
Chapitre Premier : Un nouvel abri
Au dehors, la nuit était froide et humide, mais un bon feu brûlait dans le petit salon aux rideaux soigneusement tirés. Paul et Virginie Conor discutaient, confortablement installés dans leurs fauteuils, d'une nouvelle fantastique qu'ils venaient de terminer.
Paul, âgé de trente-trois ans, blond cendré aux yeux noir ébène, était journaliste à L.E.M. (La Revue de l'Étrange et du Mystérieux dans le Monde). Virginie, à peine plus jeune que Paul, était quant à elle chercheuse à l'I.M.S.A. (Institut Mondial des Sciences Avancées). Elle avait les cheveux d'un noir si profond qu'ils en avaient des reflets bleutés, et les yeux d'un bleu électrique.
Tous deux discutaient de l'angoisse qu'ils avaient partagée et se demandaient comment ils réagiraient face aux situations que les héros de leur roman avaient dû affronter.
Pendant ce temps, dans une nuit noire et sous une pluie torrentielle, une vague silhouette marchait...
Tandis qu'ils échangeaient leurs impressions, Paul et Virginie préparèrent le dîner puis se mirent à table. Ils mangèrent tout en parlant de leurs travaux respectifs.
À ce moment, dans la nuit, titubant de fatigue, elle marchait au hasard.
Après leur repas, Paul et Virginie firent la vaisselle et retournèrent dans le salon pour discuter de certains passages de leur nouvelle.
Marchant désespérément, elle vit de la lumière et, rassemblant tout ce qui lui restait de force, elle se dirigea vers cette lueur providentielle.
Paul s'exaltait en reprenant le passage de la nouvelle où, tandis que les deux héros discutaient des événements étranges qui se déroulaient dans leur village, on frappa à leur porte et...
Soudain, on frappa lourdement à la porte. Paul et Virginie sursautèrent. Paul alla dans l'entrée, intrigué. Au moment où la porte s'ouvrit, une jeune femme tomba, inconsciente. Paul la rattrapa et la déposa à terre. Virginie, attirée par le bruit, vint voir ce qui se passait. Ayant son brevet de secourisme, la jeune femme essaya de réanimer l'inconnue mais...
— Non ! Au secours ! Aidez-moi ! Je ne peux plus respirer !
Soudain, au trou noir oppressant succéda la lumière aveuglante et...
L'inconnue se réveilla soudainement, couverte de sueur et apeurée. Virginie, qui était la plus proche — Paul s'étant retiré afin de laisser le champ libre à sa femme — tenta de rassurer la jeune femme tandis que Paul allait à la cuisine pour lui préparer une soupe.
Pendant qu'elle mangeait, l'inconnue se présenta. Elle disait s'appeler Charleen McGée et avoir vingt ans. Elle avait, selon elle, habité à New York avant la mort de ses grands-parents, deux ans auparavant. Elle avait, après une trêve de dix ans, recommencé à fuir car elle était poursuivie par des hommes qui lui en voulaient car elle possédait certains dons. Mais elle resta quand même très mystérieuse sur ses soi-disant dons, ce que voulaient ces hommes ou sur son passé.
Charleen était de taille moyenne, les cheveux rouge flamboyant et les yeux d'un noir très profond. Elle avait l'air d'une enfant qui aurait vieilli trop vite et il émanait d'elle une grande sagesse et une grande curiosité. Elle parlait avec un calme étrange et sa voix était à la fois imposante et lointaine.
Paul et Virginie se retirèrent pour laisser la jeune fille finir de manger et allèrent dans le salon. Là, ils discutèrent du sentiment d'angoisse qui ne les avait pas quitté depuis l'arrivée de Charleen.
— Elle me fait peur, annonça Virginie. Cette fille n'est pas normale mais je ne pourrais pas dire en quoi.
— Oui, et qui peuvent bien être ces hommes qui la poursuivent ?
— Et pourquoi le font-ils ? Elle ne m'a pas l'air d'une criminelle.
Tandis que Paul et Virginie discutaient, Charlie finissait de manger. Elle se mit alors à faire la vaisselle. Virginie arrivant à ce moment l'arrêta.
— Non ! Laissez, c'est moi qui vais le faire ! Venez avec moi, vos vêtements sont trempés, je vais vous en donner des secs et laver les vôtres.
