
Comme tous les samedis, j'allais voir mes amis au skatepark. Elise, Manu et Etienne étaient assis en haut de la rampe verticale. Elise, qui ne faisait pas de skate, contemplait, fière et admirative, son petit ami Etienne qui avait pris sa board pour slider sur une barre.
Après avoir bédavé un peu, Etienne nous proposa de faire une soirée vidéo chez lui — ses parents n'étaient pas là. Sur le chemin de sa maison, il ralluma un autre joint. Je lui rappelai qu'il fallait tout de même penser à son cœur. Il ne dit rien : il s'en foutait, comme d'habitude depuis qu'il fumait.
Une fois arrivés chez lui, il ouvrit la porte et nous montâmes dans sa chambre. Il roula un pétard, s'étala sur son lit et l'alluma. Le film n'était pas très passionnant, on discutait. Au fil des heures, les bédos s'enchaînaient.
Une fois bien défoncé, vers 3h00, Etienne se leva lentement et se dirigea vers la salle de bain. C'est à ce moment qu'on entendit un bruit sourd provenant de la pièce voisine. Je me levai rapidement pour voir ce que c'était. Elise, curieuse, m'avait suivie. Lorsque j'arrivai sur le seuil de la porte, je vis, allongé sur le carrelage froid, le corps inerte d'Etienne. Elise poussa un hurlement strident. Manu nous rejoignit et, en voyant son meilleur ami, resta stupéfait.
Je décidai immédiatement d'appeler le SAMU. Les minutes s'écoulaient et l'angoisse montait. Les ambulanciers arrivèrent enfin et, sous nos yeux encore bouleversés, transportèrent Etienne aux urgences. Sans aucune concertation, comme si quelqu'un nous poussait, nous suivîmes les traces de l'ambulance à travers la ville.
À l'hôpital, ils nous dirent qu'il était en salle d'opération. Les heures passaient. Il était peut-être 9h00 quand le médecin qui s'était occupé de lui vint nous parler. Il nous expliqua ce qui était arrivé : son cœur avait lâché et, avec beaucoup d'hésitation, il nous annonça la mauvaise nouvelle. Ces paroles résonnaient en écho dans ma tête. Elise s'effondra sur moi en pleurant. Manu tourna ses yeux vers moi et dit : « Alors, c'est la fin ? » puis il mit sa tête dans ses mains. Nous n'étions maintenant plus que trois et tout s'effondrait autour de nous.
Quand je suis rentrée chez moi ce jour-là, il n'y avait personne, comme d'habitude. Je montai les marches de l'escalier d'un pas lourd. Une fois arrivée dans ma chambre, je tombai de fatigue sur mon lit. Des larmes coulaient sur mes joues. Il fallait que je m'y fasse à présent : aujourd'hui, jour de mon anniversaire, je venais de perdre un de mes meilleurs amis, Etienne.
Aujourd'hui, cela fait deux ans qu'Etienne est mort. Comme tous les jours, Manu, Elise et moi passons devant le cimetière où il a été enterré. Manu baisse la tête, Elise verse une larme et moi je repense à ce garçon qu'il était avant la drogue : un garçon simple qui savait dire les choses qu'on dit à sa copine, qui délirait avec son meilleur ami et qui me disait à moi, la plus jeune du groupe, qu'il ne fallait jamais tomber dans l'engrenage mortel de la drogue.