
C'était une fois de plus, après l'aube du premier jour. Le calme après la tempête régnait sur cette terre où le ciel bleu, la forêt immense et le monde ouvert à l'inconnu prenaient leur envol. Le cri sourd de l'orage s'était tu, et la pluie diluvienne s'arrêta lentement. Dans le ventre d'un col de montagne, à l'abri des torrents et des chutes d'eau, noyé dans la végétation, Kalam surgit ; il venait de dérober au ciel un bout de feu. Les bêtes hostiles jappaient au loin devant la cruelle lueur. Kalam brandissait sur un roc le feu, le contemplait et agitait la flamme comme une arme, une victoire. Il prit une branche arrachée à un massif et, d'une poigne puissante, alluma une torche avant de s'avancer vers la grande grotte. Il ralluma devant son repaire un tas d'os, de branchage et de peaux. Le bûcher de fortune grandissait pour mieux repousser Dent Tranchante.
Il pénétra, flamme en main, dans sa grande grotte. À l'intérieur, le crépitement calme et la douce chaleur s'accordaient près de Branhy, sa compagne, couchée sur des nénuphars blancs et mauves. Leur refuge, havre de paix dans les incertitudes du gouffre vert du dehors, semblait un autre monde dans ce monde. Les ombres sur la grotte peinte de tatouages de guerre et de luttes anciennes, la passion, la danse des flammes, l'odeur chaude et humide de l'intérieur, leur respiration, donnaient aux lieux un parfum de préhistoire, aux contes d'amour, de cri et de sang. Ils étaient là, patients devant la grande scène du début où le grand Tout commence et paraît.
Dans le contrebas, la verdure coulait avec des gémissements de bestioles et des arbres géants et graves, abattant leurs palmes lourdes sur le couchant. Le temps paresseux ne passait que pour eux, presque seuls, à l'écart de tout. Ils étaient là, tranquilles et sans peur de mourir, un appétit de vivre grandissant, et quelquefois la crainte du mal et des longues dents sortant de derrière un bosquet, mais pas davantage pour effrayer Kalam et Branhy. Le brave guerrier trônait sur des crânes brisés et des carcasses de bêtes fracassées. Il s'approcha pour découvrir, plongée dans un creux de la grotte, sa compagne endormie.
Il avait trouvé sa femme, la rescapant d'une charge de yacks lancés au galop dans une gorge de la vallée, alors qu'il avait entrepris une chasse ; il l'appelait Branhy : le souffle de paix et du vent dans la plaine lorsque la panthère noire et feu, à dents de lames, se retire. Depuis qu'il l'avait sauvée du tumulte d'une horde lancée au galop ; depuis qu'il l'avait couchée près de son corps comme sa belle conquête ; depuis qu'elle était devenue le trophée de guerre de cet homme, sa douceur ; depuis quelque temps, ils avaient l'air d'encore mieux s'entendre et de se comprendre. Ils étaient la solution, tous les deux avec leur beau regard ébloui et leur attouchement facial. Ils regardaient ensemble la créativité dans le ventre de Branhy prendre rondeur, grosseur et volume, dans leur grande grotte.
Parfois dans cette crèche des premiers jours, un geste faisait bouger et même se lover l'habitant de cette femme dans son intérieur, sur le bruissement des nénuphars contre la roche polie. L'entente était bonne et sentait bon le sud. Dans une heure il ferait jour et le monde, dans des tourments de lutte pour la survie, se déploierait comme à son habitude devant leurs corps éveillés par une journée d'été rayonnante.
Kalam avait peu d'envie et ne savait presque rien. Pourtant, les demandes de « Brrr » et de « Hamm » de Branhy réveillaient en lui la fièvre de chasses et de conquêtes. Pour une gazelle à la lance, au piège ; pour un fruit au jus laiteux, pour un rien, pour satisfaire sa compagne, il partait livrer bataille.
Les soleils et les lunes passèrent encore au-dessus de cette petite histoire, de leur grande grotte. La pluie et la chaleur, le froid et la sécheresse ne pouvaient pas les séparer ; l'attente de leur enfant était plus forte. L'avenir montra bientôt le visage du nouveau-né de Kalam et Branhy. Et ce fut le premier enfant roi qui porta le nom de Kalam, comme son père. Les quelques siècles qui passèrent ensuite ne furent pas plus riches en événements que cette première heure du monde, qui vit la naissance du premier homme.
L'empire de métal et de cathédrales
L'empire de métal et de cathédrales à la gloire de Kalam, construits sur cette terre, était considérable. Des machines apocalyptiques, des créatures de feu et de métal chromé, crachaient leurs produits de bruit et d'odeur de matière plastique brûlée, dans les zones industrielles autour des cités. Des vapeurs aigres, des fumées jaunes et de la graisse bleue sortaient des pavés des avenues, sous la cohue en mouvement du peuple des grandes villes. Des constructions d'acier, de verre et de cuivre se faisaient et se refaisaient dans les cieux, plus étonnantes et nouvelles chaque jour. Le travail des machines donnait au décor l'impression d'un enfer automatique et bruyant.
