
L'arrivée à Ksser Sghir
Quand le taxi arrive à Ksser Sghir, il était presque 17h. Un vent froid souffle sur la petite localité. Sans perdre de temps, Driss se met à la recherche du café « IZDIHAR », lieu de rendez-vous avec le passeur. Là, il voit un homme vêtu d'un pull sans manches avec un tatouage d'une belle femme sur son bras droit.
— Bonjour, savez-vous quand il est de retour ? demande Driss.
— Assieds-toi ! Où est mon argent ? répond le passeur.
— Dans mon sac en plastique.
— Donne et va te coucher, la nuit risque d'être longue. Retrouve-nous à 21h au bord de la mer, à côté des grands rochers.
Les retrouvailles avec Hmed
Il est 21h : le rendez-vous avec les autres clandestins. Driss y retrouve son vieux camarade Hmed de Tinghir. Un moment d'intimité entre les deux. Driss a peur, son ami aussi, mais il est trop tard pour revenir en arrière.
— Viens, on va dîner ! dit Hmed.
— Non, je n'ai pas faim, lui répond Driss.
— Viens mon ami, c'est moi qui paye.
— Hum, je...
— Pas un mot de plus, nous avons tous faim alors allons-y !
Driss avait faim mais, hélas, il n'avait pas d'argent. Il considéra Hmed comme un sauveur quand il a fait sa proposition. Il voulait l'accepter mais sa fierté l'en empêchait. Après un moment de réflexion, il décida d'accepter car, après tout, il a faim et il n'a pas d'argent.
L'embarquement de nuit vers l'Espagne
Minuit, la plage obscure. Le passeur ordonna aux clandestins d'embarquer. Ils sont cinquante dans une barque. Tout le monde a peur, tous frissonnent, mais tout le monde a les yeux brillants d'espoir — l'espoir d'un nouveau monde, d'une nouvelle vie.
Mais le vent fort apporta avec lui une tempête, comme Driss l'avait pressenti. De grosses vagues frappèrent la barque. Une après l'autre, les planches faibles et humides se cassèrent et tout le monde se trouva au milieu de la mer.
— Hmed, où es-tu ???
— Aide-moi !
— Je ne peux pas, il y a trop de vagues et il fait sombre ! Essaie de nager, mon ami !
La tragédie en mer
Une heure passée à grelotter dans l'eau froide. Driss se sentit faible, il avait froid, il ne pouvait plus bouger. Alors il attrapa une planche et essaya de nager jusqu'à la rive qu'il ne voyait pas, mais qu'il avait pressentie.
Hélas, il est trop fatigué pour tenir la planche. Il se laisse aller avec les vagues, où il souffle son dernier souffle. Après quelques minutes, son cadavre flotte sur la mer et se laisse emporter comme une feuille morte.
Le lendemain, le soleil se leva non loin d'une plage d'Espagne. La garde civile y est effervescente : on a repêché cette nuit des candidats au rêve qui, après leur mort, sont devenus des candidats à la mort.