
James Harold, informaticien de génie, s'assit devant son ordinateur au milieu du bureau central de la NASA. C'était la fin de sa pause et tous les employés regagnaient leurs postes. James bougea légèrement la souris pour quitter l'écran de veille et un message s'afficha. C'était du français ; James eut donc un peu de mal à comprendre ce qui était écrit. Il avait fait ses études en France, mais cela faisait une éternité qu'il n'avait plus parlé cette langue : « Une erreur fatale a atteint votre carte mère. Pour de plus amples informations, cliquez sur OK. »
James, intrigué, cliqua sur OK et un nouveau message apparut : « Avez-vous une grosse bite ? » James partit d'un grand éclat de rire. C'était encore un de ses collègues qui lui faisait une blague ; les Français étaient très nombreux dans le service informatique de la NASA. Il voulut cliquer sur oui, mais le bouton fuyait la souris. C'était le principe classique des faux virus. Résigné face à la bêtise du procédé, James cliqua sur non. Au lieu des réponses classiques du style « je m'en doutais », un autre message apparut : « Vous avez perdu :-) ! » Son ordinateur s'éteignit, puis les autres ordinateurs, et enfin la lumière.
C'était beaucoup plus grave qu'une simple blague. C'était un virus. Et qui dit virus sur un des sites les mieux protégés du monde dit hacker. Et qui dit hacker dit enquête !
Un génie en herbe
Une heure plus tôt, dans une petite ville du centre du Var, Adrien était encore devant son ordinateur.
— Adrien, à table !
— Deux secondes, Maman, j'ai presque fini !
Les doigts d'Adrien couraient sur le clavier de son ordinateur portable. Il appuya enfin sur entrée avec un sourire triomphal sur le visage. Le virus était en place. Dans moins d'une heure, tous les bureaux de la NASA seraient plongés dans le noir !
Le braquage du siècle
Cinq ans plus tard, Adrien avait maintenant 20 ans et de gros problèmes d'argent, mais cela ne le gênait pas. Il serait bientôt plus riche que Crésus lui-même. Cela faisait six mois qu'il préparait cela. Ce n'était plus une petite panne d'électricité à la NASA ou un blocage des ordinateurs du FBI, c'était le gros coup : la banque CPN. Il avait tout prévu : le virement aux Bahamas, le billet d'avion commandé sur Internet et, bien sûr, les heures de pause du personnel de la banque.
James Harold était à Paris. C'est lui que la NASA avait choisi pour pister le hacker, et il commençait à regretter d'être l'informaticien le plus doué des États-Unis ! Le message qui avait déclenché le virus était en français. James était donc parti pour Paris après cinq longues années de discussions avec les plus hautes sphères du FBI et de la CIA, quelques recherches et un long stage de français intensif.
James se trouvait donc en plein centre de Paris, à proximité de l'Arc de Triomphe. La NASA lui avait réservé une suite dans l'hôtel California, un quatre étoiles très luxueux et aussi très cher. James fit son entrée dans l'hôtel. Il se trouvait dans un hall immense meublé de fauteuils et de canapés Louis XVI. Face à lui s'ouvrait un bar qui tentait de recréer une ambiance marine ; plusieurs aquarelles marines et un bar en forme de coque participaient à rendre cette atmosphère.
James se rendit rapidement à l'accueil, puis il gravit les sept étages qui le séparaient de sa suite par l'escalier ; il avait toujours eu peur des ascenseurs aussi loin que sa mémoire remontait. Deux minutes plus tard, il entrait dans sa chambre, légèrement essoufflé. Après une brève visite des deux étages sur lesquels s'étendait sa suite en duplex, il se servit un whiskey au mini-bar, puis s'installa dans un des nombreux fauteuils et alluma son portable dernière génération. Trente secondes plus tard, il était connecté sur le net par liaison satellite et commençait ses recherches. Il savait déjà que le hacker avait envoyé son virus d'une petite ville du centre Var appelée Brignoles. James entreprit de chercher dans les archives du FBI les problèmes du même type que celui qui l'intéressait dans les dix dernières années.
