
Le dernier jour de cours arriva : je dis au revoir à tous mes amis, tous ces garçons et filles qui avaient partagé ma vie pendant les dix derniers mois. On se promit qu'on se reverrait pendant l'été. Je pris le bus pour la dernière fois avec eux, on rigolait bien, on trouva le trajet pour la première fois trop court. Et pour la première fois depuis que ma sœur était venue au lycée, je regardai différemment Sylvain. Il avait de grands yeux verts, pétillants. Je m'étais toujours bien entendue avec lui. En plus, on prenait le même bus. On put discuter encore pendant un long moment, parlant essentiellement de cette année, de tout ce qui s'était passé, des personnes qu'on avait pu rencontrer... Et puis il me demanda :
— On se voit pendant les vacances ? On pourrait aller au cinéma ?
— Euh, oui, mais je vais travailler...
— Même le dimanche ?
— Non.
— Alors on se verra le dimanche !
Il partit. J'étais quand même heureuse qu'il me l'ait demandé.
L'été qui change tout
La première semaine de vacances passa et les résultats du bac de français arrivèrent. Ce jour-là, je travaillais, je n'en avais rien à faire.
Ma sœur débarqua dans le magasin et, après quelques courses, elle vint tout payer à ma caisse. Malheureusement pour moi, elle n'était pas seule. Parmi tous les élèves présents, je reconnus Benjamin, qui me dit timidement bonjour quand il passa devant moi.
— Tu sais quoi, p'tite sœur, j'ai eu mon bac de français.
— Cela fait 25 euros 60.
— Tu m'écoutes ?
— 25 euros 60. Vous avez la carte du magasin ?
— Non.
— S'il te plaît Morgane, ne sois pas comme ça, dit doucement Benjamin.
— Vous avez payé, maintenant vous partez, OK ?
Et ils partirent. Toujours pas de nouvelles de Sylvain ou de personne d'autre de ma classe.
La deuxième semaine commençait. Ma sœur se pavanait partout et disait à qui voudrait l'entendre qu'elle avait eu son bac de français. Moi, je passais le moins de temps possible chez moi : quand je ne travaillais pas, j'allais en ville ou à la bibliothèque, et je passais des heures entières à flâner devant les vitrines ou à lire des bouquins.
Premier rendez-vous avec Sylvain
Un jour, je tombai nez à nez avec Sylvain.
— Comment tu vas ? me demanda-t-il.
— Bien, bien.
— T'es libre dimanche ?
— Euh...
J'hésitais vraiment.
— Je voudrais aller au ciné et après je t'emmène manger une glace, tout ça à mes frais. Ça me fait plaisir, dis oui s'il te plaît !
J'ai dit oui, mais le pire dans tout ça, c'est que je n'aime pas les glaces.
Je ne sais pas pourquoi, mais le dimanche, quand j'ai pris le bus pour me rendre au cinéma, j'avais des crampes d'estomac. Cela m'arrive seulement lorsque je suis stressée, et je stresse quand il se passe quelque chose d'important. On est allés au ciné, le film était pas trop mal. Arrivés devant le glacier, j'ai dû lui avouer que je n'aimais pas les glaces. À la place, il me prit une crêpe au chocolat.
On s'assit dans un petit square à côté, on parlait de tout et de rien, du film, de nos vies, enfin rien d'exceptionnel. On entendit derrière nous :
— Mange pas trop Morgane, tu vas grossir !
Ma sœur s'assit à côté de moi.
— Tu sais que tu prends facilement, surtout sur les hanches.
Je n'en revenais pas ! Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Je regardai derrière moi : il y avait trois autres personnes dont Benjamin.
— Tu nous présentes ? demanda-t-elle en montrant Sylvain.
— Non. Viens, on s'en va.
— Mais partez pas !! dit-elle.
On marchait avec Sylvain, sans dire un mot. Il me prit la main. Je me laissai faire.
Quand tout se dévoile
— Tu sais, je ne veux pas savoir ce qui s'est passé entre vous, pourquoi vous ne vous entendez pas. Moi, tout ce que je veux, c'est être avec toi.
— Je suis désolée que tu l'aies vue aujourd'hui, et puis l'autre jour quand elle est venue au lycée...
Il me prit dans ses bras, me caressa les cheveux. C'était bien. Et on s'est embrassés. Je suis rentrée chez moi, j'étais assez joyeuse.
