
Allez comprendre pourquoi ce soir-là, nous avions décidé de nous balader dans Beauvais. Sur un coup de tête, comme d'habitude ! Le mauvais temps commençait déjà à pointer à l'horizon, mais cela ne nous inquiétait en aucun cas, même si Baptiste avait fait la remarque. Nous partions à l'aventure sans nous soucier de ce qui se passerait.
Départ vers l'inconnu
Vers 20h, je sortis de chez moi pour attendre Pierre et Baptiste. Le temps était très lourd. Pas le moindre souffle d'air. J'étouffais à moitié en attendant mes amis. Après un bon quart d'heure d'attente, je reconnus en bas de la rue le bruit caractéristique de la Fiat Uno de Baptiste. Ils me prirent au passage et la voiture fila vers Beauvais.
À peine avions-nous parcouru quelques centaines de mètres que le vent se mit à souffler avec une force incroyable. Baptiste eut du mal à contrôler la voiture. Plus nous nous rapprochions de Beauvais, plus la chaleur se faisait oppressante et plus le plafond était bas. Mais nous n'en avions cure car nous étions trop contents de sortir pour nous détendre et rien ne semblait pouvoir gâcher cela.
Le voyage jusqu'à Beauvais prit à peu près une demi-heure, une demi-heure pendant laquelle nous plaisantâmes en écoutant des vieux tubes des années 80 à fond dans la voiture.
Beauvais sous l'orage
Une fois arrivés à Beauvais, le ciel était assez sombre mais pas encore menaçant. Baptiste gara la voiture sur un petit parking un peu excentré. Puis, nous partîmes vers le centre-ville. Nous nous dirigions vers le cœur de la tempête qui approchait. Le ciel s'obscurcissait à chacun de nos pas. Mais nous n'y faisions pas attention. Ce qui nous frappa fut le calme dans les rues. Naïvement, nous nous attendions à une grande activité. Mais avec un tel temps et vu que nous étions en semaine, ce n'était pas vraiment étonnant.

En bref, nous nous retrouvions dans une ville quasi déserte, sous un ciel chargé de nuages noirs menaçants.
Il faisait de plus en plus sombre dans les rues et la lumière orangée des lampadaires donnaient à la ville un aspect irréel. On se serait cru dans un livre de Stephen King. Nous nous baladâmes dans cette atmosphère qui n'influençait toujours pas notre moral. Nous plaisantâmes en marchant. Puis, nous nous retrouvâmes par hasard devant une magnifique église éclairée par des spots oranges. Je m'assis sur un banc face à l'édifice pour admirer ce monument qui contrastait sur le ciel noir et menaçant.
Le vent se déchaîne
Soudain, le vent se leva avec une force incroyable. Nous reprîmes donc notre balade contre le vent. La ville sembla tout à coup vivante. Le vent faisait s'agiter les drapeaux, les bannières volaient dans tous les sens. Des journaux traversaient les rues à toute allure. Nous passâmes à proximité d'une fontaine dont les jets d'eau étaient déviés dans tous les sens au gré du vent.
Au loin, des grondements commençaient à se faire entendre. Nous décidâmes de nous arrêter à un bar pour prendre un verre. Nous nous posâmes sur la terrasse à ma demande car je voulais admirer ce magnifique ciel. Le vent faisait toujours des siennes, faisant claquer dans le silence de la rue la porte du bar avec un bruit assourdissant. La pancarte du menu s'envola et le store claquait au vent.
Mais nous ne pûmes rester très longtemps car ce qui devait arriver arriva : il se mit à pleuvoir des cordes. Nous nous abritâmes à l'intérieur du bar. L'atmosphère y était aussi lourde qu'à l'extérieur. Seule la musique sortant des hauts-parleurs rompait le silence qui y régnait. Quelques personnes étaient éparpillées au fond du bar et le serveur se contentait d'essuyer ses verres, le regard à cent mille lieues d'ici. Nous nous installâmes au bar. Au bout d'un moment, quelqu'un se mit à jouer aux fléchettes. Le bruit caractéristique des impacts sur la cible me prit vite la tête et nous prîmes notre courage à deux mains pour retourner vers la voiture.
Le retour sous les éclairs
La pluie tombant sur mon visage fut très agréable et la vue du ciel qui s'illuminait à chaque éclair m'envoûtait. Nous arrivâmes trempés au parking et reprîmes la route pour notre chez-nous douillet. Mais le spectacle était loin d'être fini. La route passait sur une plaine interminable dépourvue d'arbres et ce paysage nous donna une vue splendide sur le ciel et sur les éclairs qui le striaient toutes les dix secondes à peu près. À chaque coup de tonnerre, nous nous émerveillions de la beauté du paysage. La musique que nous avions mise au hasard s'accorda parfaitement avec ce déchaînement des éléments. C'est ainsi que la voiture roula dans la nuit zébrée de lueurs argentées jusqu'à nos foyers respectifs sur le rythme entraînant d'une musique mélancolique...
Cette nuit magique va sans doute rester gravée dans ma mémoire, même si cette « aventure » banale pourra paraître fade et sans intérêt pour certains. Mais je tenais à raconter cette histoire car elle m'a marquée et car cette nuit m'a entraîné dans un monde étrange et fantastique à seulement 30 kilomètres de chez moi !