Il s'introduisit sur le site interne du FBI et commença à chercher les archives. Quand il voulut entrer dans la dernière partie des archives, celle qui l'intéressait, un écran s'afficha en surbrillance : « SECRET FILES ENTER PASSWORD ».
La préparation du braquage informatique
Pour pouvoir remonter jusqu'au cœur de la banque centrale, Adrien devait d'abord passer par une de ses décentralisations. Il s'introduisit sur le site de la CPN Côte d'Azur et entra directement dans les comptes personnels. Il allait d'abord devoir procéder par petits virements afin de ne pas éveiller l'attention. Il entra donc dans le sous-menu « virement », puis dans « créer un nouveau compte ». Mais alors qu'il commençait à penser que c'était trop facile, un nouvel écran apparut : « Mot de passe : »
James commença à taper sur son clavier avec une vitesse incroyable. L'écran de l'ordinateur semblait atteint d'épilepsie ; les écrans s'enchaînaient à une telle vitesse que l'on pouvait croire que l'ordinateur clignotait. Deux minutes plus tard, James savait que le mot de passe comportait seize caractères, qu'il pouvait comporter des chiffres mais pas d'espaces. Il avait déjà travaillé pour le bureau du FBI avant d'être engagé par la NASA. Il savait que les mots de passe les plus couramment utilisés dans le service des archives étaient des noms de villes. Le code postal comportait quatre caractères, le nom de la ville devait donc en comporter douze.
Il ouvrit un atlas numérique où toutes les villes américaines de plus de 30 000 habitants étaient répertoriées et il obtint cinq villes dont le nom comportait douze caractères : Washington DC, Middle Side Est et trois autres villes au nom aussi compliqué. James décida de commencer par la plus connue : Washington DC.
C'était un système de mot de passe ultra simpliste : dix caractères, pas de chiffres ni d'espace. Adrien n'avait même pas besoin de se donner la peine de trouver le mot de passe, il lui suffisait de cinq petites minutes pour craquer le système de codage. Il se mit à pianoter frénétiquement sur son clavier et, au bout de 4 min 30 s, l'écran de mot de passe disparut, laissant place à la rubrique nouveaux comptes.
« PASSWORD ACCEPTED ». Il était dans les archives secrètes du FBI. Il se mit à fouiller les dossiers des dernières années se rapportant aux forfaits informatiques. Au bout du compte, il copia quatre dossiers sur son ordinateur. Ces quatre dossiers se rapportaient tous à un virus informatique envoyé par un hacker qui produisait une panne de courant généralisée ou locale. Le premier dossier se rapportait au FBI lui-même : tous les ordinateurs des bureaux centraux du FBI avaient subi, il y a quelques mois de cela, une panne générale due à un virus informatique. James entreprit de remonter à la source de ce virus.
Nom : Brun Albert... compte créé... votre compte est crédité de 100 euros.
Il avait réussi. Il avait créé un nouveau compte sous un nom factice. Il jeta un coup d'œil à sa montre : la pause déjeuner serait bientôt finie, il fallait qu'il se dépêche s'il voulait passer inaperçu. Il commença à virer de petites sommes sur son compte à partir des comptes des particuliers qui étaient enregistrés dans la banque de données de la CPN. Au bout d'une vingtaine de minutes, son compte était créditeur de 120 000 euros. C'était un bon début. Adrien sortit du site en rétablissant tous les mots de passe. La pause déjeuner serait finie dans deux minutes et personne ne se rendrait compte de rien.
L'enquête progresse à Paris
Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, à 20 km de Brignoles. James laissa échapper un léger sourire : le hacker de la NASA n'en était pas à son coup d'essai ! Après près d'une heure de recherches, il matérialisa un triangle de 20 km autour de Saint-Maximin d'où étaient partis les quatre virus qu'il avait répertoriés.
Il avait bien mérité un petit café. Il descendit dans la rue et se mit à la recherche d'un bar sympathique pour prendre un café tranquillement. Après avoir bu un café décaféiné, James passa des heures à flâner sur les bords de la Seine. Paris était vraiment belle en cette superbe journée de printemps.