Des pompes à air pur redonnaient des couleurs aux hommes qui, pour un talent d'or, pouvaient s'offrir un peu de ce gaz frais, dans un parfum au choix. L'éclat et la beauté du jour obscur et sans soleil, derrière les néons et les peintures, sous les nuages perpétuels, servaient à égayer les foules perdues et attentistes dans ce monde éteint. Des individus en costume de crotales et des femmes en panoplie de poupée aguichée pour le bal masqué se rendaient souvent dans les musées d'histoire naturelle. Dans ces salles immenses, on assistait à des projections montrant les renards, les tigres et le printemps ; cela faisait oublier les démons de cuivre couleur verte, la triste réalité du monde moderne.
Le peuple tout entier, contre des images disparues, continuait d'avancer et de croire en Kalam. Des soldats criards au collier de chien, aux poitrines écarlates, faisaient régner l'ordre dans les tuyaux à transport, dans les usines à gaz pur, dans les fosses près des ascenseurs. Ces derniers étaient des élévateurs qui amenaient les hommes et les femmes vers le sommet des tours pour scruter la profondeur du ciel, d'où la pluie tombait interminablement, à la recherche d'un présage.
Des étendards brillants comme des diamants aux pieds des gardiens de marbre du temple de Kalam, dans un brouillard de fumée orange, indiquaient l'entrée du lieu saint où l'on priait Kalam. On y buvait dans des choppes décorées de pastilles de lumière le nectar, divin complément nutritionnel essentiel pour toute une longue journée d'attente. Les ouvertures dans les murs des temples vaporisaient, depuis de longues sarbacanes en bambou, l'air artificiel qu'il fallait inspirer pour mieux vivre et patienter ; pour vivre heureux.
À la sortie, des pèlerins des usines allaient de la ville grouillante aux dortoirs en commun, sous une pluie et une grisaille pleines de désillusions constantes. Ils couraient en permanence, le monde dans l'attente du retour de Kalam, et ils priaient en vain jusqu'ici. Les professionnels et les techniciens étaient des forces laborieuses importantes en nombre. Les politiciens et les docteurs de la loi étaient néanmoins les plus nombreux d'entre eux. Ils dressaient sans relâche de nouveaux textes pour prédire des temps meilleurs et la réapparition du grand Kalam.
On avait à ce stade de l'évolution les paisibles joies de tout pouvoir, de tout permettre, de tout dire, et de naître en ce monde que pour attendre un nouveau signe de l'élu : sa renaissance. Les « miroirs à dire la vérité » livraient à ceux qui s'y perdaient toujours la même réponse consternante, dans le reflet de leur propre visage vide, d'une lassitude et d'une impuissance croissante : « il faut encore attendre, le Kalam vient ! ».
De tous les horizons, des flottilles chargées d'immigrés, arborant fièrement les lettres de Kalam et Branhy, avançaient sans interruption vers les méga-ports. Les galères du peuple accostaient sur des quais immenses. La pagaille au moment des anniversaires du culte coïncidait avec les déluges d'été. Des centaines de tonnes de bouteilles d'air pur et de nectar étaient vendues en ces occasions, et de nombreuses manifestations folkloriques grossissaient les places déjà bondées. On lâchait du haut des tours des triangles de soleil vert, seule nourriture solide à base de plancton, pour amuser les masses du peuple ramolli par cette longue attente.
Vu des sommets, le fleuve des gens tout en bas ressemblait à des parures de viande sur le lit des étoiles. Le plus souvent déployés au sommet des châteaux de métal de style médiéval, les drapeaux des cathédrales étaient comme des arbres à la palme lourde et grave, balançant au-dessus des édifices une ombre d'espoir. Des textes parfaits extraits de la loi de Kalam furent déclamés par des chorales en tenue de cérémonie princière. Et les chants des prêtres orientaux se mêlaient aux prophéties des diacres modernes, dans des mélodies et des passions mentales que l'on enregistrait dans des réceptacles à quartz, pour rêver, chez soi, le soir venu, du retour de Kalam.
On se pressait dans les danses houleuses pour admirer les vertiges des esthètes du beau, des opéras de l'espace au-dessus des rails des usines, avec les buveurs d'air et des croqueurs de soleil vert. Les pauvres devaient se contenter de cire et d'encre de synthèse pour seul aliment, et ils signaient de leurs grosses babines, pleines d'encre et de cire, des deux lettres de Kalam et Branhy, le crâne rasé des statues des anciens prêtres morts durant leur attente extatique. Le spectacle des pauvres pour qui quelque breuvage s'échangeait contre un éclat de rire dans les estaminets au coin des boulevards et des routes était pitoyable.
