Image 1
Essais

Aile de papillon

Une jeune femme fuit sa douleur sous la pluie de novembre. Entre larmes et course effrénée, elle trouve un chemin vers l'apaisement au bord de la mer, guidée par l'image d'un papillon.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Image 1

Elle aurait voulu, sous cette pluie infinie, crier sa rage au monde. Hurler du plus fort qu'elle le pouvait. Elle aurait voulu courir. Le plus loin possible, le plus longtemps possible. Courir jusqu'à s'en tordre les poumons. Courir jusqu'à ne plus rien ressentir. Courir et hurler. Faire les deux en même temps pour s'essouffler plus vite. S'essouffler de la vie, ne plus la voir, ne plus rien voir.

Elle avait tant de peine, tant de rage, tant de sentiments mélangés à l'intérieur de son cœur si frêle, trop fragile pour être si durement blessé. Elle accumulait les déceptions comme certains accumulent les conquêtes. Elle errait dans sa propre vie sans aucune idée de là où elle allait.

Elle choisit de pleurer sa rage au lieu de la crier. Elle aurait voulu récolter ses larmes, mais elles étaient trop rapides. Et puis à quoi bon ? Elles s'évaporeraient un jour ou l'autre. Comme chaque chose dans la vie, le seul souvenir matériel de cette peine qui l'habitait en cette soirée de novembre finirait par partir avec le temps.

Ce temps qu'elle avait toujours redouté. Ce temps qu'elle redouterait toujours pour sa simple raison d'être. Minutes qui avancent, secondes qui s'écoulent, vie qui n'est plus. Jamais on ne rattrape qui l'on est. On ne vit qu'à travers les souvenirs et les yeux des autres. Tout prend forme. Elle n'avait jamais vécu pour elle-même, elle le réalisait.

Elle en pleurait sa haine ce soir. Elle pleurait jusqu'à ce qu'elle ait oublié la raison pour laquelle elle déversait ces larmes. Signe de faiblesse ou de cœur ? Elle ne savait plus. Elle ne voyait plus qu'un paysage sombre et à moitié flou. Déformé par ses yeux encore pleins d'eau, encore pleins de vie. L'image de son cœur brisé se matérialisait tout à coup : sombre, lugubre et mourant.

Elle voudrait être heureuse, mais quel chemin devait-elle prendre ? Elle sentait ses jambes partir toutes seules. L'envie de courir lui revenait. Elle prenait son élan, la voilà partie ! À pleine enjambée, comme un heureux qui mord la vie. Elle ne voyait plus rien. Elle courait tête baissée. Elle courait sans voir et sans pleurer. Elle respirait à peine, juste ce qu'il fallait pour la maintenir en vie. Elle suivait un chemin qu'elle ne connaissait pas, un chemin qu'elle avait emprunté par espoir. Espoir de quoi ? D'y trouver quoi ? Elle ne savait pas, mais elle courait sur ce chemin parce qu'elle en avait senti le besoin.

La mort d'une partie de soi

Une partie d'elle était morte aujourd'hui. Cette partie heureuse qui voyait une raison au temps qui avance. Cette moitié d'elle qui voyait un avenir à travers les heures qui s'écoulent. Cette même portion d'elle qui brillait partout où elle allait. Elle perdait tranquillement la raison, enveloppée dans une bulle de solitude. Elle était rendue loin sur ce chemin et encore plus loin dans sa tête.

Il passait, dans son esprit, plus d'idées et de souvenirs que jamais auparavant. Elle ne se souvenait plus de grand-chose, tant elle était égarée dans tout cet assortiment de sentiments. Alors elle courait. C'est tout ce qu'elle pouvait faire après avoir déversé tant de larmes. Courir, courir et courir encore. Plus vite, plus longtemps. Courir et arriver enfin.

Arrivée où ? Elle ne savait toujours pas, mais elle sentait qu'elle était bel et bien arrivée là où quelqu'un l'attendait. Non pas une personne physique, mais une partie d'elle se sentait accueillie ici. Elle ne savait pas où elle était, mais elle était apaisée.

Tranquille, elle s'endormit sur ce qui lui semblait être un carré d'herbe. Exténuée par toutes ces larmes et toute cette course, elle dormit longtemps. Elle rêva, mais elle ne se souvint de rien. Sauf d'un détail : elle se souvenait d'avoir vu un papillon mort. Un tout petit papillon rouge, très nacré, éteint au milieu d'une route.

L'aube d'un apaisement

Quand elle se réveilla, la mer surplombait l'horizon. Elle avait couru très loin. L'odeur était salée, juste assez. Elle se souvint alors de cette partie d'elle, morte hier, qui aimait cette phrase : « just a drop of water in an endless sea ». Elle comprit qu'elle s'était rendue jusque-là pour comprendre ces larmes qu'elle avait versées.

Une portion d'elle s'était éteinte la veille. Elle marcha longtemps sur ce chemin qu'elle n'avait pas vu la veille. Elle comprenait. Elle marcha des heures durant sans pour autant se rendre compte de ce temps qui passait. Pour la première fois depuis qu'une partie d'elle était morte, elle voulut ne pas sentir ce temps qui passait. Simplement l'apprécier et le voir tel qu'il était.

Elle vit une étincelle par terre. Elle s'approcha et fut rassurée. Ce n'était que l'aile d'un papillon rouge au milieu de la route, éteinte, éclairée par un rayon de soleil…

As-tu aimé cet article ?
laulo
16 articles 0 abonnés

Commentaires (2)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires