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Essais

A la fenêtre

Une fille enfermée, hantée par ses amours impossibles. Un garçon devant sa porte, prêt à tout lui avouer. Deux cœurs qui s'aiment en secret sans jamais se l'avouer.

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Elle regarde le mur qui se trouve face à elle avec attention. Il n'y a rien à la télé, pour une fois. Enfin, rien qu'elle n'a pas déjà vu : que des rediffusions cet après-midi. Elle regarde encore et encore ces photos, accrochées au mur du fond, puis tourne la tête vers celui de droite et enfin celui de gauche. Malgré l'obscurité, elle scrute ce mur. Même si elle le connaît par cœur, elle vérifie, pour la millième fois, que chaque photo y est. Tous ces visages qui la regardent, qui se posent sur elle, c'est si doux, si tendre. Ça comblerait presque ce manque de douceur réelle.

Comment a-t-elle pu tomber amoureuse de lui, d'eux, de tous ces hommes ? Elle le sait pourtant, qu'elle n'a aucun espoir, qu'elle n'en avait aucun. En aura-t-elle un jour ? Pour ne pas s'y risquer, elle refuse de sortir, de voir quelqu'un de nouveau. Avant, elle regardait encore par la fenêtre, mais maintenant, c'est devenu trop dangereux de voir tous ces gens qu'elle ne reverra jamais passer en bas de ce minuscule appartement. Pourquoi, se répète-t-elle chaque seconde de sa terrible existence, pourquoi faut-il que j'aime l'inaccessible ? Chaque homme qu'elle a aimé, chaque corps, chaque esprit, n'avait ne serait-ce qu'une chance de finir en accord avec elle, son corps et son esprit.

Elle se souvient si bien de ses yeux bleus, pâles, rieurs, qui semblaient illuminer tout ce qui passait devant eux. Elle revoit son sourire, si franc et si beau, si tendre et si dur... Son nez, parfait, légèrement retroussé... Tout son visage dont chaque trait était parfait. Elle s'était juré de ne pas tomber amoureuse de lui, juré, promis, mais non, il était si beau, si drôle, si arrogant, si parfait ! Mais à la fois si imparfait, car ce qu'elle aimait chez lui, c'était ces choses qui le rendaient inaccessible : son égoïsme, sa froideur souvent, et toujours cette arrogance, qui lui donnait un charme unique. Elle n'avait pas le droit de l'aimer, elle qui passait son temps à dire qu'il était ridicule, odieux, et tout simplement haïssable. Mais c'est si facile de dire ça, de mentir. Mais il était si intelligent... Elle aurait tant voulu qu'il l'aime... Et ce fut la dernière personne dont elle tomba amoureuse, avant de s'enfermer ici.

Il regarde la porte, et attend. Pourquoi est-il venu ? Il sait bien qu'elle ne le supporte pas, qu'elle le hait. Mais il l'aime, il aime sa franchise et sa folie... Mais sa douceur aussi, son regard qui se plante dans le sien quand ils se croisent... Cette beauté si unique, cette intelligence, cet humour... Que dira-t-elle ? Non, il ne peut pas risquer. Elle est inaccessible, il a tort d'espérer la revoir. Il est déjà venu jusqu'ici souvent, et il regarde la fenêtre. Il sait exactement où elle habite, et il attend, souvent plusieurs minutes, avant de retourner au reste, aux autres, à cette réalité si dure, à sa vie sans elle.

Mais cette fois, il a vraiment envie de la voir. D'ailleurs, il ne s'est pas contenté de rester devant l'immeuble. Non, il est devant sa porte. Il croit entendre sa voix, sentir son souffle, battre son cœur à travers ce morceau de bois. Combien de mètres les séparent ? Et si elle était juste derrière la porte ? Il sent la peur l'envahir. Non, elle ne veut pas le voir, elle ne le supporte pas. Elle a raison de le détester. Il est détestable. Mais elle aussi, à sa façon. Elle est si cassante, et arrogante. Et quand elle trouve ta faille, ton défaut, elle peut te mépriser si rapidement, si fortement.

Elle était si différente des autres. Un jour, qui lui semble si proche, mais qui ne l'est plus, elle lui avait parlé longtemps, ce qui était rare, car ils n'étaient pas vraiment amis. Il se souvient qu'elle en était venue à lui parler de ses sentiments, d'elle-même, de sa douleur quotidienne due à ces sentiments. Puis il l'avait regardée, vraiment, et pour la première fois avait vu dans son regard cette douleur. C'est ce jour-là qu'il a compris qu'il l'aimait, mais jamais il n'a osé lui dire. Et quand la dernière année dans ce collège est arrivée, elle a disparu de sa vie.

Voilà longtemps de cela. Mais il ne l'a jamais oubliée. Il ne peut pas. Et là, devant cette porte, plus rien ne lui importe, à part elle. Peu importe sa vie, son travail, cette fille qu'il a rencontrée il y a des mois, et qui prétend l'aimer. Non, ce qu'il veut, c'est cette fille-là. Celle qui est derrière la porte sur laquelle il vient de frapper trois grands coups. Il ferme les yeux. Oui, ce sont bien des bruits de pas, et ça, c'est sa main qui tourne le verrou et... La porte qui s'ouvre... Enfin.

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Marine Chiu @chiumounou
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