
Bolo et Nako, un duo afro-centriste comme on n'en voit plus. En plein cœur de la capitale gauloise, embellie de sa tour Eiffel, ils ont quitté la terre mère, celle de leurs ancêtres, celle qui a vu naître Adam et Ève, pour ce qui au loin scintille, au près pâli par son hiver, s'éteint au fil des mésaventures racistes que l'on vit. Seulement, le courage de ces deux-là est aussi grand que les baobabs et leur orgueil légendaire, aussi coriace que le regard de Samory, sceptre vivant de la résistance africaine. Ce sont des guerriers, emblème d'une civilisation en déclin, qui rêvent de retourner un jour, les poches pleines de fric dans un boubou souriant, signe de la tradition qui perdure.
Bolo et Nako ont décidé, comme bon nombre de leurs confrères, de faire carrière dans la musique. Tous les matins, ils quittent la minuscule chambre vétuste qu'ils occupent avec huit de leurs cousins, arrivés un peu plus tôt, bien qu'ils n'en aient pas du tout l'air, pour longer l'Avenue des stars jusqu'à la DJ MIC où ils composent leur musique avec le matos traditionnel dont ils disposent.
Une rencontre inattendue sur l'Avenue des stars
En longeant justement l'Avenue des stars, nos deux mélomanes ont pris l'habitude de « faire coucou » à une métisse copieusement sexy qui en dit long sur l'efficacité de son concepteur : « Dieu est fort », s'exclamaient-ils. La dame se plaisait comme par enchantement à leur tendre gracieusement la main depuis le balcon d'un immeuble, à chacun de leur passage.
Un matin béni des dieux, elle fit signe à l'un des deux. Trouver lequel fut la question qui faillit envenimer leur relation d'amitié. Pour conclure, c'est à Nako que revint l'honneur d'aller à la rencontre de la belle aux yeux d'argent, ponctués d'un reflet de maquereau congelé, les joues aussi douces que le fessier d'un nouveau-né.
Nako et la mystérieuse Lissania
Excité qu'il était, Nako gravit les escaliers à la vitesse d'un mamba vert pris de panique, oubliant qu'un ascenseur avait justement été prévu pour la circonstance.
— Salut bébé, dit Nako à l'ange aux petites jambes frappées de jolis mollets de bourreau.
— Salut gros lapin. Moi c'est Lissania. Appelle-moi Nina.
Le jeune homme répond sans hésiter :
— Nako. À mes chômages, je veux dire, mes hommages mademoiselle. Appelez-moi Nak ou plutôt Nik. C'est plus cool.
Les présentations terminées, la discussion se prolongea jusqu'à ce qu'on frappe à la porte. Nako reconnut la voix qui résonnait au-dehors :
— C'est Feu Rouge ! Il vient souvent chez vous ? C'est un tueur à gage, il va vous flinguer !
— Non, rassura-t-elle. C'est mon petit ami. S'il te voit là, t'auras des ennuis !
— Tu parles d'ennuis ! Il va me buter, le taré aux versions aussi droites que le tronc d'un cocotier. J'suis fichu, songea Nako dans un air de pêcheur en pénitence.
C'est alors que la fille lui proposa de jouer les blanchisseurs afin de détourner l'attention du bad boy. C'est ce que Nako passera des heures à faire, avant de retrouver son copain dans l'après-midi.
— Tu te rends compte de ce qui m'est arrivé ?
— En tout cas, réplique Bolo, chacun a sa chance frangin. Je pensais qu'avec toi ça irait mais là je crois que nos destins sont liés pour de vrai. Les habits que tu repassais sont certainement ceux que j'ai passés l'aprem à laver hier ! On s'est fait baiser mon pote. Je te jure, j'ai pas vu dans ma putain de vie un couple aussi paresseux que celui-là.
Tout porc n'a qu'à se parfumer pour sentir bon.