Des crevures d'âme trempée fondaient et descendaient dans les gorges de l'enfer mécanique pour en extraire, du fond d'une vieille bouteille, un peu d'air pur ou une goutte de nectar. Enroulés dans leurs étoffes blanchâtres, ces misérables raffolaient de musc et d'encens, et pour quatre sous la semaine s'offraient, pour les cérémonies anniversaires, un morceau de soleil vert pour toute orgie. Un grandiose et lent génocide organisé dans une attente qui ne venait pas.
On brimait les penseurs extrémistes qui croyaient que Kalam ne viendrait plus, en les couvrant de talc et de goudron ; puis sur des tapis de sable blanc et d'étoffe rouge, comme dans les vieux textes, on scandait l'inconscience de l'automatisme des machines folles, et on priait encore Kalam. Des étincelles de soufre et de potasse coulaient des orifices raides des lampes qui brillaient en continu, faute de soleil. Sans savoir si c'était la nuit ou le jour, on allait et venait.
Ici et là, dans des jardins aux arbres en carton-pâte, lieux de rencontre où l'on échangeait des idées en parlant dans des langues nouvelles dans lesquelles l'attente et le temps n'existaient pas. On parlait jusqu'à plus soif d'histoires palpitantes sur la nature et des vols planés de myriades d'oiseaux lyres. Le texte des artistes nus couvrait d'une peau neuve les affiches des grands chefs politiques sur les murs gris-tristesse des grandes villes-dépotoir. La déclaration publique de mets issus d'imagination bizarre, venue des peuples de l'autre bout de la mer, aiguisaît l'intérêt. La tarte d'homard et le gâteau de crabe étaient les plats préférés des dealers de rêve. On aimait les rêves inaccessibles.
Les hommes-animaux, méprisant ces racontages inutiles, préféraient dormir dans des rêves programmés sur mesure. Ils s'assemblaient sous les tentures aux couleurs pastel pour apprivoiser l'odeur du soir. Ils enfermaient l'élixir du nectar avec la douceur de la nuit pour le boire jusqu'à l'ivresse devant l'aurore boréale des soleils de fleurs électriques. Le goût partait, le suc restait. Le vivant ignorait le répit entre les bouchées doubles et les orgies imaginaires qui se jouaient à guichet fermé dans des pièces de théâtre fantômes, où seule la distraction cachait un peu l'attente de Kalam.
Le décor du théâtre était le décor de la ville, et ne semblait plus rien dire. Les pitances de chacun — soleil vert, nectar, air pur — mâchouillées derrière les meubles ou les machines, faisaient patienter le retour impossible de Kalam à la vie. Dans les halls de gare comme dans les prisons souterraines, les mots de passe devenaient « Sucre, miel et confiture ». Du toit du monde sortaient de blanches colombes mécaniques pour nous faire recroire à la nature.
Le péril social était presque toujours présent entre la sonnerie de l'école, celle des mouroirs ou des usines, qui tonnaient à chaque heure comme une heure de trop. La potence était libre et gratuite, et chacun pouvait s'y perdre. On se rendait en place des exécutions pour voir de l'animation. On s'y pendait pour jouer, pour voir ce que cela pouvait faire, et les hommes-médecins ramenaient les pendus à la vie par deux ou trois injections chimiques. La mort était presque abolie.
Les soldats de l'ombre offraient des coups de matraque aux rebelles qui voulaient s'échapper. La liberté de vivre obligeait la croyance absolue en Kalam. Et ce monde était beau. Et ces rois étaient beaux. Et Kalam dans ce monde était roi, et les pleureurs jetaient de l'eau à goutte triangulaire dans les flaques de pluie pour faire des dessins insolites et amuser les enfants. Tout se ressemblait et tout ensemble semblait l'éternité.
La venue du plein penseur
Puis gronda du fond des terres la fin de partie ! De la porte du temple se fit une ouverture magique. Le peuple obscur d'en bas acclama, une sirène retentit longuement ; l'enfant né de l'Incal et de Ténèbres était enfin venu. Ce fut le premier jour du « plein penseur ». Le Kalam était revenu.
À présent, il était le seul « plein penseur ». Il était là, unique et tenant la raison d'un monde ignorant à bout de bras, comme le corps social d'une bête blessée. Il décida la généralisation et l'expansion d'un ordre nouveau : la révélation du nouvel être. La grande interrogation était : mais que se passe-t-il dans ce moment de froidure éternelle ? Depuis quand ? En quelle fashion ? De quelle manière ? Comment le monde et l'univers se refont-ils tout entier, depuis chacune de ses particules jusqu'en chacun de ses instants, à chaque venue au monde d'un enfant du Kalam ?
Le plein penseur s'assoupit. L'historique clameur du « Kalam » disparut soudain et imperceptiblement, et le monde changea sa course. On n'y voyait plus rien. On avait oublié ce que l'on attendait, et la mutation du nouveau Kalam entraîna le monde vers une nouvelle destinée, sans contrôle, sans règle et sans fin. Les étudiants prirent le pouvoir. C'était une nouvelle vague de savoir et de devoir. La voie était enfin libre pour la déroute gravissime de la vie terrestre.