Adrien se connecta ensuite sur le site de la BA_A_MAS (Baston and Massali), la plus grande banque des Bahamas. Il entra dans son compte personnel qu'il avait créé deux mois auparavant et commença à le préparer pour accueillir le virement de son compte français. Au bout d'une demi-heure, il avait fini. Il éteignit son ordinateur et sortit dans la rue, son portable sous le bras. Il devait changer de résidence au cas où ses transactions auraient été repérées. Il descendit à pied jusqu'au centre-ville et monta dans le bus pour Marseille.
L'appel à un vieil ami
Assis à la terrasse d'un café du bord de Seine, James réfléchissait. Il sortit son téléphone portable de sa poche de chemise et pianota un numéro. Après deux tonalités, une voix féminine répondit :
— Madame Dussol ?
— Je suis sa fille !
— Pouvez-vous me passer Bertrand, s'il vous plaît, Mademoiselle ?
— De la part de qui ?
— De l'homme qui clique plus vite que son ombre, il comprendra !
— Entendu, je vous le passe.
Quelques secondes plus tard, une voix grave et mélodieuse se fit entendre au bout du fil :
— James, ça fait un bail ! Comment tu vas depuis tout ce temps ? Toujours au FBI ?
— Non, j'ai eu une promotion, je suis à la NASA maintenant !
— À la NASA ! Ben dis donc mon vieux, qui aurait dit à l'université que le petit binoclard qui ne pensait qu'à ses jeux vidéo se retrouverait à la NASA !
— Comme quoi tout arrive ! Et toi, toujours dans tes enquêtes ?
— Toujours, toujours, et je ne compte pas m'arrêter de sitôt !
— Bon, si je t'appelle, ce n'est pas pour se rappeler les bons souvenirs, mais parce que j'ai besoin de ton cerveau éclairé. Je suis sur la piste d'un hacker qui a fait buguer les bureaux de la NASA et du FBI, entre autres. Je voulais ton avis : d'après toi, à quoi est-ce que ce mec va s'attaquer dans les prochains mois ?
— C'est plutôt évident. Tout être humain normalement constitué ne peut pas résister à l'envie de se faire un peu de blé ! Alors, en plus, si l'on a un talent du style du gars que tu cherches, je te parie ce que tu veux qu'il va essayer de se faire une retraite en or. Surveille les banques et je suis sûr que tu ne vas pas tarder à entendre parler de lui.
— Merci, Bert. Je te revaudrai ça. Au fait, dès que j'aurais coincé ce type, je t'appelle et on se fait une bouffe, comme au bon vieux temps !
— Pas de problème, et si t'as besoin de moi, hésite pas à m'appeler.
— OK, à bientôt !
James rangea son téléphone et sortit son ordinateur, qu'il déplia sur la table tout en commandant une autre bière.
Arrivée à Marseille
Arrivé à Marseille, Adrien sortit son ordinateur tout en s'asseyant à la terrasse de l'OM Café. Il l'ouvrit et se brancha directement à Internet tout en commandant une bière. Il se mit à chercher un hôtel dans le centre de Marseille. Il commença par chercher un deux étoiles, puis, se rappelant qu'il était sur le point de devenir riche, il se ravisa et prit un quatre étoiles. Il se décida finalement pour le Sofitel qui surplombait le Vieux-Port. Il lui faisait face à quelques centaines de mètres ; il pourrait donc y aller à pied. Il se leva donc de sa chaise, régla la note après avoir pris un sandwich et se mit en route.
Une fois connecté sur Internet, James commença à analyser les transactions bancaires effectuées pendant les trois derniers mois. Mais au bout d'une heure de travail acharné, il n'avait rien trouvé et il ne s'était occupé que de deux des trente banques françaises. Il s'arrêta pour se lever et regagner son hôtel alors que le jour commençait à décliner. En chemin, il réfléchit, et quand il arriva dans sa chambre, il avait élaboré une nouvelle stratégie.
Il ralluma son ordinateur et ouvrit un petit logiciel qui avait été créé spécialement pour la NASA. Il permettait de créer des programmes simples en un temps record. Au bout d'une heure, James avait créé un nouveau programme qui, une fois lancé sur Internet, répertoriait tous les fichiers correspondant aux critères qu'il avait préalablement indiqués, à savoir les transactions bancaires effectuées pendant les trois derniers mois dans la région PACA, puisque c'était de là que le hacker semblait opérer.
