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Essais

Chute libre

Une histoire d'amour toxique bascule dans la tragédie sur un toit de la ville. Entre jalousie dévorante et folie meurtrière, un récit poignant.

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Fuir... Fuir... Fuir... Ce mot résonne dans ma tête, tel un appel à l'aide : j'ai si peur ! Les yeux hagards, je regarde dans le vide... Que personne ne m'adresse la parole car je ne sais pas si j'en possède encore l'usage... J'ai si peur ! J'ai l'impression que tout tourne autour de moi... Comment décrire l'émoi qui m'étouffe et me chavire ? Je crois que tous savent ce qui m'est arrivé, qu'ils m'évitent mais au fond de moi je sais que tout ceci n'est qu'un jeu de mon esprit...

Je me sens traqué, pris au piège... J'ai si peur ! Je devrais rester afin d'affronter la réalité mais je sais d'avance que j'ai tout perdu alors, à quoi bon rester ?

Je sens mon cœur battre sous mes tempes, ma vue se brouille, je vais m'évanouir... Il faut que je me raccroche à quelque chose car tout un flot de souvenirs m'assaille, c'est troublant... Je cherche la chaleur humaine en me noyant au milieu d'une foule d'inconnus... Je ne veux pas être jugé sur mes actes mais sur mes sentiments... Je l'ai aimé de toute la force de mon âme mais, j'ai douté que cela soit réciproque... J'étais jaloux et je voulais l'avoir pour moi tout seul en étant sûr que j'étais à elle seule... J'ai voulu être l'unique, je serai le dernier. Et, aussi cynique que cela puisse paraître, cette pensée me réjouit car après elle ce sera le néant. Je n'avais jamais imaginé ma vie sans elle, tout est de ma faute... Toutes ces pensées désordonnées affluent comme pour m'empêcher de me souvenir de cette nuit-là.

Cette nuit-là devait être magique. Nous étions tous les deux assis sur le toit de l'immeuble, main dans la main, les yeux perdus dans l'océan des lumières de la ville. Nous n'avions pas besoin de nous regarder, ni même de nous parler car le simple fait d'être ensemble, d'entendre la respiration de l'autre se mêler au souffle du vent suffisait à notre bonheur. Elle avait emmené son narguilé, j'étais contre, elle le savait mais je ne pouvais lui résister. Je planais de ce bonheur simple qu'est le fait d'être avec l'être aimé, d'aimer et d'être aimé, pourtant j'en voulais plus...

— Tu m'aimes ?

Je venais d'éclater la bulle de bonheur dans laquelle nous baignions. Mais j'adorais ce sourire malicieux qu'elle arborait en me répondant. Pourtant, ce soir-là, elle me répondit avec son regard le plus espiègle :

— Tu en doutes encore ?

Je tressaillis sous l'effet de la bise qui s'était levée, à moins que ce ne fût sa réponse qui m'incommodât, je ne saurais le dire. De même, je ne sus si je devais lui répondre ou si elle avait dit cela juste pour la forme... Elle était si compliquée ! C'est ce que j'aimais chez elle. Elle n'était semblable à aucune autre, j'étais sous son emprise... Néanmoins, cette nuit-là, rien ne fut comme cela aurait dû être. Je voulais juste être sûr qu'elle était tout à moi alors je resserrai l'étreinte de ma main dans la sienne, prêt à la lui broyer. Pourtant, elle ne chercha pas à se dérober, bien au contraire, j'eus la nette impression qu'elle riait. Je desserrai mon étreinte et sans un regard pour elle, je me levai et me dirigeai vers le rebord du toit. Tout vertige disparu, je m'assis, jambes ballantes, pour mieux admirer la vue. C'était magnifique ! J'avais une vue imprenable sur toute la ville. J'avais cette grisante impression que tout était en mon pouvoir. J'avais le monde à mes pieds, l'amour dans le cœur et des étoiles plein les yeux... J'étais heureux... Je sentis un souffle chaud dans mon cou, elle s'assit à mes côtés, m'enlaça et me chuchota à l'oreille :

— Tu en doutes ?

