La tour Eiffel dominant le Champ-de-Mars, un symbole de Paris confronté au réchauffement.
Environnement

Paris = Bordeaux 1995 : l'été va devenir invivable, comment survivre

Paris vit désormais les étés de Bordeaux en 1995, avec +2,3°C, nuits tropicales, transports en fournaise et logements étouffants.

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Les températures de Paris sont devenues celles de Bordeaux d'il y a trente ans. Ce n'est pas une impression ni une métaphore : c'est le résultat des nouvelles normales de saison publiées par Météo-France, qui montrent un glissement climatique déjà consommé sous nos yeux. Avec un réchauffement de 2,3°C par rapport à l'ère préindustrielle, la capitale vit désormais des étés que le Sud-Ouest connaissait au milieu des années 1990. Nuits tropicales, transports en fournaise, logements sous les toits transformés en étuves : cet été ne sera pas une anomalie, mais un avant-goût de ce qui nous attend. 

La tour Eiffel dominant le Champ-de-Mars, un symbole de Paris confronté au réchauffement.
La tour Eiffel dominant le Champ-de-Mars, un symbole de Paris confronté au réchauffement. — Taxiarchos228 / CC BY 3.0 / (source)

Paris a rattrapé Bordeaux : l'étude qui prouve que ton été a déjà basculé

Le 26 juin 2026, le journal Le Figaro publie une analyse qui fait l'effet d'une douche froide : en comparant les normales de saison — ces moyennes calculées sur trente ans qui servent de référence météo —, le climat actuel de Paris correspond exactement à celui de Bordeaux au milieu des années 1990. L'auteur, Horia Mustafa Douine, détaille comment les moyennes du sud du pays sont devenues celles de la moitié nord. L'épisode de chaleur que traverse la France dépasse déjà les records de la canicule de 2003. Ce n'est plus une projection lointaine : c'est un rattrapage accompli.

Pourquoi les normales de saison ne sont plus un repère fiable

Les normales de saison, ce sont ces moyennes calculées sur trente ans qui permettent de dire si un mois est « plus chaud que la normale » ou « plus sec que d'habitude ». Sauf que quand le climat bouge aussi vite, ces repères deviennent obsolètes avant même d'être publiés. L'Agence Parisienne du Climat (APC) le confirme : le climat parisien s'est réchauffé de 2,3°C par rapport à la période préindustrielle. Ce chiffre n'est pas abstrait. Il signifie que les étés que tes parents ont connus dans leur enfance — avec des canicules exceptionnelles, pas annuelles — sont devenus la norme. 

Évolution des températures à Paris de 1850 à 2024, montrant un réchauffement marqué.
Évolution des températures à Paris de 1850 à 2024, montrant un réchauffement marqué. — Ed Hawkins / CC BY 4.0 / (source)

Pour les prévisions météo, c'est un casse-tête. Les modèles sont calibrés sur des données historiques qui ne reflètent plus la réalité. Pour les logements, c'est pire : les normes de construction, les systèmes de chauffage, l'isolation thermique — tout a été pensé pour un climat qui n'existe plus. Un appartement parisien bien conçu en 1990 est aujourd'hui sous-dimensionné pour l'été. Le +2,3°C, ce n'est pas juste une ligne sur un graphique : c'est la différence entre une nuit où tu dors et une nuit où tu tournes en rond.

Le mouvement de translation des climats vers le nord s'accélère

Paris n'est pas un cas isolé. Une analyse précédente de Météo-France, relayée par le HuffPost, montrait déjà qu'en comparant les moyennes 1960-1990 et 1991-2020, il fait aujourd'hui à Lyon la même chaleur qu'à Montélimar il y a trente ans. Strasbourg, elle, a adopté les températures lyonnaises des années 1960. Simon Mittelberger, climatologue à Météo-France, résume le phénomène : « Dans les années 1960, 5 % du territoire était touché par la sécheresse ; aujourd'hui, c'est 10 %. » La France connaissait 1,7 jour de vague de chaleur par an avant 1989, contre bien davantage aujourd'hui. Le mouvement de translation des climats vers le nord est en marche, et il s'accélère.

