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Essais

Cet étranger qui est mon père

À 0h30, mon père se tient près de mon lit, le regard vide et les mains ensanglantées. Je découvre l'horreur : ma mère et ma sœur ont été assassinées. Mais le pire reste à venir...

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Il fait noir dans ma chambre, le silence règne. Ce silence qui glace le sang, où l'on imagine toutes sortes de choses : un grincement dans le plafond, le volet qui claque... Mais ici, il n'y a rien de tout ça.

Il est là, debout près de mon lit, et me regarde. Je ne sais pas ce qu'il veut. D'habitude, il est du genre à se coucher tôt, et mon réveil marque 0h30. Peut-être parce qu'il sait que tout le monde dort... Et pourtant, je ne bouge pas. Après tout, ce n'est que mon père, pas trop sévère, il a toujours été un « papa cool » pour ma sœur et moi. Mais là, il se passe quelque chose d'autre. Son regard est vide, un regard que je n'ai jamais vu.

À tâtons, j'essaie d'allumer la lumière. J'y arrive tant bien que mal au bout de quelques minutes. Et là, j'ai compris. Mon père avait les mains ensanglantées et il pleure sans arrêt. Il ne parle pas. De toute façon, ça ne servirait à rien. Je me lève en quatrième vitesse, il ne me retient même pas. Je cours vers la chambre de mes parents : ma mère est là, étendue, le sang coule le long de son visage. Elle essaie de parler, de dire quelque chose, mais c'est impossible. Les mots ne sortent pas et, de toute façon, c'est fini. Je n'entends plus son souffle. Je m'approche d'elle pour lui fermer les yeux une dernière fois. Elle a deux trous qui transpercent sa poitrine et un au milieu du front.

Je ne supportais plus cette vision de ma mère morte, cette femme si pleine de vie qui faisait du jogging pour se sentir bien. Maintenant, elle ne ressemble même plus à ma mère, mais à un mannequin de magasin de vêtements couvert de sang. À cet instant, je ne sais plus quoi faire. La première chose qui me vient à l'esprit est ma sœur. Elle est à l'étage, plus âgée que moi. Mon père lui a installé un petit studio dans le grenier. Je monte les escaliers quatre à quatre en espérant qu'il ne soit pas trop tard, alors que, dans mon inconscient, je sais déjà que c'est le cas. J'entre dans sa chambre — la porte était entrouverte — et c'est le même spectacle. Il y a du sang sur les posters de sa chambre et elle a aussi deux trous au même endroit.

Il faut que je m'enfuie au plus vite ! Je descends les escaliers en trombe et je rentre dans ma chambre en fermant la porte à clé. Là, je sens un liquide froid couler sur mes jambes. Je baisse les yeux tout doucement. C'était du sang. Pas n'importe quel sang : mon sang, et il sort de deux trous sur ma poitrine. Maintenant, je sais pourquoi il ne m'a pas retenue. Je me retourne et, là, allongée sur le lit, mon corps couvert de sang...

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latetedslecul
latetedslecul @latetedslecul
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