Plusieurs jours sont passés ainsi et le vendredi soir, on avait décidé de retourner au cinéma. Dès que j'ai eu fini de travailler, je suis vite rentrée chez moi pour me préparer. Ma mère m'avait laissé de l'argent sur mon bureau ; c'était le père de Sylvain qui devait me ramener. Je pris ma douche et commençais à m'habiller quand quelqu'un sonna à la porte. Il n'y avait personne chez moi, je mis mon peignoir et j'ouvris :
— Benjamin ? Qu'est-ce que tu veux, je suis pressée.
Je ne lui avais pas réellement parlé depuis plusieurs jours, même plusieurs semaines.
— Je voudrais te parler.
— J'ai pas le temps, je dois me préparer et aller prendre le bus et...
— C'est qui le garçon avec qui tu étais l'autre jour ?
— Personne. Sors maintenant.
Il sortit doucement de l'entrée, puis il se retourna :
— Je t'aimais bien avant.
— Et moi je t'aimais avant, lui répliquai-je avant de claquer la porte !
La confrontation avec le passé
Pendant toute la soirée avec Sylvain, je n'étais pas bien, je me sentais mal à l'aise, peut-être à cause de Benjamin.
Sylvain appela son père et il vint nous chercher. Devant mon immeuble, Sylvain me raccompagna et me demanda ce qui n'allait pas ce soir. Je lui souhaitai bonne nuit.
Pendant plusieurs jours, je ne répondis pas à ses appels, ni à ses messages. Puis un jour, je lui demandai de me rejoindre en ville. On s'assit dans un parc. Je fondis en larmes, j'étais désolée de mon comportement, de tout ce que j'avais fait. Je lui racontai même ma vie avec ma sœur, comment on était quand on était enfants, tout ce qui s'était passé dans ma vie, Benjamin... Je lui dis tout sur Benjamin. Il m'écoutait.
À la fin de la journée, il me dit que rien n'avait d'importance, ni ma sœur, ni Benjamin, qu'aujourd'hui il fallait vivre le moment présent et oublier la rancune qu'il y avait entre elle et moi.
La vérité sur notre jalousie
Le soir même, je décidai de parler à ma sœur. On était dans sa chambre.
— Pourquoi t'es comme ça avec moi ? lui demandai-je.
— Et comment je suis avec toi ?
— Quand on est en public, tu m'humilies, tu me rabaisses et en privé tu ne me parles même pas !
— Et toi ? On peut en dire des choses sur toi ! Ça doit bien faire deux ans que t'as pas les pieds dans ma chambre et là tout d'un coup tu débarques !
— Je veux que tu m'expliques pourquoi tu me détestes autant.
— Parce que t'es mieux que moi !
C'était donc ça, de la jalousie... Comment pouvait-elle être jalouse de moi ?
— T'es tellement mieux que moi. Toi, si un garçon s'intéresse à toi, c'est pour ta mentalité, ton humour. Moi direct, c'est pour mon physique. T'as des amies sur qui tu peux compter alors que moi non, j'ai personne ! Tu crois que c'est bien ? Je sors avec Benjamin juste pour te rendre jalouse, mais ça sert à rien, t'as trouvé quelqu'un d'autre !
— Mais comment peux-tu être jalouse de moi, alors que de nous deux c'est toi qui réussis tout ! Regarde, j'ai redoublé, je ne peux pas rester deux jours dans le même club de sport tellement je ne supporte pas ça. Tu es belle, tu as tout ce que tu veux, même Benjamin, tu as réussi à l'avoir !
— Je dois bien t'avouer que j'ai toujours un peu flashé sur Benjamin...
Là, on se prit un fou rire, comme cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps ! Puis elle me dit :
— Tu pourrais me le présenter ton copain ?
— Pour que tu me le piques ? dis-je en rigolant.
— Non, de toute façon j'ai Ben et il est pas beau...
On recommença à rigoler comme dans le bon vieux temps...
J'étais stupéfaite. Elle s'était confiée à moi. Comme avant, comme lorsqu'on était petites, lorsqu'on s'entendait bien.
Une réconciliation inespérée
Pendant plusieurs jours, je ne l'ai pas revue puis un jour, j'étais en ville avec Sylvain, main dans la main, et au loin je vois Emilie et Benjamin. Je lui fais un signe de la main. Ils arrivent.
— Sylvain, voici Emilie, ma sœur et son copain Benjamin.
— Emilie, Benjamin, je vous présente... Sylvain !