Les observateurs casqués, aux antennes éclairées par des piles au lithium, d'une seconde à l'autre, passaient de la préhistoire au-delà du futur. Sans cesse se proposaient de se succéder à la tribune des proclamations du Vrai et du Néant ; les proclamateurs proclamaient. Les chercheurs, tels des mineurs, cherchaient ; se creusant l'âme, en tournant et retournant la question dans tous les sens. Sans cesse : pourquoi, quand, comment ? Pouvait-il y avoir un élément constitutif du Kalam dans le fond d'une éprouvette ? Pouvait-on l'isoler ? Existait-il au moins ? C'était la grande préoccupation des lettrés et des enquêteurs.
Changer la face de la vie ! Celui qui sera le Kalam : son cri retentira dans la clameur de l'univers. Cette agitation brouillonne fit perdre de vue la trace de ce qu'il représentait. À trop regarder la vérité en face, on finit par ne plus savoir où l'on va. Le monde devenait peu à peu un grand océan de plaisirs, de luxure et de joie.
La religion du sexe et la quête du Kalam
Les mondains dirent que l'union de deux êtres au plus lointain des croisements des races donnait de temps en temps à la vie une impulsion nouvelle. La pré-procréation du Kalam était-elle possible ? L'unification entre les hommes et les femmes serait dès lors le seul but de l'humanité. Construire, autant que possible, des berceaux pour les enfants, et faire du sexe une religion. Le Kalam allait renaître. Il serait l'ordonnateur du futur, la nouvelle chair. Le sexe serait la religion de Kalam et Branhy ; le changement au carrefour du monde existant s'opérait.
Le croisement entre un spermatozoïde et un ovule sélectionné à l'avance pouvait tout refaire. Les théories sur l'apparition de Kalam faisaient propagande. Ces analyses absurdes, du plus bel effet, allaient lentement transformer la conscience des citoyens en conscience de ce qu'ils pouvaient faire de leur sexe ; toutes les femmes aptes à absorber et tous les hommes prêts à donner devraient s'unir charnellement. Autrement dit, s'annonçait un immense vautrage dans la luxure, bien capable d'absorber tout le vivant.
Tous croyaient bientôt en cela, et cela ne leur donnait rien en échange ; rien de bien nouveau sur le savoir de l'essence du Kalam. Pourtant, les crédits, les allocations et les études filaient bon train, dans des perspectives de découvertes juteuses. Les penseurs s'autorisèrent la question de la prémédication, de la vraisemblance, de l'impossible inexistence, de la provocation ; tous les coups étaient permis.
Les complexes sportifs, à l'initiative des grandes marques de literie, portaient l'enseigne « Ici, cul à prix cassé ! » ; les salons où l'on causait de ça s'appelaient : « Je ne pense qu'à ça ». Les villes s'adonnaient toutes aux plaisirs intellectuels et physiques évolués de la fornication entre hommes et femmes. Les personnes consentantes consentaient n'importe où ; elles s'étalaient dans des trous de verdure ou des tuyaux à transport, où copuler préparait à la venue du Vrai et du Néant.
Les parties de fesses, de jambes levées, en l'air, à l'envers et dans tous les sens s'improvisaient un peu partout ; elles étaient fréquentes et du dernier goût dans les soirées des nobles. On y prétendait souvent : « je serai le futur redresseur du monde, par la queue du grand Kalam, je le serai ! ». Les échecs furent multiples et chaque essai devenait presque toujours une aberration. Un maillon manquait à la chaîne. Le Kalam refusait de livrer sa substantifique moelle.
Pendant de nombreux cycles de présentation, de conservation et d'analyse du moindre échantillon de sperme, on étudia les cavités de la femme et les recoins du mâle reproducteur. Spéculations vaines ; malgré l'abondance des donneurs, il fallait un coup de chance ; peut-être mieux, un coup du sort. Des centaines de tests et de cas pratiques sur les prisonniers, ensuite sur les volontaires, puis généralisés à toutes les populations recensées, furent tous sans succès.
On dénombrait des coups louches et pas très nets à la sortie des « clubs à réfléchir sur ça », où certain prétendu prêtre du Kalam donnait du sexe et des contre-idées pour déstabiliser le pouvoir. Les guerres du sexe et du culte furent alors nombreuses et soulevèrent des tempêtes de cris de joies lors des orgasmes entre « combattants ». Les joies montèrent jusqu'aux marches de la nation ; dans les temples phalliques de Kalam eux-mêmes, le vacarme résonna.
Ces actes rapides des baiseurs parmi les populations ; ces cinq minutes d'effort sur le bord des lits, étaient tenus localisés à quelques seules mégapoles décentralisées, pour permettre aux membres libres des cités dites évoluées de pénétrer encore longuement, sans se soucier davantage du dehors, de l'agitation montante du reste du monde. Les receveuses vertueuses dans les salles d'orgies des cités centrales en paix en étaient toutes chavirées et en redemandaient.
