
Certains disent qu'ils n'aiment pas le style d'écriture québécoise. Voilà une occasion pour vous de peut-être changer d'avis. Ou peut-être pas : vous en avez tout à fait le droit. Je n'ai rien changé, j'ai tout laissé de la lettre originale que j'avais écrite. Ce sont mes sentiments, mes émotions, mes frustrations, ma propre confusion. C'est un tour supplémentaire dans mes pensées, suite à mes autres lettres. Il y a beaucoup de sincérité dans chacune d'elles... Tel un oiseau blessé, je pose mon sort entre vos mains...
Changer l'atmosphère entre nous
Salut Dani boy,
Ouah, je viens de me poser la question : pourquoi est-ce que je t'ai appelé comme ça ? Je t'avais jamais appelé comme ça ! Puis la réponse m'est venue tout de suite : sûrement pour créer un autre atmosphère... Un atmosphère différent de tout ceux que j'ai connu avec toi à date. J'arrive plus à oublier les autres, ou plutôt « L »'autre. Avec un grand « L » ouais... Les autres ont tous disparus au fond. Ayoye... C'est là que je me rend compte combien j'avais un besoin urgent d'écrire. Tous les mots se bousculent dans ma tête. Toutes les idées se poussent les unes les autres pour arriver la première sur le papier. Elles sont toutes impatientes de sortir de mon esprit on dirait... Tannée, fatiguée, épuisée, irritée d'y avoir passé trop de temps. Depuis la mort de Marc-André, j'ai pas écrit grand-chose. Quelques textes de « pourquoi la vie est comme ci, pourquoi la vie est comme ça ». Mais aucune de mes fameuses lettres qui me vide le corps et l'esprit de ce qui m'étourdit. Et puis ce soir, ça m'a frappé... Je dois écrire. Il faut tellement que j'écrive. On dirait que ça fait tellement longtemps que mes doigts hésitent sur les touches et même que parfois, j'efface quelques mots pour les remplacer : ce que je fais très rarement. Ok le sujet est inutile et non constructif. J'en viens au point principal : celui qui, j'espère, va disparaître une fois que je vais l'avoir immortalisé sur le papier. J'espère tellement.
Entre frustration et désir de te faire souffrir
Je suis frustrée ou peinée ou peu importe le synonyme de « douleur » que je vais sortir. Tu me frustres tellement. (Je me sens totalement non-originale en ce moment). Je vis la même petite histoire banale que 12 millions d'autres femmes (ou hommes ouais) ont déjà vécue avant moi ou en même temps que moi ou bien encore après moi, dans un futur proche ou lointain. Pour être plus québécoise je dirais que tu me fais carrément chier ! Dans le cours d'anglais j'avais que deux idées générales en tête. La première étant de te faire mal : te gifler, te pousser en bas des escaliers, te marteler de coups de poing ou, simplement, te faire souffrir juste en te regardant dans les yeux et en te faisant regretter ce que t'as fais. J'aurais préféré te faire souffrir moralement que physiquement. Le mal physique se guérit sans qu'on s'en rende compte des fois, le corps fait le travail inconsciemment. Mais le mal psychologique, c'est tout un dur labeur, un travail souffrant, long, pénible. J'aurais aimé te faire travailler comme cela. Je suis peut-être un peu sadique.

