
Un instant, une seconde à peine et pourtant... Le contrôle n'est plus, les sens autrefois absents cessent définitivement de se lier à l'esprit. Perte de pouvoir, le corps devient guide... Je me laisse faire (inconsciente !) par cette force... Mon esprit se courbe à ses désirs comme si ce ressenti avait raison du reste ; mais cette chose qui m'anime, est-elle réelle ou un tour masochiste dont je suis le propre maître ?
Se sentir succomber n'est rien face à cette douce beauté... Mon corps s'enflamme : mes sens s'embrasent à sa seule présence, le plus souvent simplement psychique. Tout est faussé jusqu'à mon propre vécu, et pourtant à l'instant même j'y crois, comme l'enfant croyait à ce gentil monsieur par qui la chaleur du foyer cette calme nuit d'hiver prenait alors une consonance plus grande encore ; mais puis-je croire encore à ces histoires fictionnelles alors que je les sais inutiles ?

Et même, peut-on croire à quelque chose de possible quand la nature a fait de moi sa chose ? Bonne pour les foires, les soirées clandestines mais aux yeux du monde qui serais-je si c'était vrai ? Une bête immonde qui croit au bonheur possible, qui pense que le sous-genre a droit à une reconnaissance de cette vie qu'on lui a accordée.
Il fallait des exceptions pour réhausser le cœur de ceux qu'on appelle « les gens normaux », car le fait d'être moi-même différente les rend plus forts. Eux, ceux qui sont là pour longtemps encore et ne savent pas à quel point vivre est une chance, eux, qui n'ont pas de double difficulté pour séduire... Et plaire... Eux, qui n'ont pas le cœur en lambeaux depuis qu'une furie les a déchiquetés... Bien que la vie l'eût fait bien avant...
Ce n'est ni affection, ni amour, mais c'est, somme toute, le signe que je dispose désormais des atouts nécessaires à une vie affective : mes sens, mon cœur sont intacts malgré ce que je pensais, et loin de moi l'idée de ne pas les mettre de temps à autre à l'épreuve, je manquais d'endurance et me voilà fin prête... Et même si mes sens exacerbés m'ont menti, que rien de ce ressenti n'est vrai... Ne demeure qu'une certitude : celle d'avoir droit à un bonheur quelque part moi aussi...