
« Attention les gars, voilà l'intello ! Ahahah ! » Si elle pouvait la faire taire, cette petite mijaurée avec sa bande de copines... Stéphanie était la « chef du clan des poufs ». Les signes particuliers de ces filles ? Leurs jupes toujours trop courtes, leurs miroirs innombrables cachés dans tous les coins, leur maquillage plus que couvrant et, bien sûr, la horde de pauvres gars qui leur obéissaient comme des chiens. Elles gouvernaient toute la cour. Ou presque.
Benjamin, le plus beau garçon du collège et sûrement le plus mature, refusait catégoriquement d'entendre parler de ces hystériques. Chaque fois qu'elles l'approchaient, elles ne pouvaient s'empêcher de rire, de se faire remarquer, de leur faire voir leurs dernières tenues. Mais lui ne s'y intéressait pas du tout. Et bien sûr, Lilas n'arrêtait pas de se prendre des râteaux aux yeux de cette fille aux cheveux si longs, cachant sa maigreur. Personne ne daignait lui parler, sauf pour les exercices de mathématiques, où elle excellait.
Une seule personne s'intéressait à elle : Benjamin. Du moins, elle le pensait.
Rencontre avec Benjamin : un moment inoubliable
Un jour, alors que comme à son habitude elle rêvassait dans un coin perdu de la cour, il vint la voir. Quelle ne fut pas sa surprise en entendant sa voix si profonde, si chaleureuse, si masculine, à deux pas d'elle, lui demander si la place était libre. Elle ne l'avait pas entendu approcher. Pour la première fois de sa vie, un garçon s'intéressait à elle. Il n'attendit même pas la réponse, vint s'asseoir à côté d'elle et, tranquillement, se mit à mâchouiller un brin d'herbe.
Elle était paralysée et ne savait que faire. Les secondes s'écoulaient, elle devenait de plus en plus rouge. Tout se bousculait dans sa tête : devait-elle lui parler ou attendre qu'il engage la conversation ? Elle agitait sa jambe de peur. C'est alors qu'il lui demanda si elle avait fini son DM de maths.
Toutes ses illusions s'envolèrent en un instant. Non, il ne s'intéressait pas à elle. Elle n'était qu'une pauvre paumée que personne n'osait approcher, de peur d'être contaminée par qui sait quelle maladie mortelle.
Mais il se reprit, s'excusant, se traitant lui-même d'idiot, ce qui lui fit lâcher un petit rire nerveux que Lilas reprit et amplifia. Ils étaient bien là, tous les deux, au bout de la cour, entourés de fleurs et de feuilles mortes. Ils étaient seuls. Ils étaient heureux. Ils rigolaient.
Il lui prit alors la main et lui fit un bisou sur la joue avant de s'enfuir comme un voleur pour aller rejoindre sa classe dont Stéphanie faisait partie.
Le lendemain : un rêve brisé
La cloche de fin des cours avait sonné depuis un moment. Elle était maintenant dans son lit, pensant à tout ça. C'était étrange, elle ne savait qu'en penser. Elle se rendit alors compte qu'elle l'aimait. La nuit qu'elle passa fut la plus merveilleuse de sa vie : tous ses rêves étaient basés sur lui.
Le lendemain, elle arriva euphorique au collège, sans se douter de rien. Elle le vit alors, embrassant Stéphanie. Son sang ne fit qu'un tour. Elle se mit à courir, déversant toutes les larmes qu'elle pouvait.
Le surlendemain, on pouvait lire dans le journal local : « Hier, alors que le jour s'était levé depuis à peine une heure, une adolescente fut retrouvée étendue dans son bain, une lame de rasoir à la main, l'avant-bras strié d'une multitude de traits rouges et le dos couvert d'égratignures datant de plusieurs jours... »