Assis en tailleur sur son lit dans la suite qu'il avait prise pour passer la nuit, Adrien surfait sur Internet tout en mangeant son sandwich. Dehors, la nuit tombait sur le Vieux-Port, embrasant les mâts des voiliers dans les dernières lueurs du crépuscule. Les touristes commençaient à affluer, certains cherchant un restaurant où manger, d'autres se rendant au théâtre de la Criée pour voir la dernière interprétation du mythe de Phèdre par Isabelle Adjani.
C'était bientôt l'heure de la fermeture des bureaux de la CPN à Paris et Adrien profitait de ses derniers moments de répit avant de passer à l'action. Dans cinq petites minutes, il aurait toute la nuit pour mener son plan à bien. En attendant, il se détendait en massacrant d'autres internautes innocents sur son jeu vidéo préféré : Ultima Online.
La traque s'intensifie
À Paris, la nuit tombait sur l'Arc de Triomphe et James, tranquillement installé dans un fauteuil Louis XVI, attendait que son programme ait terminé ses recherches tout en dégustant des nems et du riz cantonais qu'il avait achetés au restaurant chinois à l'angle de la rue. Son programme avait déjà analysé 25 des 30 banques de France et il avait trouvé un compte créé dans les trois derniers mois.
C'était l'heure. Adrien attendit encore deux minutes, puis il se connecta au serveur de la CPN. Il pénétra d'abord les protections des informations personnelles : son compte possédait maintenant 119 200 euros depuis qu'il avait payé le bus, le sandwich et l'hôtel. Adrien s'introduisit ensuite dans la partie des transactions. Un écran de mot de passe s'afficha. Adrien commença à taper sur son clavier.
Le programme avait terminé sa lourde tâche. James se pencha sur son ordinateur et visualisa ce que son programme avait découvert. Son programme avait répertorié près de 200 transactions et seulement deux nouveaux comptes créés. Le premier compte avait été créé deux semaines auparavant par un certain Monsieur Beranger habitant à Toulon. James ouvrit un annuaire virtuel sur Internet et se mit à rechercher ce Monsieur Beranger. Celui-ci existait bien, il habitait effectivement à Toulon, modeste garagiste. Son compte n'était détenteur que de 100 euros. Un peu léger pour une retraite en or.
Le deuxième compte, quant à lui, avait été créé par un Monsieur Brun Albert à Saint-Maximin. James ouvrit à nouveau l'annuaire pour constater, avec un sourire de victoire, que seulement deux Monsieur Brun étaient domiciliés à Saint-Maximin et aucun ne s'appelait Albert. De plus, le compte de ce Monsieur Brun était crédité de 120 000 euros à son ouverture, ce qui était déjà une meilleure base pour une retraite en or !
« PASSWORD, PASSWORD ». Adrien n'avait pas réussi à craquer le système. Il devait donc trouver le mot de passe. C'était un mot de passe à douze caractères ne contenant que des chiffres. Adrien réduisit la page Internet et ouvrit un petit logiciel de sa conception. Puis, après avoir réussi à craquer le système qui empêchait d'effectuer plus de trois essais pour trouver le mot de passe, il lança son logiciel. Celui-ci allait effectuer toutes les combinaisons de douze chiffres possibles et les appliquer au système de protection, ce qui pouvait prendre beaucoup de temps.
Le coup de filet se précise
James commença l'analyse du compte suspect. Pour cela, il dut forcer un mot de passe de conception basique, un vrai jeu d'enfant. Le compte ne possédait plus que 119 200 euros des 120 000 qu'il possédait au départ ; le hacker avait donc dépensé une partie de l'argent de son compte. C'était une aubaine pour James qui pensait pouvoir aisément retrouver le lieu des dépenses grâce au numéro du compte. Une partie de l'argent manquant avait été retirée dans le distributeur numéro 2500. James réussit à accéder à la carte des distributeurs de la région PACA : le 2500 était situé à Marseille, dans le quartier de Belsunce, entre la gare et le Vieux-Port.
