
Monsieur, Monsieur, Monsieur...
Vous reconnaîtrez ici certains mots que je vous ai déjà envoyés et que j'ai crus bon de copier. En effet, ils me serviront à vous éclairer sur la finalité de cette lettre. Des mots, qui ne sont, ni plus ni moins, que des successions d'images que j'aime à savoir que vous remémorez :
« J'entre dans votre chambre, doucement, pour ne pas vous réveiller. Imaginez que vous êtes allongé sur votre lit. Pas encore endormi, je vous vois qui me souriez. Vous appréciez ce petit déshabillé de soie transparente, choisi exprès parce qu'il est de votre couleur préférée. Délicatement, je m'installe à vos côtés : si proche que je sens la chaleur de votre corps.
La main posée sur votre torse, je reste blottie près de vous. Nous sommes bien là, rien que vous et moi... Une heure est passée et, dehors, il se fait de plus en plus tard.
Dehors, les étoiles illuminent le ciel. Lentement je me dirige vers la porte ; le vent, par la fenêtre ouverte, soulève légèrement mon vêtement. Un sourire, un clin d'œil, un dernier baiser envoyé et... je disparais. »
Vous aimez ce mot pour les désirs qu'il vous procure. Je l'aime pour les sens implicites que je lui donne ; mais plus encore pour la domination qu'à travers lui j'exerce sur votre esprit.
Lorsque vous me demandez des messages coquins, une telle requête me fait offense :
Suis-je une boîte à messages coquins ? Non, Monsieur ! Considérer la femme ainsi serait la dégrader entièrement, lui enlever toute féminité, tout le charme dont elle est emplie à la naissance et donc la réduire à l'état d'objet que vous manipuleriez grossièrement. Je ne pus me taire devant un si grand outrage et vous donnais en réponse :
« Une âme aussi innocente que la mienne... Oserait-elle de telles paroles ?
Les choses imaginées ne sont-elles pas plus voluptueuses lors de la rencontre de deux corps ? Ne faut-il pas mieux entretenir le désir, cultiver l'envie et ainsi conserver tout le mystère de cet instant ? Instant qui, dans les faits, est connu de vous et moi...
C'est donc au plaisir de vous reparler bientôt, que Monsieur, je vous souhaite de passer une nuit fertile en rêves emplis de forts sentiments tenus secrets par la chambre à coucher... »
Vous m'avez avoué penser à moi souvent. Vous me priiez afin que je termine ce mot. Vous vouliez des faits, ils vous étaient refusés : par ce message, je rétablis ainsi l'ordre qu'il convient de retenir. La femme est maîtresse de l'homme, en ce sens qu'elle est maître de ses désirs (ceux de l'homme) les plus... masculins.
Il me faut, Monsieur, souligner une idée qui n'est pas des moindres.
Ces deux messages présents, reflets de mon savoir-faire, n'alimentent que trop vos rêves de petit enfant ! Mon pouvoir de séduction, culture même de mon âme, ce fruit d'un travail passionné, qui vous a, par mille fois, ébranlé les sens et auquel vous avez, depuis longtemps, cédé entièrement et officiellement, vous maintient prisonnier de mes seules volontés.
Et c'est pour vous rendre votre liberté donc, Monsieur, que je conclurai cette lettre par quelques notes qu'il vous fallait connaître :
Vos écrits d'une bassesse désolante augmentent le plaisir que j'ai de vous savoir rougir à chacun des mots que je vous envoie. N'essayez pas, je vous prie, par respect des mots, de copier mes écrits. Je me vois ennuyée de constater que votre trop peu d'imagination, souligné par un style vulgaire, maladroit et plein de maladresses, ternit chaque jour davantage le prestige de mes prouesses. Et c'est bien là le véritable message de cette ultime lettre rédigée à votre intention et qui marque à tout jamais notre séparation.
Au regret de n'avoir pu trouver en vous un amant idéal.
Soussignée une femme changeante...