
La traque de Jean à Boston
Le lendemain, vers dix heures trente, Jean arriva à Boston. Après avoir trouvé un hôtel, il se mit immédiatement au « travail », une tâche ardue pour plusieurs raisons. D'une part, Charlie maîtrisait mieux que lui ses dons : elle pouvait ériger une barrière psychique très puissante, la rendant indétectable par télépathie. De plus, Boston était une vaste cité, et rien ne garantissait que Charlie y fût encore.
Il déambula donc au gré de son inspiration, sondant périodiquement les esprits des passants. En explorant l'esprit d'un sans-abri, il découvrit que Charlie s'était promenée dans cette rue quelques heures plus tôt et avait offert un billet de vingt dollars à l'homme, lequel avait aussitôt dissimulé le trésor dans sa veste et louait encore cette « ange » de son bienfait.
Suivant la direction empruntée par l'« ange », Jean continua de sonder les esprits pour cerner la zone où sa « proie » pouvait se trouver. Après environ quatre heures de recherche, il délimita un périmètre de cinq cents mètres où Charlie pouvait loger — ce quartier comptait deux hôtels. Il décida de revenir le lendemain pour confirmer sa présence.
En attendant, Jean se posta en observation jusqu'à l'heure du déjeuner, sans apercevoir Charlie. Il se dirigea alors vers un restaurant de la rue principale. Durant sa surveillance, il avait réfléchi à un moyen d'approcher Charlie sans éveiller ses soupçons : vérifier si elle avait trouvé un emploi et, le cas échéant, se faire embaucher dans le même établissement.
Il consacra le reste de sa journée à visiter la ville et à faire des courses pour préparer sa nouvelle vie.
L'installation de Charlie
À son arrivée, Charlie chercha un petit hôtel discret. Elle avait compris que se cacher dans ce type d'établissement était si évident qu'on la retrouvait facilement. C'était donc la première fois, depuis environ dix mois, qu'elle choisissait ce genre d'hébergement où elle serait en sécurité pour un temps. Elle avait habitué les agents du centre qui la filaient « discrètement » à des hôtels grand luxe ou à des résidences privées où elle se faisait héberger temporairement.
Cette formalité accomplie, elle se mit en quête d'un travail pour gagner un peu d'argent et surtout pour échapper au stress oppressant de la fuite. Elle en trouva un dans un petit restaurant non loin de son abri, ce qui lui garantissait une sécurité optimale : qui pourrait imaginer qu'une personne en fuite travaille si près de sa cachette ?
C'est ainsi que Charlie entama un nouvel emploi ainsi que, croyait-elle, une nouvelle vie pour quelque temps. Le lendemain de son arrivée, elle se promena en ville avant de prendre son service. Dans l'artère principale où se concentrent les grandes banques et hôtels de standing, elle aperçut un mendiant qui n'avait pas encore la trentaine. Prise de pitié, elle lui offrit un billet de vingt dollars ainsi qu'un des croissants qu'elle venait d'acheter, puis regagna son hôtel pour se préparer au travail.
Prémonitions et présages
L'heure du déjeuner venue, Charlie prit son repas sur son lieu de travail. Comme elle disposait d'une heure de liberté avant la reprise, elle chercha une librairie ou une bibliothèque proche — la lecture était sa passion. Elle découvrit une bibliothèque de quartier à une centaine de mètres de son travail, ce qui la ravit et lui permit de terminer la journée de bonne humeur.
Son service terminé, elle s'y rendit pour s'inscrire et emprunta un ouvrage qu'elle commença dès son retour dans sa chambre d'hôtel.
Vers onze heures, Charlie se décida à se coucher : le lendemain s'annonçait riche en émotions. Son don de prémonition le lui indiquait, sans toutefois être aussi précis qu'à l'accoutumée, ce qui l'inquiétait sans l'affoler. Elle s'endormit rapidement et rêva à nouveau du jeune homme aperçu lors de son séjour chez les Conor. Elle tomba amoureuse du bel inconnu de ses songes.
Le lendemain, elle se leva tôt pour profiter de sa lecture. L'heure du travail venue, elle se prépara et se rendit au restaurant.
Au fil des heures, son sentiment qu'un événement imminent allait se produire s'amplifia, finissant par l'inquiéter sérieusement. Mais que faire quand on ignore l'origine du danger ? Charlie tenta de refouler la panique qui s'était emparée d'elle. Vers midi, le sentiment de danger atteignit son paroxysme.
Pour les chapitres précédents :