Chacun d'entre les membres libres espérait donner vie à Kalam. Un nouveau Kalam porterait le gène du père reproducteur, et ce père serait déifié. Chacun se donnait à cœur joie dans la reproduction. Les scénarios les plus invraisemblables de baise et de procréation se vendaient aussi tôt parus dans n'importe quel distributeur d'État. La croix fertile, les gri-gri, les drogues, les excitants portant le K de Kalam devenaient les panacées suprêmes pour l'érection divine. On voulait tout, et tout le monde le voulait pour tous.
La bande et la super-bande pour un enfant, et si possible pour un Kalam ! Quant à elle, la contrebande d'objets sacrés était logiquement punie de stérilisation. Et jamais personne ne trouvait à contredire publiquement la croyance du Kalam. La logique venait à ne plus dire « je crois en Kalam », mais qu'il fallait faire du sexe pour lui plaire. L'orgasme pour Kalam était roi et les sexes devinrent vite les idoles des masses votantes.
Le seul moyen de satisfaire le peuple, comme un exutoire au stress et à la pollution de l'esprit roi, était de tenir « l'animal-femme » par derrière et de lui faire dire à l'envers les paroles de la foi, pendant de multiples pénétrations. Perversions insensées et même inouïes. De la même manière, les présidents orgiaques, élus pour la bonne mensuration, plus ou moins douteuse, de leur membre impair, ne régnaient pas plus d'une journée.
Leurs programmes de coucheries, vus d'en haut et donc insaisissables, en théorie comme en pratique, étaient pourtant lus et relus cent fois par les citoyens en place publique pour que les chairs s'abreuvent de la chair. On dénombrait même des urgences médicales pour contorsions interdites et tabous, atteignant les 7 ou 8 cycles amoureux consécutifs entre partenaires de tous les sexes. Cela avait pour effet de fatiguer les participants et de diminuer le volume de plaisir et le nombre des futurs électeurs. C'était bien montrer l'ignorance et la bêtise du peuple. Les présidents responsables de programmes peu jouissifs étaient les plus honteusement déchus. Les autres ne pouvaient désormais prétendre qu'à l'emploi de conducteurs de motocrotte.
Les créations ratées et la décadence
Parallèlement, la science progressait rapidement. Les accouchements de bébés préconçus par crypto-programmes provoquaient des erreurs dans la genèse du Mec plus ultra. La contemplation ne fut pas au rendez-vous pour des dizaines de siècles, durant lesquels la morale n'évolua que très peu. Les différents programmes « buggés » de recensement des chromosomes K et B se répandirent au fil du temps. Kalam et Branhy restaient inaccessibles.
Ils firent place à des demi-monstres magiques et demi-dieux ratés qui ressemblaient rarement aux peintures du culte. Des états fédérateurs clonaient dans leurs laboratoires des programmes génétiques entre les bêtes et les hommes. Ces pays accueillaient des pèlerinages de fornicateurs désarçonnés pour les remettre en selle. Les aberrations chromosomiques résultantes étaient quelquefois subtiles, mais le plus souvent tournaient à la folie.
La mode du lit et la science des sciences du sexe avaient raccourci la mise sous pli de la future progéniture à sa plus simple opération. La délivrance de l'enfant était faite sur commande et l'enregistrement à priori des naissances devenait de plus en plus rapide. On rapportait même que le célèbre bureau des recoupements des actes de naissance livrait au marché noir des états stupéfiants ; l'inventaire de crypto-programme quelquefois allant jusqu'à 10 000 jumeaux par mois sur des crypto-algorithmes différents.
Le peuple grossissait et s'appauvrissait ; le Kalam lui aussi perdait de son aura. On envoyait les enfants après leur naissance dans des écoles spécialisées pour leur enseigner les diverses spécialités de la relation amoureuse. Le sexe régnait, Kalam disparaissait, sur une terre devenue une gigantesque marée blanchâtre d'humains « les uns dans les autres ».
Les agences matrimoniales et les mariages entre futures lignées les plus distantes possible prédisaient l'overdose de baise et la fin d'une civilisation depuis deux ou trois cents ans... lorsque vint d'on ne sait où le plus beau et le plus ravissant nouveau-né, enfanté d'un programme d'une principauté fédérale de l'est et des gamètes congelées d'un demi-ange déchu il y a trois mille ans. Et de nouveau le spectacle recommença. Le miracle put encore se renouveler. Le Kalam refait et recavé, devant l'inattendue scène humaine, venait d'éclore et donna sa cargaison de promesses et de nouveauté à l'ensemble des hommes, en cours et à venir. À chaque nouvelle vie, le Kalam était donné et inséparable ; chacun obtenait par mérite ou par action de gloire l'équivalence à la grandeur pure de l'être suprême. On avait tous droit au Kalam. On était tous Kalam.
