encadrement de la porte se tenait le roi Cornu, imposant dans son armure noire comme l'ébène. Aleen se releva, fière, et sortit son épée, prête à se battre. Alors le roi Cornu s'agenouilla devant elle. Il avait enfin retrouvé sa fille et, ensemble, ils allaient régner sur le monde.
Sacrifice
Meredith courait à travers les ruelles entourées par les flammes, tenant la main de son fils, Lionel.
Ce matin encore, Beowülf était un village comme tous les autres. Il n'aura fallu qu'une seule nuit pour que le chaos s'installe et qu'il soit mis à feu et à sang. Des pillards étaient venus. Ils tuaient pour s'amuser, peu leur importait ceux sur qui tombaient les coups de lames. Homme ou femme, enfant ou vieillard... Ce qui comptait, c'était de tuer.
Lionel trébucha, entraînant sa mère avec lui. C'est à cet instant qu'ils furent rattrapés. Meredith serra son enfant contre elle tandis qu'ils riaient. Elle les supplia de leur épargner la vie, à elle et à son enfant. Elle pleurait toutes les larmes de son corps.
L'un des pillards lui tendit un poignard couvert de sang. Il lui laissa le choix : elle devait tuer son fils pour avoir la vie sauve, ou ce dernier devait la tuer pour continuer à vivre. Meredith mit le poignard dans les petites mains de Lionel qui pleurait. Elle lui avait souri, elle lui avait dit qu'il devait le faire pour elle et pour lui. Alors, en larmes, Lionel avait accepté et accomplit le geste fatal. Sa mère tomba, baignant dans son sang.
Les pillards riaient en le voyant s'accrocher au cadavre de celle qui l'avait mise au monde. Puis l'un d'eux l'égorgea sans préavis, laissant là, au milieu des flammes de cet enfer, la mère et l'enfant.