L'accélération est frappante. Selon le sixième rapport du GIEC, la France métropolitaine se réchauffe de 0,1°C tous les trois ans sur la dernière décennie. À ce rythme, les repères d'aujourd'hui seront caducs dans moins d'une génération. Paris n'est que le symbole le plus frappant d'un mouvement qui touche tout le pays.

Paris sous 20 nuits tropicales par an : le sommeil sacrifié

Passer de zéro nuit à plus de vingt nuits par an où la température ne descend pas sous 20°C, ça change tout. Pour les 16-25 ans, la perte de sommeil est l'effet le plus immédiat et le plus anxiogène d'une canicule. Ce n'est pas juste une question de confort : c'est une question de santé mentale et physique. 

Une pharmacie parisienne affichant 36,5°C lors de la canicule de juin 2022.
Une pharmacie parisienne affichant 36,5°C lors de la canicule de juin 2022. — Daieuxetdailleurs / CC BY-SA 4.0 / (source)

Les données de l'APC sont sans appel. À la fin du XIXe siècle, les nuits tropicales — définies par une température nocturne minimale supérieure à 20°C — étaient quasi inexistantes à Paris. Aujourd'hui, on en compte déjà plusieurs par an. D'ici 2050, selon le scénario SSP2 de La Chaîne Météo, ce chiffre pourrait dépasser les 20 nuits par an. Pour les jeunes actifs et étudiants qui vivent dans des logements mal isolés, c'est une perspective terrifiante.

Pourquoi ton cerveau ne déconnecte plus quand il fait 24°C la nuit

Quand la température nocturne ne descend pas sous 20°C, le corps ne récupère pas. Le mécanisme est bien connu des physiologistes : le sommeil paradoxal — celui qui permet la consolidation de la mémoire et la régulation émotionnelle — est perturbé dès que la température ambiante dépasse 24°C. Le cortisol, hormone du stress, reste élevé. Le système nerveux ne se met jamais vraiment en mode « repos ».

Les conséquences sont directes : irritabilité, baisse des performances scolaires ou professionnelles, risque accru de coups de chaleur nocturnes. Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France, cité par Le Monde en 2024, résume le phénomène : « On constate une multiplication de ces épisodes dans le Sud et une remontée très nette du phénomène vers le nord de la France. Plus aucune région n'est à l'abri. » En 2022, Nice a connu 104 nuits tropicales dont 69 de suite. Marseille, 28 nuits d'affilée à plus de 20°C. Entre 1943 et 1952, Nice n'avait que 22 nuits tropicales par an en moyenne ; depuis 2015, jamais moins de 70. Voilà ce qui attend Paris si rien ne change.

L'îlot de chaleur urbain : la cuvette parisienne aggrave tout

Paris est une cuvette thermique. La pierre, le bitume et le zinc emmagasinent la chaleur le jour et la relâchent la nuit. L'APC mesure un écart qui peut dépasser 10°C entre un quartier dense comme la place de la République et un parc comme Montsouris ou Boulogne lors des nuits caniculaires. Dix degrés d'écart entre deux points de la même ville, c'est énorme. C'est la différence entre une nuit supportable et une nuit infernale.

Les cartes de l'APC montrent clairement les zones les plus exposées : les quartiers populaires de l'Est et du Nord, moins végétalisés, plus denses, avec des logements mal isolés. L'Ouest parisien — Passy, Auteuil, les bois — bénéficie d'un microclimat plus clément grâce à la végétation et à l'urbanisme plus aéré. L'îlot de chaleur urbain n'est pas un phénomène naturel : c'est le résultat direct de choix d'urbanisme qui favorisent le bitume plutôt que les arbres.

Place de la République vs Parc Monceau : la carte des 10°C d'écart

Tout le monde ne vit pas la canicule de la même manière. À Paris, l'inégalité climatique est d'abord une inégalité sociale. Les quartiers populaires de l'Est — Belleville, Ménilmontant, la Goutte d'Or — sont des fournaises. Les rues étroites, la minéralisation extrême, l'absence de grands parcs à proximité transforment ces zones en radiateurs géants. À l'inverse, l'Ouest parisien, avec ses avenues arborées et ses immeubles haussmanniens bien isolés, reste plus frais. !PROTECTED_3

L'APC le confirme : Paris est la capitale européenne avec l'indice de risque de surmortalité le plus élevé en cas de fortes chaleurs. Ce n'est pas un hasard. C'est le résultat d'une urbanisation qui a privilégié la densité sans penser au confort thermique.