Elles montèrent donc toutes deux. Charlie prit un bain, puis enfila les vêtements que ses hôtes lui prêtèrent et Paul lui proposa une chambre pour la nuit où elle se retira rapidement car elle était épuisée.

Chapitre Deux : Des ennuis en perspective
— Non ! Je ne suis pas d'accord, retrouvez-la-moi. Et ne discutez pas mes ordres !!!
Andy raccrocha violemment le téléphone muni d'un ensemble brouilleur encodeur. Il se massa les yeux et s'adossa au dossier du fauteuil de son bureau.
Dix ans. Dix ans qu'ils poursuivaient ce monstre, cette Charlie McGee. Ses deux prédécesseurs y avaient perdu la vie : Cap, lors de l'évasion de la fille, dix ans auparavant, qui aboutit à la destruction complète des locaux de l'A.R.P. (Agence de Recherche sur le Paranormal) dont elle était leur meilleur élément dans la branche parapsychologique, avant qu'elle ne se rende compte que l'on se servait d'elle. Plus récemment, Judith, lors du raid dans lequel on tenta de capturer Charlie, mais qui se solda par sa mort et celle des personnes qui avaient hébergé Charlie depuis son évasion.
À la mort de Judith, on l'avait désigné, lui, Andrews KING, un des meilleurs agents de l'A.R.P., pour en prendre la tête. Il était aussi le plus renseigné sur l'affaire McGée (il l'avait filée durant cinq ans et en savait plus que quiconque sur elle).
— Marie !
— Oui, monsieur ?
— Apportez-moi le dossier McGee, s'il vous plaît.
— Bien, monsieur.
Le dossier McGee, plus de deux cents pages sur Charlie et ses parents. Ses parents qu'il avait fallu éliminer alors que Charlie était encore petite car ils étaient devenus trop gênants : lui, avec ses pouvoirs de persuasion mentale, il pouvait vous faire faire n'importe quoi ; et elle, avec ses dons de télékinésie. Ils étaient tous deux très doués pour le contrôle de leur don.
On frappa à la porte ; Marie entra avec le dossier posé sur un chariot.
— Ah ! Marie, allez dire à Jean Firehorse de venir me voir après ses cours.
— Bien, monsieur.
Il feuilleta le dossier durant plus de deux heures jusqu'à ce que Marie frappe et lui annonce l'arrivée de Jean Firehorse, le plus doué de ses élèves depuis « le départ » de Charlie.
Il était roux, aux yeux vert émeraude. C'était un jeune homme de grande taille, d'une vingtaine d'années, aux yeux vifs et intelligents. Mais le seul fait de le regarder dans les yeux vous angoissait car son regard était froid.
— Bonjour Jean, comment vas-tu ?
— Bien, monsieur. Pourquoi m'avez-vous fait venir ?
— Écoute, mais d'abord assieds-toi, lui dit Andy en lui montrant un siège placé en face de son bureau, passant ainsi au tutoiement. Tu es assez âgé pour apprendre certaines choses. Veux-tu écouter la suite ?
— Oui !
Durant plus d'une heure, Andy narra l'histoire de Melle McGée à Jean, qui posa beaucoup de questions sur tels ou tels points qui lui paraissaient flous, Andy se faisant un plaisir de lui répondre tout en laissant Jean dans le flou pour certaines questions trop pointues.
— Que voulez-vous ?
— Je voudrais que tu nous ramènes Charleen pour son bien.
— Et... ?
— Et rien du tout !! Ramène Charlie, c'est tout. Tu es un de mes meilleurs élèves et j'ai plus confiance en toi qu'en tes camarades.
— Qu'est-ce que j'y gagnerai ?
— Peut-être, et je dis bien peut-être ! le droit d'enseigner ici dès ton retour.
— Je suis partant !!! Mais à condition que vous répondiez aux questions auxquelles vous n'aviez pas répondu.
— Bien. Je le ferai le moment venu.
— Quand est-ce que je pars ?
— Dans une heure, le temps pour toi de faire tes bagages et de saluer tes camarades.
— D'accord.
— Ha ! Jean, il est bien sûr entendu que tout ceci est confidentiel ?
— Oui, monsieur.
— Bien. Je te saluerai lors de ton départ.
— Au revoir, monsieur.
— À tout à l'heure, Jean.
Jean sortit et rejoignit sa chambre. Andy, quant à lui, s'enfonça dans son fauteuil et alluma une cigarette puis décrocha son téléphone.
— Allô, M. Rainbird ?...