L'amour : mon obsession inassouvie
Ma deuxième idée obsédante générale c'était de me faire aimer, de faire que tu m'aimes. Oh oui j'aurais tellement aimé que tu m'aimes. Ça fait beaucoup d'« amour » ça... C'est peut-être vrai que l'amour est le chapitre principal d'une vie : qu'il soit souffrant ou qu'il soit magnifique. Toute façon, tout dépend de la façon qu'on le perçoit. J'aurais aimé te regarder dans les yeux et que tu me fasses ce petit clin d'œil qui me fait fondre et que tu me dises que tu m'aimes. J'aurais aimé qu'une bulle nous entoure, que plus personne d'autres que moi et toi n'ait de l'importance et qu'on soit là, tout simplement là, à se regarder et que ça fasse le plus grand bien du monde. Qu'on redevienne les deux morceaux de casse-tête qu'on a été pour un bref moment... Y'a pas si longtemps. Mes jambes qui se mêlaient aux tiennes, tes bras qui me soudaient à ton corps et tes lèvres qui se faisaient une belle, douce et agréable place sur ma bouche. J'aurais aimé pouvoir me cacher au creux de ton épaule, sentir ton odeur et me saouler. Me saouler de tes mots dans mon oreille, de tes baisers dans mon cou. Bref, j'aurais aimé pouvoir remonter le temps. Ne pas avoir été celle que j'ai été... Je regrette de m'être laissée aller à ma peine. Je veux dire... C'est dès l'instant où je suis entrée dans une espèce de passe bizarre dans le métro, en m'en allant chez toi, que tes yeux ont changé. Mais je n'étais pas moi... Je n'étais pas là. J'étais ailleurs, le jour de l'enterrement de Marc-André. Je voyais les murs du métro défiler à une vitesse hallucinantes et je me disais que la vie ressemble vraiment à ça. Elle va vite, on est étourdi, on ne sait plus trop où on est et puis tout d'un coup, le train ralentit et... On est arrivé. On ne peut pas dire exactement quand... Mais ça arrive. Et puis je me disais : pourquoi est-ce qu'il est arrivé dans ma vie, tout d'un coup et qu'il me rend si heureuse, tout à coup. Dire que toi, pas longtemps après tu pensais carrément le contraire. Je me sens ridicule rien qu'à y penser.

Tu m'as donné un avant-goût de ce que je n'aurais pas
J'ai eu si peur au début ! Si peur ! D'être stupide, de me laisser aller trop vite. J'avais si peur de prononcer les mots « Je t'aime ». Mais j'ai décidé que je laisserais faire la vie : elle m'avait déjà assez prouvé sa force, sa véracité. Je me disais que si la vie ne voudrait pas qu'on soit ensemble, et bien on ne le serait tout simplement pas et on le découvrirait à deux. À deux. On le découvrirait à deux. Je me suis carrément trompée faut croire ! À deux... Il n'y avait rien « à deux » ! J'ai réfléchi toute seule sur mon côté, j'ai pris la décision seule de me laisser aller et j'ai pris, moi-même la décision de dire « Je t'aime ». Mais le pire, ouais je le dis, le pire, c'est que TU as pris la décision de te rapprocher de moi dans ton lit, tu m'as dit « Je t'aime » en premier, tu m'as serrée dans tes bras, tu m'as saoulée ! Tu m'as sortie de la solitude pesante que je vivais depuis des semaines pour me donner un avant-goût de ce que je n'aurais pas. T'as goûté, t'as rêvé un peu, tu t'es laissé emporter et puis t'as paniqué. Comme un oiseau qui apprend à voler... T'as sorti tranquillement du nid, marché d'un pas décidé sur la branche, tu t'es lancé dans les airs : pour quelques secondes t'as cru voler, tu t'es dit : « ça y est, j'y arrive » pour te rendre compte que tu ne savais même pas battre des ailes et tu t'es mis à tomber. À la place de continuer à essayer, de trouver la façon de faire, tu t'es dit : « c'est terminé » : t'as tout laissé tomber. Et puis moi, tu m'as laissée toute seule, sur ma branche, à te contempler d'en haut et à me dire : « Eh bien... Je l'aimais après tout ! »
Pourquoi je ne peux pas m'en foutre ?
