
Je veux également embrasser la personne à qui je dédie tout ce fouillis... Mon Némo.

9 : Une soirée entre musique et drogue
Une soirée comme les autres. Ou presque. On était pas mal. Une bonne quinzaine. On était bien. Détendus. Ouais, bon, y en avait qui étaient tellement défoncés qu'on ne les a plus vus de la soirée, mais bon... Il y a eu un moment magnifique... Ok. Un peu préparé, mais l'intensité de l'action ne le laissait pas voir. Je l'ai fait asseoir en plein milieu du salon. Elle déteste que tout le monde la regarde. En plus, là, elle n'avait pas les effets de l'alcool pour la sauver parce qu'en ce moment elle fait attention. À cause de moi. Je l'ai traitée d'alcoolo, pour la faire réagir. Parce qu'elle sombre grave en ce moment. Elle s'est assise et, lorsqu'elle a vu que lui et moi, on prenait nos guitares pour elle, elle n'a plus eu peur. Ça se voyait. C'était comme s'il n'y avait plus que nous. Personne d'autre dans la pièce pour venir entraver ce cocon d'intimité. On avait prévu une chanson. Mais on a fini par jouer tout notre (maigre) répertoire. Chaque note trahissait notre statut de débutant. Mais elles s'envolaient tout de même frêles, hésitantes, et à chacune d'elles, elle souriait... Lorsqu'il se mettait à chanter... Leurs regards ne faisaient plus qu'un. Je n'étais pas jalouse... Non, je sais... Je sais que ce qu'ils partagent est et sera toujours plus que l'amour que je lui porte. Dieu même ne comprendrait pas ce que c'est... Ce tenir avec son meilleur ami devant la femme qu'on aime et lui rendre le plus bel hommage qu'elle n'a jamais reçu... Sans doute le seul... Car les âmes les plus belles ne s'en vantent pas... Et beaucoup les ignorent... Je me suis arrêtée sur celle-ci... Cadeau offert par le plus généreux des hommes.
J'arrive pas vraiment à mettre des mots dessus, en partie parce que j'étais défoncée, mais c'était vraiment magnifique. À la fin on s'est pris dans nos bras... En se disant qu'on s'aimait...
Maintenant quand j'y repense, j'ai envie de gerber... Putain, la drogue nous ouvre des facilités à dire nos sentiments ou à les exagérer, mais qu'est-ce que ça les rend ridicules... Dénués de tout sens... Quelle connerie. C'est ça. Tout ce qui se passe en moi dans ce genre de situations...
T'as le « mmmmmmm, j'me sens si bien... ». Je crois que je ne pourrais pas me blairer si je me voyais de l'extérieur. Mais sur l'instant j'en ai rien à foutre. Tu sais... L'excès de ressenti... On se sent bien, ENTIER... Et en même temps j'ai une putain de tendance à rester sur terre. Clouée. Une grande (trop ?) partie de mon cerveau reste complètement sobre. Je sais pas si c'est vraiment normal... Quoi qu'il en soit, c'est comme ça que je gâche toutes mes soirées entre potes. Savoir s'il faut tenir tête ou abandonner « juste pour s'éclater ! »...
Mais je lâche jamais l'affaire, trop hantée par l'image que des personnes sobres pourraient avoir de moi telle que je vois certaines personnes.
En fait, dans ce milieu, tout le monde dit être en osmose avec tout le monde. Ils vous prônent que c'est une expérience à vivre... Géniale... Moi, tout ce que je vois, c'est un tas de gens que j'aime plus ou moins mourir chacun dans leur coin. Personne ne voit plus personne au fond.

