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Essais

Au delà de moi

Un père s'adresse à sa fille le jour de ses dix-sept ans. Entre déclaration d'amour et révélations troubles, cette nouvelle sombre mêle merle, friandise et apocalypse dans un récit qui glace le sang.

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Tu es ma fille, Gabrielle. Tu as toujours été si belle, depuis ta naissance. Tu as hérité des yeux de ta mère, bleus comme le ciel en plein désert, une couleur céleste. Ma petite, toute petite. Tu détestes que je t'appelle comme ça, alors je me retiens, mais je le pense toujours. Aujourd'hui, nous allons fêter tes dix-sept ans, ma chérie. Du poupon rose, brune aux yeux clairs, tu es devenue une presque jeune femme, ravissante. Tes longs cheveux, que tu laisses pousser depuis des années, atteignent tes hanches à présent. Un rêve d'enfant, ces boucles sombres de princesse. Tu dois être satisfaite. Tu as tout ce que tu veux. Tu as toujours eu ce que tu voulais.

Enfin... presque. Il y a bien eu ce garçon, Chris il s'appelait, je crois. Oh certes, il était mignon, un très joli garçon blond au regard sombre. Et tu savais qu'il t'aimait, du moins... tu croyais le savoir. Ce n'était pas difficile de se laisser abuser, je comprends bien. Et puis tu étais amoureuse.

Mais... les garçons se ressemblent ! Ce sont les courbes pleines qui les attirent, comprends-le bien, je ne dis pas ça comme ça, je le sais. J'en suis un. Ton ventre plat, tes hanches fines, tes jambes élancées, et ton regard !

L'expression de tes yeux quand tu ris amènerait un saint à se damner. Je peux très bien comprendre ceci, je suis ton père, je te connais par cœur, ma Gabrielle. J'ai essayé de te protéger... Au-delà de moi, au-delà même de tous les sentiments subjectifs que je peux éprouver, j'ai toujours ressenti un tel amour pour toi que je pourrais t'offrir la lune, si tu le désirais.

Je suis un chimiste réputé, mais tu n'as jamais manifesté pour cet art le moindre intérêt. C'est regrettable, mais ne t'en fais pas, je ne t'en ai jamais tenu rigueur.

Un jour alors que je tentais de t'aider dans un de ces exercices, brusquement tu t'es redressée et tu m'as déclaré avec hargne que tu ne pouvais pas supporter — ni moi, ni cette matière que tu haïssais.

Je ne peux pas prétendre que cette déclaration ne m'a pas blessé, mais je me suis tu. Car vois-tu, le véritable amour n'admet pas la moindre exigence. Les enfants grandissent, quand ils deviennent des adolescents, ils se doivent de s'opposer à leur père, c'est normal. Je ne t'ai pas cessé d'aimer pour autant. D'ailleurs le soir quand je venais te rejoindre, il t'arrivait de ne pas me repousser. Quand tu étais petite, jamais !

Car vois-tu, je suis un homme et je sais ce qui plaît aux femmes. Alors pour te faire plaisir, je t'ai toujours fait profiter de ce que je savais. Ça ne changera jamais. Tout ce qui est à moi est à toi.

Quand tu as commencé à voir Chris, je ne m'en suis pas mêlé. Mais j'avais peur pour toi. Tous les papas sont inquiets quand leur petite fille s'éloigne d'eux. Alors vous vous êtes rapprochés. Je craignais de te voir souffrir comme tant d'autres avant toi. J'ai décidé d'agir. Tu l'as aimé à la folie, ma chérie, peut-être même que tu l'aimais autant que je t'aime, toi. Alors j'ai fait quelque chose et je suis certain que ce fut la meilleure solution. Je suis persuadé que tu en conviens, même si tu ne me l'as jamais dit.

Aujourd'hui, c'est ton anniversaire. Je t'ai préparé une surprise. Tu vas être heureuse, et c'est la chose que je désire le plus. Elle ne peut que te plaire, cette surprise, elle est comme une friandise, sucrée et douce, un peu mielleuse, tu t'en souviendras à jamais. Vois-tu ce merle, ma douce ? Ce beau merle noir ? Il sifflote une chanson. Il sait que ce jour est important, il le sent. Tu te demandes ce que c'est, n'est-ce pas ? Oh ! J'en meurs d'excitation !

Tu ne vas plus être seule, ma toute belle ! Comprends-tu donc ? Voilà deux ans que tu reposes sous terre, tu dois t'ennuyer. Ne t'inquiète pas, dans quelques jours, papa sera avec toi. Ainsi que la Terre entière.


Quelques jours plus tard, un appartement parisien.

Flash info : le poison qui, depuis ces derniers jours, décime la population a bien du mal à être arrêté. Sa propagation par voie aérienne est extrêmement dangereuse et...

Fin

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elava
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