J'avais tellement mal aujourd'hui. La conversation que j'ai eue avec toi jeudi, elle m'avait fait un très grand bien et je me suis dit : « ça y est, ça me fait plus rien ! Wow ! Finalement, ça a été rapide » Mais non, je ne peux pas avoir raison ! On dirait que c'est interdit ! Il fallait encore que je me trompe. De te voir et de te sentir si près de moi en anglais, ça m'a tellement fait mal ! Pourquoi est-ce que je ne peux pas m'en foutre ? Carrément ! Tu t'en fous toi ! Pourquoi je ne peux pas faire : « ah eh bien c'était sympa mais ça n'a pas fonctionné quoi ». Je crois que ce sont les mots doux qui me restent encrés dans les oreilles. Il faut que tu m'aides ! Non ne m'aide surtout pas au fond, laisse tomber. Ne m'aide pas ! De toute façon, tu ne peux pas m'aider. Tout ce que ça va faire, c'est me faire regretter de ne pas avoir été cruelle, de ne pas t'avoir crié toutes les bêtises qui me passaient par la tête quand tu as décidé qu'on mettait fin à tout. J'avais tellement envie de pleurer comme une madeleine. Tu ne t'en rendais pas compte mais ce que tu étais en train de me dire c'est : « Je suis désolée Audrey, retournes dans ta solitude ». Ah je sais bien que je suis pas si toute seule que ça. J'ai des copains, une famille, des amis à l'école. Mais mes amies, celles qui me connaissent du bout de mes orteils à la racine de mes cheveux, celles qui auraient dû être à mes côtés quand tu m'as laissé tomber : ces amies-là, elles sont tellement loin ! Je m'ennuie, je m'ennuie ! Depuis le mardi que tu m'as abandonné en quelque sorte, je ne souhaite que pleurer dans les bras de Mariella. Qu'elle me donne ses mille et un conseils pour que je me sente mieux. J'y arrive pas c'est tellement stupide ! Pourtant jamais je n'aurais cru que tu aurais pu avoir cette importance pour moi. Tu m'avais redonné un brin d'espoir. Une autre raison de me réveiller le matin et d'aller passer du temps à l'école. Tout ça à cause d'un stupide cours d'anglais. Je me sentais mieux avant le cours de tout à l'heure. Et là, je me sens complètement détruite. Je me sens comme si tout ce qui avait du potentiel de guérir à l'intérieur vient de faire une rechute.
Question sans réponse
J'ai pas compris, j'ai rien senti s'en venir : jamais je n'aurais cru que quelqu'un pouvait autant penser aimer et revenir en arrière 5 jours plus tard. En fait peut-être que je n'arrive pas à oublier parce que je n'arrive pas à comprendre. Ou peut-être parce que je m'en veux. Je m'en veux sincèrement de ne pas avoir été moi-même le soir où j'ai couché chez toi... Le dernier soir où on était ensemble. Toute la soirée je n'avais envie que d'éclater en sanglots, de crier au ciel que j'étais frustrée qu'il ait pris Marc-André. J'avais envie de pleurer, que tu me prennes dans tes bras et que tu me dises : « Je suis là, t'inquiète pas, tout va se régler, laisse le temps faire les choses ». Laisse le temps faire les choses... Tu ne t'es même pas donné le temps. Comment tu aurais pu me dire de prendre le mien. J'avais besoin de toi et j'étais contente parce que je me disais, laisse tomber Audrey, il va te prendre pour une braillarde, il va penser que tu veux juste faire pitié. Je me suis dit : de toute façon, t'es pas toute seule, il va être à côté de toi lui. Foutaise. Putain je suis fâchée !!! Pas plus tard que le lendemain, je me retrouve toute seule à me poser les mêmes putains de questions que je me pose depuis deux mois : POURQUOI ? C'est con à la fin ! Question sans réponse ! Je déteste ce mot : pourquoi. Il devrait même pas exister. On n'a jamais la réponse qu'on veut ou il en manque toujours un bout. Parfois, elle n'existe tout simplement pas !
Tu ne m'as jamais vraiment connue
Je sais que tu ne me connais pas au fond, alors ça me console. Je me dis tant pis... Il n'a pas pu me connaître comme je suis, tout au fond de moi. J'aurais aimé que tu te donnes le temps de te faire un chemin... De découvrir ce qui se cache au fond de mes pensées, au fond de mes rires qui ont parfois l'air inutiles. J'aurais aimé que tu prennes le temps de me chercher, que tu me donnes le temps de te trouver en quelque part. Tant pis. Je chercherai ailleurs ou bien... J'attendrai que quelqu'un d'autre me trouve. Bonne nuit.