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Essais

Atteinte à la destinée intellectuelle

Un passionné de littérature devenu physicien malgré lui dénonce les pressions parentales et les failles d'un système éducatif qui sacrifie les rêves sur l'autel des notes.

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On entend trop souvent les jeunes affirmer : « J'ai fait la série S, c'est parce que j'étais doué en mathématiques » ou encore « mes tendances littéraires justifient mes bonnes aptitudes en communication ». Aucune de ces assertions n'est fausse. Pourtant, si ce n'est par pure fatalité du destin, c'est grâce à une formation spontanée que l'on s'affirme en adepte des Sciences ou des Lettres. J'en appelle ainsi à une rétrospection systématique et individuelle de cette jeunesse inscrite dans l'enceinte de l'analphabétisme, à travers ce modeste propos qui illustre la détresse d'un passionné de littérature, devenu physicien par la force des choses.

Quand les notes dictent l'avenir

Traiter un exercice de mathématiques a toujours été le cadet de mes préoccupations. Ainsi, meurtri sous le poids d'une panoplie de répétiteurs, je n'ai pu mettre en exergue mes talents artistiques. Pour me consoler, j'ai fait de la lecture mon unique hobby. Lorsque je me rappelle ces premières années de classe aussi symboliques qu'un incipit, et où ma curiosité féconde débordait les limites, il me vient à l'esprit ces froides paroles capitalistes que m'infligeait mon père, dans sa plus douce sérénité : « Vas-y petit, dans vingt ans tu prendras la relève de notre entreprise ! » Quel réalisme de la part de celui qui jadis faisait de mon opinion puérile sa raison d'être. Imprégné par l'ignorance de la fleur de l'âge, je retroussais les épaules et me gardais de tout quolibet, de toute harangue. J'étais incapable de borner les limites de la confiance que je portais à « papi », car nul besoin de jouer les érudits pour saisir la portée symbolique de ce message plein d'empirisme, de volonté et d'amour.

Pression parentale : quand la famille impose son choix

Il s'agissait pour lui de pérenniser ce joyau qui faisait la fierté de la famille. J'étais un enfant gâté, ou condamné ? Je n'allais pas tarder à le savoir quand, décrochant mon brevet, il me dit sans sarcasme : « L'instant crucial est arrivé car voici venu le moment de comprendre pourquoi on va à l'école. Il n'est guère question d'exercer quelques pressions parentales que ce soit mais mieux, de te faire comprendre que la finalité de ton séjour scolaire est avant tout ton utilité dans la vie future. »

En effet, la décision du conseil professoral concordait parfaitement aux idéaux escomptés par mon père, dont le fantasme le plus ardent était de me voir exercer en tant qu'ingénieur physicien dans l'entreprise familiale.

Les failles du système éducatif camerounais

Peut-être inoffensif à cet instant fatidique de mon histoire ? Qui sait, je n'aurais peut-être pas pu donner une réponse digne de mon être si la question m'était posée ! Dire que de la maternelle à la troisième année du secondaire, je me suis laissé leurrer par des étrangers pédagogues animés par l'envie du travail vite fait et qui, en l'espace de quelques heures, attribuaient à de jeunes gens soucieux et peut-être même ambitieux, une sentence irréversible qui conditionnerait pour beaucoup de temps sinon toute une vie, leurs aptitudes intellectuelles.

L'on répondait de mon avenir et de celui de ces jeunes gens imprégnés du génie newtonien, condamnés par contumace avec pour chef d'inculpation : très bonne note en matière scientifique ! Il n'avait pas compris que l'ON N'AIME PAS TOUJOURS CE QUE L'ON FAIT POURTANT SI BIEN.

Ce système arbitrairement conçu perdure cependant jusque dans nos universités d'État et se cache sous le masque odieux de procès-verbaux intentés au lendemain des préinscriptions. Rendre le nombre d'étudiants par filière proportionnel à la demande sur le terrain, par rapport au nombre d'encadreurs parfois réduit ou aux moyens logistiques peu fiables pour la majorité, n'est pas le meilleur moyen de rénover — ou de penser avoir rénové — le système éducatif camerounais.

Mauvaise orientation : une cause majeure de l'échec scolaire

Si plus tard l'on est incapable de poursuivre ses études, c'est peut-être là l'une des raisons : ce fait d'avoir étudié pour le plaisir parental, pour le simple luxe d'égrainer les échelons académiques, puis décrocher un diplôme qui nous ouvrirait ces murailles bétonnées de l'emploi. Voilà pourquoi le Cameroun, qui n'a peut-être pas besoin de savants, en éprouve pourtant la stricte nécessité.

Pourquoi suivre sa passion est essentiel pour réussir

Il est temps de comprendre que le futur chercheur, c'est celui qui traduit avec brio l'exercice pratique de ses talents. Si l'envie est le premier désir, le désir lui fait naître la passion, c'est-à-dire l'amour de ce que l'on fait. Aussi, par-delà la nécessité financière, les études ont pour visée primordiale l'autosatisfaction du psychisme humain. Sachons donc privilégier nos premiers désirs, ceux qui se développent dans notre très jeune âge, car ce stade de la personnalité est celui de la vérité.

Le refoulement des désirs crée dans le psychisme humain un blocage latent qui place le sujet dans un état de dépendance mentale. Aussi, l'intelligence qui s'affirme au moyen de la réflexion se voit-elle canalisée vers des fins étrangères au Moi, affectant ainsi l'élément essentiel de l'appareil psychique freudien.

SEULE LA VOLONTÉ DISTINGUE LE GENRE HUMAIN.

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