Le hacker qu'il cherchait avait donc dû arriver à Marseille près de la gare, en train ou en bus, puis descendre sur le Vieux-Port. Seulement 500 des 800 euros dépensés avaient été retirés, les 300 autres s'étaient envolés. Il n'y avait qu'une explication possible : il avait acheté quelque chose sur Internet. S'il parvenait à trouver cette commande grâce au numéro de compte, il pourrait obtenir le numéro de connexion de l'ordinateur qui avait passé la commande, et grâce à ce numéro, il pourrait localiser l'ordinateur lors de sa prochaine connexion. Il allait enfin coincer ce hacker qu'il cherchait depuis plus de cinq ans !
Le logiciel avait enfin trouvé la bonne combinaison. Adrien était entré. Il voulut commencer à transférer de l'argent sur son compte, mais il se rendit compte qu'il fallait un mot de passe spécifique pour chaque antenne régionale de la banque pour pouvoir utiliser les comptes enregistrés dans celles-ci. Les mots de passe n'étaient pas insurmontables, mais ils lui faisaient perdre du temps, beaucoup de temps. Il fallait absolument qu'il ait fini avant l'ouverture de la banque à 9 h, faute de quoi son stratagème serait repéré et il pourrait dire adieu aux Bahamas.
Le hacker venait d'arriver à Marseille. S'il n'avait pas de famille dans cette ville, il devait aller à l'hôtel. Aller chez sa tante quand on était en train de cambrioler une banque, même si c'était par Internet, était assez peu probable. Il était donc certainement à l'hôtel. James entreprit donc de reprogrammer le programme qu'il avait utilisé pour trouver le compte de « Monsieur Brun ». Il changea les axes de recherche tout en gardant le même principe : le programme, toujours lancé sur Internet, allait chercher toutes les réservations d'hôtel effectuées avec le numéro de compte de « Monsieur Brun » dans un périmètre d'environ 10 km autour de Marseille.
S'il ne s'était pas trompé dès le début — mais c'était très peu probable, un compte ouvert sous un faux nom à Saint-Maximin, lieu de départ de tous les méfaits de ce petit génie de l'informatique —, sa recherche allait lui ramener le numéro de l'ordinateur du hacker de la NASA.
Contre la montre
Adrien commençait à être extrêmement nerveux. Son compte possédait maintenant près d'un million d'euros. Son programme avait déjà débloqué la moitié des banques CPN françaises et lui, à la vitesse de cent euros par compte, amassait une fortune de plus en plus considérable. Mais il était déjà une heure du matin et son avion partait de Marignane à 9 h 45. Il devait y être une heure avant et, en comptant une heure de bus pour aller à l'aéroport, il devait partir à 7 h 30 environ. Il ne lui restait donc que six heures avant de devoir remballer. Il devait avoir fini d'ici là.
« AUCUNE RESSOURCE TROUVÉE ». Il n'avait pas réservé son hôtel par Internet. Mais qu'avait-il donc pu acheter d'autre ? James tournait dans la chambre, fumant cigarettes sur cigarettes ; il avait pourtant décidé d'arrêter quelques mois auparavant. Tout à coup, se rappelant la conversation téléphonique de la journée, il eut un éclair. Il se précipita sur son ordinateur et modifia une nouvelle fois son programme. Il ne pouvait être certain de son idée, mais de toute façon, il ne pouvait se permettre de perdre plus de temps.
Il lança une nouvelle fois son programme sur Internet, puis il jeta un coup d'œil sur le compte de Monsieur Brun. Il était passé à l'action, le compte était maintenant tributaire de plus d'un million d'euros et il progressait, la somme gonflant progressivement de cent euros en cent euros. C'était une méthode classique : il prélevait cent euros sur chaque compte et les transférait sur le sien. Mais la somme augmentait lentement ; le pirate devait être confronté à des mots de passe. Il lui restait encore une chance de le coincer, mais il fallait faire vite.
Adrien souriait : plus que dix banques et il aurait fini. Son compte s'élevait maintenant à six millions d'euros. Il était déjà riche, mais il voulait aller jusqu'au bout. Il se rendit au mini-bar de sa suite et se servit un whiskey-coca, puis il retourna devant son ordinateur. Plus que cinq banques.