Je me tournai pour la regarder dans les yeux. Il y brillait une lueur qui m'était jusqu'alors inconnue. Je crois bien que c'est à cet instant que naquit en moi cette idée folle. Ma raison m'avait abandonné pour me noyer dans ses yeux... J'étais fou... J'étais fou d'elle.

— Oui.

Je ne sais toujours pas si j'ai eu conscience d'avoir formulé une telle phrase mais je sais qu'elle scella à jamais notre destin. Elle tressaillit, relâcha son étreinte et je ne sais pas si c'est encore un pur produit de mon imagination mais je jure que j'ai entendu son cœur s'affoler. Je me retournai pour lui faire face. La lune faisait ressortir sa beauté naturelle, elle aurait eu des ailes que cela ne m'aurait pas surpris... Je l'aimais, j'aurais pu le crier à la ville entière mais je doutais que la réciproque soit vraie...

Nous nous faisions face, le souffle court, les yeux brillants de cette même lueur folle qu'est l'amour. À cet instant j'aurais pu abandonner toute velléité et renoncer à mon projet afin de venir cueillir sur ses lèvres cette maigre pitance qui n'est qu'un apparat de l'amour... L'amour c'est bien plus que des preuves d'amour... Elle adorait me le rappeler à chaque fois que je venais lui voler un baiser...

Je me perds dans les méandres de mes pensées... À cet instant donc j'aurais pu et j'aurais dû abandonner pourtant, quand elle rompit le silence, elle fit renaître en moi ce dessein diabolique.

— Tu... Pourquoi ?

Pourquoi ? Pourquoi ! Parce qu'à mes yeux tu es si belle que je n'ose croire qu'on est ensemble, tu es si exceptionnelle que je n'arrive pas à réaliser que tu es à moi, tu es si intelligente que tu aurais pu en aimer mille autres que moi... Alors je doute. Pourtant ces mots n'ont jamais franchi mes lèvres car je ne peux me résoudre à les prononcer sans passer pour un imbécile. Alors je lui dis :

— Prouve-le moi...

Elle sursauta et s'approcha pour m'embrasser, je détournai la tête.

— Non... Pas comme ça.

Pas comme ça parce que j'avais une idée en tête... Une idée folle, diabolique, surréaliste. Sans compter que le silence environnant semblait propice à son aboutissement, le complice rêvé pour un instant de pure folie.

— M'aimes-tu au point de faire n'importe quoi pour moi ?

Le désarroi que je lus dans ses yeux m'emplis d'une joie indicible. Je ne saurais dire pourquoi le fait de la voir perdre pied me réjouissait à ce point.

— Oui.

Un « oui » tremblotant qui flotta un instant dans l'air avant de s'évanouir dans la nature. J'aurais dû me suffire de cela mais cette nuit-là j'étais tout puissant, invincible. Je voulais la tester, la savoir en mon pouvoir. Que de folie ! Pourtant je savais parfaitement où je voulais en venir sans pour cela avoir la pleine conscience de mon acte futur.

— Alors...

C'est le flou total dans mon esprit, je sais ce qui s'est passé mais je préfère l'ensevelir au plus profond de moi.

Je jette un regard circulaire, sortant de ma transe prolongée... Il n'y a plus personne dans le métro qui était il y a peu bondé, à l'exception de deux ou trois clochards squattant les banquettes. Des hauts-parleurs se propage une douce mélodie qui me rappelle ces moments de bonheur passés, à jamais perdus.

— Information de dernière minute : le corps sans vie d'une adolescente vient d'être retrouvé au pied de l'immeuble...

Une foule d'informations suivent, qui se perdent dans un flot confus, une avalanche de mots qui m'étourdissent...

— SAUTE !

Elle me regarde dans les yeux, s'approche de moi sans un mot et m'embrasse langoureusement... Notre ultime baiser, un baiser d'adieu... Elle se met debout sur le rebord du toit, se signe et s'élance, tel un ange, aérienne... Et je jure que j'ai vu de longues ailes blanches se déployer dans son dos... Je le jure ! Sinon je l'en aurais empêché, je l'aurais sauvée... JE L'AIME, JE LE JURE...

— Meurtre, ou suicide ? L'affaire reste à élucider... Un accident de la route fait deux morts et un blessé gr...

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blackpanther971
blackpanther971 @blackpanther971
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