
Je ne la supporte pas, elle, sa voix, tout ; rien que de la voir me met dans un état second. Je ne supporte plus rien, j'ai l'impression de me retrouver enfermée dans un cercle infernal, où elle est toute puissante, avec l'impression de ne pouvoir rien faire d'autre que la subir à chaque cours.
Elle s'est approchée de moi, elle a compris que je ne suivais pas : « Vous vous croyez dans un club Med ici ? Pensez-vous que vous êtes à l'école pour regarder par la fenêtre ? Autant rester dehors si c'est pour faire ça ! ». Je me tais, je n'ai pas envie de répondre, pas envie de jouer à son jeu. Elle est nerveuse, ça fait toujours ça quand je ne réponds pas à ses attaques. Alors elle va continuer à me provoquer, à m'attaquer jusqu'à ce que je réponde... Sauf qu'aujourd'hui ce n'est pas pareil que les autres jours... mais ça, elle ne le sait pas, elle ne s'en doute pas...

Sauf qu'aujourd'hui, c'est différent, je me redresse et me lève.
— Que planques-tu dans ton dos ?
— Rien qui vous regarde.
— Montre ça tout de suite !
— Vous êtes sûre que vous voulez voir ?
Je ris, je ne peux pas m'arrêter. Si elle savait, elle ne répondrait pas ce que je suis sûre qu'elle va dire...
— OUI ! dit-elle d'un air exaspéré, et cesse de rire, je ne supporte pas qu'on se moque de moi. C'est un manque de respect !
— OK !!!
Je ne peux m'empêcher de rire, je ramène mon bras vers l'avant, elle recule, elle est terrifiée. Elle a peur, cela se voit dans ses yeux, elle ne dit plus rien.
— Alors ? Vous ne dites plus rien ? Je vous ai connue plus bavarde... Allora oggi.
Je rigole, je suis toute puissante, j'aime voir la peur dans ses yeux. Les autres élèves crient, elles sont débiles, elles devraient pourtant savoir que je n'ai pas l'intention de leur faire du mal. Je ne pouvais pas les prévenir, car l'une d'elles aurait pu mettre au courant le monde.
— Enfin, sois raisonnable, pose cette arme, pose-la sur le bureau et éloigne-toi... on fera comme si ça n'avait jamais été...
— Pour quelles raisons je ferais cela ? Vous croyez bien me le dire ? Comme si ? Non, on ne fera pas comme si ! On fera comme tout simplement ! Allora ? Ça fait comment d'être faible, d'avoir peur ?
— Oh si, tu crois que tu me fais peur, tu as pas gagné, je n'ai pas peur.
Sa voix tremble, je l'entends, je sens qu'elle a peur.

D'un coup, je sens une main sur mon épaule, c'est une de mes camarades de classe.
— Moi j'ai quelque chose à dire ! Si on jouait à l'interroger comme elle sait si bien le faire.
— Ok, éclatons-nous.
Coralie, c'est le nom de cette fille, s'assoit au bureau de la prof, saisit le cahier, et commence à mimer la prof. J'en peux plus, je rigole, c'est trop marrant, elle crie même le « Allora oggi ».
— Allora oggi, on va vous interroger madame, je dis ça tout en riant. Mais pas sur l'italien, ça serait trop facile, et pourquoi on ne vous interrogerait pas sur de l'allemand ?
— Mais... mais... je ne parle pas un mot d'allemand, tu le sais bien.
— Ben je ne parle pas italien moi et ça ne vous dérange pas ! Alors, tiens oui, alors comment dit-on « alors » en allemand ? Je vous explique les règles, à chaque fausse réponse je vous tire une balle dans une partie du corps. Vous n'avez pas de chance, un vendredi à cette heure le bâtiment est désert. Alors, comment dit-on « alors » en allemand ?
— Non ! Non ! Reste calme, je ne sais pas, je n'ai aucune idée.
Elle tremble, elle est paniquée, son corps est plein de transpiration.
— Je veux une réponse ! Allez, donne-moi une réponse !
— Mais...
— Perdu ! Ce n'est pas mais !
Je baisse l'arme vers son genou droit et tire, elle hurle et s'écroule, les autres filles commencent à crier et Coralie a cessé de rigoler.
— C'est bon Cora, n'aie pas peur ! Oh vos gueules au fond, arrêtez de crier vous me cassez la tête ! Quel mot tu voudrais Coralie ?
— Je sais pas, tiens le verbe aimer !
— Alors comment dit-on « aimer » ?
— Noooooooon...
Elle pleure, son visage est tordu par la douleur.
— Non ça ne se dit pas non. Quelle partie vous voulez que je dégomme lol ? Répondez ! Répondez tout de suite !!!!!
Je fais tourner l'arme sur son corps, marquant des arrêts où elle crie de plus en plus de peur que je tire. Je rigole toujours, je ne peux pas m'arrêter et Coralie me fait des suggestions. Je crois que je n'ai jamais autant aimé le cours d'italien. Je tire dans un de ses bras, le parterre est plein de sang. Elle s'est évanouie, cela doit être dû à la douleur. Coralie rigole en se balançant sur la chaise. Les autres approchent du fond de la classe et se tiennent loin de moi, je leur fais peur, encore une fois je passe pour un monstre, comme toujours... Je pointe mon gun sur elles, elles tremblent et cessent d'avancer et je retourne l'arme sur la prof et là, d'un coup, BOUM, j'ai tiré dans son autre genou. Je retourne à ma place et commence à ranger mes affaires dont mon arme, la sonnerie sonne, je sors suivie par les autres. Je sais pas si elles vont me balancer, je pense que oui, quelle importance. On est dehors, je sens le mistral contre ma peau, je me sens bien.
Journal, la Provence, lundi 19 décembre :
Cours d'italien sanglant à Roumanille
« Vendredi 16 décembre au lycée Roumanille a eu lieu un triste et tragique événement, une élève de seize ans, se trouvant en première, a massacré sa prof d'italien avec la complicité des autres élèves. Le corps a été retrouvé seulement ce matin... »