Le Champ-de-Mars à Paris, un espace vert emblématique de la capitale, témoin des changements climatiques.
Le Champ-de-Mars à Paris, un espace vert emblématique de la capitale, témoin des changements climatiques. — Another one of my pictures: This photograph was taken by Medium69 (William Crochot) and released under the license stated below. You are free to use it for any purpose as long as you credit the author / CC BY-SA 4.0 / (source)

Pourquoi l'Est parisien est un radiateur géant

Belleville, Ménilmontant, la Goutte d'Or : ces quartiers cumulent les handicaps thermiques. Les rues sont étroites, mal ventilées. Les façades en pierre de taille emmagasinent la chaleur. Les toits en zinc — typiques de Paris — chauffent vite et refroidissent mal. Les cours intérieures, quand elles existent, sont souvent bitumées et sans végétation. Le bitume, lui, absorbe jusqu'à 95 % du rayonnement solaire et le restitue la nuit.

Les parcs sont rares. Quand on habite près de la place de la République, le parc le plus proche est à vingt minutes à pied. Les arbres, quand ils existent, sont souvent malades ou taillés trop sévèrement. La canopée parisienne — le couvert végétal qui protège du soleil — est très inégalement répartie. L'Est de Paris compte deux à trois fois moins d'arbres que l'Ouest. Cette inégalité se voit sur les cartes thermiques de l'APC : les zones rouges correspondent systématiquement aux quartiers populaires.

La double peine des logements sous les toits

Pour un étudiant ou un jeune actif, le logement est souvent une chambre de bonne sous les toits ou un studio mal isolé dans un immeuble ancien. Le zinc parisien est un piège thermique : il chauffe vite le jour et ne refroidit que très lentement la nuit. Dans une chambre sous les toits, la température intérieure peut dépasser les 40°C en plein après-midi, même avec les volets fermés.

Les solutions sont limitées. Installer une climatisation ? Compliqué dans un immeuble classé ou soumis à des règles de copropriété strictes. Un ventilateur ? Utile, mais inefficace au-delà de 35°C. La loi Carrez, qui protège les locataires, ne prévoit pas de température maximale à respecter dans un logement. Résultat : des milliers de jeunes passent l'été à dormir dans des conditions indignes, sans recours légal.

Métro ligne 13, RER B : 40°C sous terre, le quotidien des Franciliens

La chaleur ne s'arrête pas au logement. Pour un jeune actif ou étudiant, les transports en commun sont le deuxième enfer quotidien. La ligne 13 du métro, le RER B, la ligne 4 : ces axes saturés deviennent des pièges thermiques lors des pics de canicule. Les quais bondés, l'absence de climatisation sur les lignes historiques, la température qui dépasse les 35-40°C — l'expérience est physique et épuisante.

L'APC et La Chaîne Météo alertent sur le risque de malaise vagal : hypotension, déshydratation, perte de connaissance. Les jeunes, souvent debout dans des rames bondées, sont les premières victimes. La RATP a promis des améliorations, mais le retard est considérable.

Le piège thermique des transports franciliens

L'expérience sensorielle est la même pour des milliers de Franciliens chaque été : tu descends dans le métro, tu sens l'air chaud qui remonte des quais, tu entres dans une rame où la température est plus élevée qu'à l'extérieur. Sur la ligne 13, la plus chargée d'Europe, les rames anciennes ne sont pas climatisées. Le RER B, qui dessert les banlieues nord et sud, est dans le même cas. 

La tour Eiffel et le Champ-de-Mars, avec La Défense en arrière-plan.
La tour Eiffel et le Champ-de-Mars, avec La Défense en arrière-plan. — Wladyslaw (Taxiarchos228) / CC BY 3.0 / (source)

L'effet « soufflerie chaude » — quand l'air brassé par le passage des rames est déjà chaud — aggrave la sensation. Les quais deviennent des couloirs de chaleur. Les risques de malaise augmentent avec la durée du trajet. Pour un étudiant qui habite à Saint-Denis et étudie à Censier, le trajet quotidien peut dépasser une heure dans des conditions proches de l'insupportable.

