
Aéroport Charles de Gaulle... 10h30 du matin, vendredi 18 mars 2005... Finalement je suis arrivée ! Après 6 semaines à regarder toutes les 10 minutes mon billet d'avion, je suis déjà en France ! C'est ma première fois ici, je me sens petite, j'ai peur, je suis seule, presque, il y a mon père qui a fait « l'effort » de venir avec moi, même si je ne lui avais pas demandé...
Après avoir pris mes valises, on sort de l'aéroport et on se dirige vers la prochaine destination... Ma maison ! J'arrive, je signe le contrat, je me promène dans ma résidence, je regarde les jeunes, les jardins... Tout est si joli ! Mais, hélas, je sais que le chagrin arrivera bientôt, même si je n'ai pas pleuré avec mes amis ni avec ma famille, je n'arrivais pas à pleurer. Je sais que ça m'aurait aidé, mais je n'y arrivais pas.
Mon père part le soir, et je me retrouve dans le RER, avec des gens que je ne connaissais pas, une langue que malgré mes efforts je n'arrive pas à comprendre, dans une ville qui n'est pas la mienne (et aussi 6 fois plus grande)... J'arrive à la maison, et tout ce que j'ai, c'est mon album de photos et mon contrat de travail avec le rendez-vous pour le lendemain aux bureaux du parc Disney...
De ce premier jour, je ne me souviens presque pas. J'ai essayé mes vêtements de travail, j'ai fait mon identification, j'ai rencontré environ 40 personnes qui ont commencé ce jour-là aussi... Parmi eux, 2 Espagnols, un garçon et une fille. À ce moment-là, je ne le savais pas, mais ils allaient être très importants pour moi...
Le lendemain, je commence mon travail, dans une attraction très sympa ! Les collègues sont très gentils, même s'ils doivent me parler doucement, car je n'avais jamais eu de contact avec un francophone, sauf mon prof de français... Peu à peu je commence à me débrouiller, à comprendre les blagues, la télé, le cinéma... Et ils commencent avec leurs blagues sur la prononciation, ils font des blagues sur les Espagnols, les Polonais, enfin, sur tous les étrangers... Je me souviens quand j'ai dit « je crois que j'ai perdu ma poule » (je voulais dire pull)... Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde riait, et ils m'ont expliqué... C'est comme ça, à cause des blagues et des rigolades que j'ai appris qu'une chose pouvait être aussi un truc ; une voiture, une bagnole ; une fille, une nana ; et un garçon était un mec...
Chapitre à part le verlan, bien sûr...
Je me rappelle encore quand je croyais que le féminin de « pédés » était « pétasses », que « racaille » était le nom de quelqu'un que je ne connaissais pas, qu'un bordel était la maison aux filles du trottoir (car en espagnol, on appelle ça burdel), qu'une capote était une casquette... Avec ce « bordel » dans la tête, c'est normal que mes collègues riaient avec nous, les étrangers...
Le temps est passé si vite, le mois de juin est déjà arrivé et je n'avais vu encore personne de ma vraie vie. J'avais connu beaucoup de monde, entre collègues de travail, leurs amis, potes de mes colocs, enfin, aller à Auchan était un événement social, je rencontrais toujours quelqu'un là-bas...
Et l'été s'est passé si vite, 4 mois déjà en France et je n'avais pas réussi à faire ce que je voulais faire ici. Enfin, à part le français, presque bilingue (c'est ce que je voudrais), mon but était de penser à moi, à ma vie, savoir ce que je veux faire avec, mais je n'avais pas trouvé un seul jour pour me mettre à penser sérieusement à ça.
Août arrive, et je commence à être mélancolique. Ce n'est pas ma famille qui me manque, c'est ma famille d'ici qui commence à me manquer, même si on s'éclatait encore à Paris ou n'importe où. Des gens qui sont arrivés comme moi, seuls, beaucoup étaient étrangers aussi. On a créé une famille, en fait. Je sais que j'ai connu des gens qui seront très importants pour moi, qui le sont encore. Et j'ai connu l'amour, ou presque. Et le 29 août est arrivé. Et les larmes qui sortent de mes yeux, les au revoir que je n'aime pas dire, les échanges d'adresses, les promesses dont on ne sait jamais si elles vont se réaliser, la dernière promenade à Paris, avec bien sûr la visite obligée à Montmartre, un sentier battu, mais je m'en fous, c'est à moi, ça a été et sera toujours à moi.