
L'herbe haute du champ laissait à peine apercevoir les arbres de la forêt d'en face. Le jeune garçon marchait depuis bien longtemps, mais n'arrivait toujours pas à atteindre la lisière du bois. Perdu au milieu d'un champ de maïs, il se laissa emporter par la fatigue et tomba à genoux. Retrouverait-il enfin la sortie ? Il pleurait comme un petit garçon quand un bruit lui fit légèrement lever la tête. Un autre jeune homme se tenait face à lui :
— T'es qui toi ?
Le garçon se releva vite et passa ses mains sur son jean crado :
— Un mec, ça se voit pas ?
— J'aurais plutôt dit une nana vu comme tu chialais ! lui répondit l'autre du tac au tac.
— Lâche-moi, okay ?
— D'accord.
Et il repartit comme si de rien n'était. Le jeune garçon, resté là, le regardait bouche bée. L'autre s'en allait à travers champs comme si c'était son territoire. Et c'était le cas. Pris d'une impulsion, le garçon appela celui qui s'éloignait. L'inconnu se retourna.
— Quoi ? cria-t-il.
— Euh... Je suis perdu en fait.
Alors l'autre revint sur ses pas :
— Perdu ?
Et il éclata de rire. Son rire était sonore et très sexy, pensa le garçon, ce qui le perturba un peu.
— Viens, suis-moi...
Marchant vers une direction inconnue, il se retourna :
— Comment t'appelles-tu ?
— Daniel.
— Moi, c'est Jonas.
— Enchanté.
Daniel, ses larmes séchées, osa demander comment cet inconnu s'y retrouvait dans cette jungle :
— Cette jungle, comme tu dis, elle appartient à mon père. Pourquoi ? questionna-t-il après une brève hésitation.
— T'as l'air de la connaître par cœur.
— Ah...
Ils ne se reparlèrent pas et, arrivés au bord de la route, ils partirent chacun dans des directions différentes.
C'est le soir. Jonas est assis en tailleur sur son lit. Repensant à l'étranger de ce matin, il s'étonne de remarquer que celui-ci avait des lèvres sexy, pleines et rouges sang. Cette nuit, il rêva qu'il mordait dans ces deux bouts de chair.

Emprisonnement
Daniel jouait à la console quand sa sœur entra en trombe dans sa chambre :
— Mon petit ami arrive dans 10 minutes, papa et maman ne sont toujours pas partis et Élise s'obstine à vouloir rester pour voir à quoi il ressemble !
— Une minute ! J'ai pas très bien compris pour les parents.
— Comment ça pas compris ? T'es maso ou quoi ?
— Les vieux peuvent très bien rencontrer ton p'tit copain que je sache...
— NON !!!
— Euh... C'est quoi son problème à ton mec ?
— Ben il est plus vieux que moi.
— De ?
— Bah... Disons... Ton âge ?
— Ah. Là, je pige mieux ton blem.
— Alors aide-moi, par pitié...
Son ton était si plaintif que son frère consentit à faire croire que celui-ci était son ami. Après tout, cela ne serait pas étrange vu qu'il ramenait toujours une tonne d'amis chez eux.
On sonna à la porte. Daniel se précipita. Sa sœur, Nina, lui avait dit qu'elle avait prévenu son petit copain du problème et de la solution. Daniel avait hâte de voir à quoi ressemblait le nouveau mec de sa sœur, sachant qu'elle avait le chic pour trouver l'homme le plus zarb de la terre à chaque fois. Quel ne fut pas l'étonnement de Daniel en découvrant Jonas sur le pas de sa porte :
— Euh... Oui ?
— Je viens voir ma petite amie... En temps normal.
— Ah, alors c'est toi son mec...
— Oui...
Jonas paraissait un peu perdu. Il venait voir sa nouvelle petite amie et voilà qu'il rencontrait le pleurnichard de la dernière fois. Pour une surprise, c'en était une grosse, et servie sur un plateau d'or :
— Je peux entrer ?
— Bah oui, bien sûr.
Le garçon entra. La maison était jolie et bien rangée.
— Viens.
Daniel l'emmena au salon où ses darons se préparaient à partir. Nina était assise à une table, un crayon en main. Elle faisait mine d'être inspirée, mais quand on regardait de plus près sa feuille, ce n'étaient que des tas de gribouillis.
— Oh bonjour, vous êtes un ami de notre fils ?
C'était la mère qui avait parlé. Jonas lui répondit que oui.
— Bien, alors amusez-vous et à plus tard les enfants.
Les vieux partis, Nina se leva et se lova dans les bras de Jonas. Cela énerva Daniel, ce qui le tourmenterait bien une nuit entière, une nuit blanche. Mais il n'était pas là pour les regarder et s'apprêtait à rejoindre sa chambre. Jonas n'étant pas de son avis :
— Où crois-tu aller comme ça ?
— Ben... Dans ma chambre, pourquoi ?
— C'est grâce à toi que tes parents n'ont vu que du feu, reste avec nous boire un coup à notre victoire...
Daniel ne savait pas pourquoi, peut-être à cause de ses yeux, mais il resta tout l'après-midi à les regarder se peloter. De temps à autre, Jonas lui lançait un regard triomphant, ce qui rendait le jeune garçon encore plus jaloux de sa sœur. Mais ça aussi, il ne le comprit pas sur le moment.