10 : Perdue au milieu de la foule
Seule. Brebis égarée en cette masse uniforme où elle ne distingue plus ceux qui, il y a un instant, se tenaient tout près d'elle. Ils sont partis dans leur monde. Elle refuse tout ce qu'on lui tend, ce n'est pas de cela dont elle a besoin. Innocente gamine au milieu de tous ces loups qui planent. Elle n'a pas peur. Il faut qu'elle les retrouve là-dedans. Car ils doivent avoir peur et être perdus eux aussi... Et pour cela, elle garde courage. Ferme ses yeux et ses oreilles aux atrocités qui violent son être, la pénétrant avec violence à chaque respiration. Elle avance, perçant la foule qui ne lui prête aucune attention, le regard fixé droit devant, dévisageant quiconque pose les yeux sur son corps, sans vraiment la voir. Elle avance, mais ne sait pas vraiment où.
Tous ces gens paraissent heureux. Elle, pour être heureuse, elle a besoin de ceux qu'elle aime. Et elle les a perdus.
Ils sourient tous, bougent au rythme de la musique qui les percute sans même qu'ils le sentent. Leurs sens engourdis, elle leur en veut de lui cacher ceux qu'elle cherche, elle voudrait leur faire du mal, à tous. Sans exception. Elle les hait de fermer les yeux si facilement puis de nier une fois ceux-ci réouverts. Elle voudrait leur cracher dessus. Ils la dégoûtent. Toute cette désespérance (car elle voit ça comme ça) lui donne envie de chialer et de vomir à la fois. Car ils pourraient s'en sortir. Ou juste ne plus avoir besoin. Ils le pourraient mais c'est tellement plus facile ainsi...
Soudain, elle les voit. Enfin. Elle court vers eux sentant son cœur près de lâcher. Mais très vite, elle comprend pourquoi celui-ci s'est arrêté. Il a compris avant elle. Les larmes lui montent aux yeux. Devant elle, eux, sa vie, sa lumière, au milieu de cette foule. Mais elle ne voit plus la frontière entre ces étrangers et ceux pour qui elle aurait tout donné. Le même sourire hagard que les autres au visage, ils la regardent sans lui adresser un mot, lui faisant signe de venir se mêler à cet ignoble rassemblement qui se croit appartenir au royaume de l'espérance : elle les regarde s'enfoncer... Disparaître peu à peu auprès de leur, à présent, semblables...
Je tombe à genoux et enfouis mon visage dans mes mains, jurant d'en finir définitivement avec cette vie...

11 : La haine et la rage contre soi-même
La haine, la rage. Je les hais tous. Lame si puissante, au contact, une fois, pas grand-chose. Puis deux... C'est si jouissant... Une troisième fois atteindre la veine et regarder le sang se mêler aux pleurs qui coulent lentement de mon œil à mon nez puis s'écrasent après une douce chute sur ma peau. Tout exploser. Qu'ils crèvent ! Détruire leur tête contre quoi que ce soit de dur ou de tranchant. Les saigner comme de vieux porcs qu'ils sont. Des lois, face à des principes si simples et pourtant oubliés. Vomir à chaque pensée, se tenir au mur pour ne pas tomber de dégoût face à ces immondices. Baignant dans leur sang, moi, je leur crache au visage. Je leur en veux. Mais qui sont-ils ? Ces milliards... Te rappelles-tu ? Ces chants de fleurs et ces sourires immortels, ou presque. Car ils les ont anéantis. Ils ont peut-être raison... « À la mort tout plaisir ! ». Putain, quelle bande de connards... Et dire qu'ils nous entourent, c'est ignoble.
Il y a des jours où on sent que c'est la fin. Où on a perdu quelque chose mais on ne sait plus quoi. On a raté un épisode et finit par être décalé de tout. Je crois que j'ai raté ma vie. Raté le train des moments agréables ou même la capacité de ressentir véritablement des sentiments. Je sais, « à quoi ça sert de se plaindre ? ». Ce que je croyais à une époque insignifiant, puis à travers lesquelles j'ai cru voir clair... Je ne les comprends plus.
Un jour, j'atteindrai l'infini. Oui. Tout homme y arrive. Pourquoi attendre ? Des rires, des amis, des amours... Perdus, abandonnés. Laissés car mon cœur quémande la solitude alors qu'il les a tant désirés.
C'est alors que tout recommence. Tout s'effondre. Se séparer, faire souffrir ceux que l'on aime. Je sais pas. Quand je regarde cette putain de seringue je me dis... « Petite bulle, pourrais-tu me sauver ? » S'enfermer, putain, se casser au loin. Je me tirerais bien avec lui. Si c'était pas une balle qu'il s'était tirée...
Et lui, oh mon Dieu. C'est moi qui... Bref !
Tous ces mots sur ce papier ne peuvent être aussi violents que les images de l'esprit humain.