L'expansion cosmique du Kalam
Il se passa des milliers de naissances et des milliers de Kalam furent donnés. Chaque élu changea le sourire de la vie en hirondelle blanche et mauve à plume de joie. Les Kalam pleuvaient de tous les côtés, de tous les mondes où l'on pouvait se placer. D'ici à plusieurs mégas-années-lumières, les cortèges de rondes d'enfants en partance d'ici ou d'ailleurs ressemblaient à des soleils crachés, des morves d'azur sans queue ni tête, des chevelures basses à tête de crabe, des toisons blondes d'ours, de loutre de mer et de corbeau ensevelis sous le magma, qui portaient en leur sein le sceau du Kalam.
Le tumulte se déchaîna jusqu'à la barbe drue des grands anciens qui pouvaient clamer alors, à la guitare ou au piano : « je suis Kalam, moi aussi et désormais ! ». Le monde s'agitait en de multiples naissances. L'ordre nouveau à chaque cri nasillard du nouveau-né était un nouveau monde. Et chaque nouveau-né dans l'éclat de sa jeunesse donnait, pour la vie de Kalam, un éclat plus beau que jamais.
Le Kalam se multipliait et se diversifiait. C'était l'abondance à vitesse surmultipliée. Le monde changeait chaque fois à chaque pénétration d'un bout à l'autre de l'univers. La course folle à la division des Kalam d'être en Kalam d'avoir s'accéléra à vitesse grand V. Les valeurs augmentaient ; des nouveaux Kalam grandissaient et donnaient aux hommes l'envie d'en faire encore plus et de recommencer. Les familles surpuissantes inondaient le marché de leur Kalam usagés. Le Kalam devint monnaie.
Les cours grimpaient vers des sommets vertigineux et ne s'arrêtaient pas d'en crever les plafonds. Les joies intenses des cotations s'affichaient comme des records et des grandes marées de plénitudes. Le Kalam était dieu. Les sourires grands des beaux anges aux soupiraux dormeurs flottaient vers le Grand Tout, inondant de rire la couleur du vivant. Le Kalam était joie.
La masse des terres était telle que les systèmes solaires devaient renaître chaque seconde à grand coup de big-bang, en implosion croisée, pour pouvoir donner aux couveuses astrales des températures idéales pour les bébés à peine éclos. Le Kalam était vie. Les lieux de prédilection pour une croissance suffisante pour les bébés étaient les chaudes pulsio-novas à giga-hertz, pour leurs émissions radio sur les protocoles de plaisir en mode binaire. Le Kalam était tout.
On envisageait le tout maximum. Tout pour la survivance des délivrances célestes. Tant et si bien que le Kalam était la science du monde devenu induite par loi cryptogénétique. On ne parlait plus qu'en unité de Kalam ; et l'on ne changeait rien que l'on eût que contre son pesant de Kalam. L'expansion était devenue explosion perpétuelle à grand renfort de formules érotico-hallucinatoires. La race de Kalam et de Branhy, devenue base des sept piliers du temple de l'Univers et du Grand Tout, semblait ne jamais pouvoir arrêter de croître.
Le Vrai et le Néant furent conquis à cette époque. Le temps ne s'arrêta plus de compter que le long fleuve de la parade des nouveaux enfants les jours de mariage des nouveaux Kalam. La clause de non-exclusion permit à des tribus isolées de venir grossir les rangs des magnats de la puissance K & B pour donner à leur tour naissance à des métissages multiples et des lignages merveilleux. Les Kalam les plus étranges et les plus chers de la cité centrale devinrent des stars authentiques.
La liberté était à peu de chose près à la portée de tous. Priorité aux élus de jeune âge ; les autres l'avaient en rêve. Et le rêve devenait légal, par la force des choses, et prioritaire sur les rampes de lancement des cotations du Kalam. Les bourses éclataient. La croissance explosait. Le Kalam était.
La grande Évasion et les mots vivants
Puis ce fut le tour de la grande Évasion, à la recherche de la limite du Kalam universel, luxuriante, débordante de fantasmes et de chaleur. Un Kalam d'artifice magnifique, géant et total. Une ouverture béante dans la matrice fut découverte par une jeune fille aux cheveux bleus. Cette doctoresse en matrice sensuelle et plaisir de bas de zone appela cette nouvelle aire sensorielle la « lignée vierge du Kalam ». C'était une nouvelle zone érogène dans le codage du crypto-protocole du Kalam.
Cette aire pouvait, pensait-on à l'époque, ouvrir des champs de cultures à programme cryptogénétiques à prédicats K et B, hors de la raison pure d'être du Kalam lui-même. On se rendit compte quelque siècle plus tard qu'il s'agissait plus précisément de la passerelle unissant l'univers du Kalam à celui du Branhy. Ce qui, soit dit entre parenthèses, était encore plus intéressant et plus prometteur pour l'avenir.