L'erreur fatale
Le programme avait trouvé : billet première classe pour les Bahamas, réservé avec le compte de Monsieur Brun. Il avait eu raison. James remercia intérieurement la perspicacité de Bertrand, puis il se remit à la tâche.
Quatre banques.
James se mit à pianoter frénétiquement sur son clavier. Il parvint assez facilement à obtenir le numéro de modem de l'ordinateur de « Monsieur Brun » et commença à remonter à sa source. Pour cela, il utilisa un programme qu'il avait « piqué » au FBI : c'était un traceur qui pouvait repérer l'émission d'un signal satellite spécifique au mètre carré près.
Deux banques.
Le programme avait trouvé : le modem du hacker émettait en B10H12. Il ouvrit un atlas virtuel et fit la correspondance en latitude et longitude : le signal partait d'un point au bout du Vieux-Port. Si les souvenirs de sa dernière visite à Marseille étaient bons, c'était là qu'était le Sofitel, un des plus beaux hôtels de Marseille.
C'était fini. Adrien réduisit la page de la banque CPN et ouvrit celle de la BA_A_MAS, puis commença le virement. Une barre d'état s'afficha : « Transfert des données, veuillez patienter 5 % ».
Une sonnerie, deux sonneries...
10 % effectués.
— Allô ?
— Bernard ? C'est James à l'appareil.
— Salut James, quoi de neuf ?
20 %.
— Sonne le branle-bas de combat, je l'ai repéré, il est à Marseille !
— Pas de problème, j'appelle immédiatement mon collègue marseillais, il sera à nous d'ici vingt minutes !
— Merci. Dis-leur de me le garder au frais, je serai là-bas d'ici trois heures.
— OK, à plus tard.
50 %.
Bernard raccrocha, puis il tapa trois chiffres : 013.
70 %.
— Allô ?
— Bureau central du GIGN à l'appareil. Vous pouvez me passer le commissaire Marcel, s'il vous plaît ?
— Je vous l'appelle tout de suite, monsieur.
Quelques secondes plus tard, une voix rauque teintée d'un léger accent se fit entendre dans le combiné :
— Ouais, c'est moi. Qu'est-ce qui se passe ?
— On a repéré un suspect dangereux dans votre secteur. Il serait domicilié dans le Sofitel. Il faut absolument que vous alliez l'appréhender le plus vite possible !
— Pas de problème. C'est quelle chambre ?
— Je n'en sais rien...
— Vous êtes marrant, vous. Comment vous voulez qu'on trouve votre suspect ? Il y a au moins deux cents chambres dans cet hôtel !
— Il est plutôt jeune et il possède un ordinateur portable. C'est tout ce que je sais !
— Bon, j'envoie une équipe, mais je ne vous garantis rien !
Le dénouement
Adrien avait fini. Il était riche et dans quinze heures, il serait aux Bahamas. Il se leva de son lit et alla chercher un nouveau whiskey dans le bar. Il le but et éclata d'un grand rire avant de se servir à nouveau.
James éteignit son ordinateur, puis descendit récupérer sa voiture dans le garage de l'hôtel. Il mit le contact, puis démarra en trombe. Dix minutes plus tard, il était dans un TGV Méditerranée en gare de Lyon. Dans trois heures, il serait à Marseille, en espérant que les flics l'auraient coincé.
Adrien était en train de boire son troisième whiskey quand la porte vola en éclats. Cinq policiers armés firent irruption dans la chambre. Adrien repartit d'un rire dément qui se finit en sanglot. Il était fichu.
James fit son entrée dans le commissariat du 1er arrondissement de Marseille et demanda le commissaire Marcel. Celui-ci sortit de son bureau. James sortit un papier de sa poche :
— J'ai le certificat d'extradition en règle. Je rentre aux States avec lui !
Épilogue
Trois mois plus tard, aux Bahamas :
— Allô ?
— Adrien ?
— C'est moi !
— Salut, c'est James. On a un problème là. Tu te sens pas de nous envoyer un petit programme ? Ho, rien de bien méchant, juste de quoi coincer un guignol qui croit qu'il est le premier à avoir éteint la lumière à la NASA...