On connut dès lors des périodes dites de grandes invasions publicitaires : Plaisir en pipette doseur ; soupir donné à l'unisson en sac stérile ; tremblement de râle moqueur pour lui dire encore en boîtes hermétiques. Les guerres du style sexe contre sexe ne plaisaient plus. Les nouvelles races d'hier devenaient les idoles des discussions entre les jeunes d'aujourd'hui.
L'air si pur et si précieux était jeté avec les soleils verts et le nectar dans les brasiers des chauffoirs pour donner encore plus d'enivrantes vapeurs érotiques ; les rumeurs et le vacarme des jouissances multiples entrèrent alors en résonance. Ces nouvelles histoires venaient des galaxies de l'est et de l'ouest. Leur course démente au plaisir s'extasiait devant les scénarios des premiers cryptages affichés en continu sur les télescripteurs. Plus rien ne pouvait arriver à l'issue d'un terme que personne n'envisageait.
Les mots se mirent alors soudain à se mouvoir d'eux-mêmes. Ils se plaisaient entre eux. Le Kalam s'autoproclamait. Les mots faisaient corps les uns aux autres. Sans partage ni métamorphose, ils se déployaient en cavaliers de l'ombre chevauchant les rimes et les pieds. On vit même en quelque endroit isolé la naissance limpide et spontanée du B de Branhy toute seule — chose impossible à imaginer sans la proximité elle-même d'un K de Kalam quelconque.
Les mots s'envolaient, planaient et échappaient à tout contrôle. Seuls à température constante, ils étaient sous le dictat du discours. Mais à l'approche d'une bouche enfantine, c'était l'explosion poétique. Ils s'en allaient toper le cul des astres à cœur joie. Ils devaient, on le sait, donner naissance le surlendemain de leur génération spontanée à de nouveaux changements.
La dictature du verbe
Les mots prenaient vie. Le Kalam était mot. Cette chose incalculable il y avait cent siècles permit le clonage de la vie par le mot. Les mots auto-cloneurs, moteurs d'homme et de femme, proliféraient. Son seul ennemi et point faible était le silence. Le Kalam et les mots devenaient l'essence même de la vie. Le vivant bousculait les coins du mythe de la caverne ; entre mythe et ironie, on ne savait plus où donner de la tête.
Les penseurs d'hier furent jugés et condamnés au silence. Les pionniers de cette dictature du verbe mirent les mots moteurs à la portée des hommes. Les pensées elles-mêmes firent des mutations étranges et à l'époque incompréhensibles. Elles s'auto-clonaient comme on le verrait plus tard. Les complexes donnaient du fil à retordre aux paradoxes. Les ailes enduites d'inconnues, les équations-papillons voletaient toutes seules vers leur solution.
Les problèmes posés par des composantes induites donnaient des solutions bleutées ressemblant à la molécule du nectar, liqueur divine, ou au schéma du plancton du soleil vert. L'inconscient génétique du mot se révéla. Les mots se propageaient, se dilataient et mordaient les uns sur les autres. Ils formaient des toupies magiques ; s'enroulaient autour d'un fil de silence. La rencontre de deux toupies était extrême ; elle produisait des KALAM doubles en majuscules. À tour de rôle. Sans dieux ni maîtres. Faisant tout à coup pluie et beau temps, guerre et paix, Kalam et Branhy, dans tous les sens possibles et impossibles. Ils recommençaient dès qu'ils pouvaient le faire.
Le mot d'ordre pour mieux vivre était le mot Kalam lui-même. Un texte refaisait l'univers et un deuxième le renversait. Le recommencement n'existait plus, il était perpétuel. Les mots sous contrat dans de vieux manuscrits s'associèrent aux mots libres qui flottaient autour pour former de nouveaux livres qui n'existaient pas encore.
Les joutes des grands diseurs de joie étaient les nouveaux jeux du cirque, entre les enfants qui riaient de plus en plus fort et les mots qui se jouaient d'eux-mêmes. Les jaloux en gardaient pour eux. Les tristes se mirent à vouloir des mots en pleur, pour les mettre en boîte de conserve pour l'hiver. Les fâcheux devaient se garder de dire quoi que ce soit, de peur qu'un de leurs mots ne se transforme en paradis artificiel. Les heureux baignaient de leur murmure des milliards de bagnards en file indienne qui cassaient des ponctuations à la pioche. Les timides n'en voulaient plus, de peur de couler sous l'œuvre conséquente qu'un seul mot pouvait faire. Le Kalam était magique.
Et la pensée s'auto-clona à son tour. L'esprit et la bonne humeur semblaient avoir le plus d'admirateurs. Le jour de noce entre les Kalam réunis en grande procession fut l'occasion de la naissance d'une nouvelle race d'étoile. C'était aux environs du millième millénaire de l'anniversaire de Branhy 1ère. Le Kalam était beau. Il fit cadeau d'un livre en mots imaginaires au peuple. Le Kalam donnait la joie.
Alors des bouches rouges et pulpeuses, d'abord petites puis béantes, s'ouvrirent dans les cieux. Elles prirent la place des étoiles naines trop ternes pour déclamer les mots. Les bouches s'abreuvaient des nouveaux mots naissants. Les mots prenaient toutes les formes du réel et de l'imaginaire. Un exemple célèbre était : « Des jouets de bestioles en papier de métal brillant, devant les mous des incompris, comme les vrilles du bateau ivre, tournaient avec dérision leur rouage de silice avec leurs manivelles de poulpe ».
C'étaient des choses extraordinaires et jamais vues, qui n'existaient que par leur pré-sente existence et qui prenaient vie aussitôt pensée. On freina les dérapages et l'orthographe devint auto-correcteur. Dans les milieux où l'on pouvait encore s'autoriser à croire et à penser sans faire trop de dégâts, des grammaires conviviales prenaient de l'ampleur et de l'agilité pour montrer l'exemple. Bref, la richesse des richesses était de mode et cela dura longtemps. Kalam finissait chaque phrase. Le Kalam était unique et en toute chose était le Kalam.
L'abus de richesse et l'excès de prix littéraires affluaient et le Tout fut « plaisir pour le plaisir de plaire ». Tout pour le luxe, tout pour tout ; c'était trop. Tout pour le meilleur des mondes. Le grand Tout changeait de forme continuellement. Les écritures incomprises des débuts de l'humanité se mirent à s'expliquer spontanément dans toutes les langues connues. Les langues inconnues, dans des récurrentes telles, crurent tout expliquer en nommant exhaustivement les apparitions répétitives de Kalam et Branhy.
Et les enfants de jeter les ballons dans les carreaux et les cœurs des mares pour regarder, dans le visage glacé et mouillé des grands, naître un Kalam de colère. C'était le grand frisson. Le Kalam pouvait tout. C'était une fois de plus peine perdue de vouloir arrêter tout cela. Rien n'y faisait. Ça partait dans n'importe quel sens et personne, ni aucun mot de ce temps, ne pouvait avoir raison.
Le grand Silence et la chute
L'éclosion de Kalam multiples rendit à terme le Kalam sans valeur. Ce fut rapidement le grand silence, froid et impénétrable. Ce fut la déchéance et l'abandon de cette unité qui connut pendant un temps impressionnant une valeur de vérité à nulle autre pareille. Le Kalam qui, pendant des milliards de siècles, avait réussi à enthousiasmer les foules et les peuples, vit du jour au lendemain périr sa valeur, en s'élevant contre le silence.
Il avait réussi à prouver à l'ensemble de la vie de l'univers, du Grand Tout et du Néant que sa vérité était seulement contenue dans la croyance qu'on avait de lui ; le silence fut le plus dur de tous les mots. Croire que Kalam pouvait vaincre le mot le plus fort, et arrêter de faire du silence en essayant absolument et exhaustivement de tout définir et analyser, mit un terme à sa longue vie. Sa tumultueuse existence se dispersa en autant de Kalam d'or qu'elle mit de minutes à nous parvenir.
La civilisation que nous avions connue dans le passé aurait dû comprendre ce phénomène autant étrange qu'inquiétant. Après un silence de mort, la décadence effaça les vestiges de l'ancienne civilisation du Kalam. On se remit alors dans le droit chemin, et l'œuvre fut replacée dans son contexte : dans l'ordre paisible d'un univers, sans limite, sans rien promettre, ni tenir.
Les vieux temples se démantelèrent au rythme d'une érosion rapide. La grisaille et rien d'autre ne sortit plus du ventre ouvert du ciel noir avec ses soleils jaunes, rouges et bleus. Luxure, plaisir, volupté, tendresse et autres douceurs firent la grève du zèle. Le temps disparut sans laisser de trace. En silence. Le monde roulait comme une bille folle dans le trou noir de l'œil de l'univers. Tout disparut comme il s'en était venu, une main devant et une derrière. Kalam était devenu l'homme déchu d'une civilisation morte et abolie. Le K était un vestige du passé. Le K périclita.
Épilogue : une nouvelle terre
Et un beau jour, ou était-ce une nuit, il vint subitement se perdre une petite boule bleue dans un écrin d'une poignée de planètes. À peine plus tiède que le fond du ciel. Ravagée par des cratères et des tempêtes terribles. Un monde rougeoyant comme des lampadaires, bleu et blanc comme une feuille de nénuphar, transportant des escarbilles et de la chaux depuis sa lointaine course. Les quelques Kalam et Branhy qui étaient restés pour voir ce qu'il en était se demandaient, en silence, ce qui allait bien pouvoir sortir de cette petite boule bleue : la terre.
Le soir venu, un voyageur passant par là ne comprit pas pourquoi un enfant accroupi sur l'ocre d'un trottoir écoutait, rêveur et plein de ravissement, la petite musique de nuit qu'il tirait de deux petites billes longuement agitées dans une vieille boîte d'allumettes.