Le cocktail caniculaire qui irrite les poumons

La canicule ne se limite pas à la chaleur : elle aggrave la pollution de l'air. Les fortes températures transforment les polluants primaires — les oxydes d'azote (NOx) émis par les voitures et les camions — en ozone (O3), un gaz irritant pour les voies respiratoires. Les pics d'ozone sont systématiques lors des épisodes caniculaires.

Pour un jeune sportif ou asthmatique, faire du vélo ou attendre le bus en plein épisode caniculaire est un risque direct. Les recommandations officielles — « ne pas sortir aux heures les plus chaudes », « éviter les efforts physiques intenses » — sont difficiles à suivre quand on vit en banlieue et qu'on doit se déplacer pour travailler ou étudier.

Sans clim et sans budget : le guide des refuges gratuits pour survivre à l'été

Après le constat anxiogène, place aux solutions concrètes. Pour les jeunes qui n'ont pas les moyens d'installer une climatisation ou de fuir le week-end, il existe des refuges gratuits ou à petit prix.

La carte des îlots de fraîcheur qui ne coûtent rien

Les piscines parisiennes sont des oasis. La piscine Joséphine Baker, avec son bassin extérieur sur la Seine, est un classique. La piscine Georges Vallerey, dans le 20e, propose un bassin de 50 mètres à l'air libre. Les fontaines Wallace — ces fontaines vertes emblématiques de Paris — offrent de l'eau potable gratuite, mais attention : elle n'est pas fraîche. Mieux vaut apporter une gourde et la remplir régulièrement.

L'APC et la Ville de Paris ont cartographié les « îlots de fraîcheur » : parcs, squares, jardins publics où la température est inférieure de plusieurs degrés au reste de la ville. Les parcs ouverts la nuit — Buttes-Chaumont, Monceau, Champ de Mars — permettent de dormir dehors lors des nuits les plus chaudes.

Les oasis climatisés méconnus

Les lieux culturels climatisés sont des refuges précieux. Le Studio 13/16 du Centre Pompidou est un exemple parfait pour la tranche 13-25 ans : ateliers, jeux, wifi, clim — tout est gratuit. Les médiathèques (François Mitterrand, Beaubourg, les bibliothèques d'arrondissement) sont climatisées et ouvertes à tous.

Les cimetières parisiens — Père Lachaise, Montparnasse, Passy — sont des poumons verts méconnus. Leur végétation dense, leurs allées ombragées et leur silence en font des havres de fraîcheur surprenants. La petite ceinture, cette ancienne voie ferrée transformée en promenade, est aussi une piste intéressante.

Les nouvelles habitudes anti-canicule des jeunes

Les comportements changent. De plus en plus de jeunes actifs organisent leur été autour de la chaleur : départ le vendredi soir pour rejoindre la province ou la famille, télétravail depuis une ville plus fraîche, sieste en journée et vie nocturne décalée.

Ceux qui peuvent fuir le font. Les autres subissent. Le confort d'été devient un marqueur social : avoir les moyens de partir, d'installer une clim, de vivre dans un quartier arboré — c'est un privilège. Les jeunes en stage, en alternance ou en CDD précaire n'ont souvent pas cette chance.

Paris 2050 : ton quotidien aura le climat de Séville si on ne change rien

Projetons-nous en 2050. Tu auras entre 40 et 50 ans. À quoi ressemblera ton été parisien ? Les projections les plus sérieuses — celles de La Chaîne Météo et de Météo-France — dessinent un horizon crédible, et il n'est pas réjouissant.

Selon le scénario SSP2 (le plus probable aujourd'hui), la température moyenne à Paris aura augmenté de +1,5°C d'ici 2050 par rapport à la période 1976-2005. L'été subira le réchauffement le plus fort : +1,9°C. Les jours de fortes chaleurs (plus de 35°C) passeront de 1 à 3 par an. Les vagues de chaleur, de 3 à 8 jours par an. Les nuits tropicales, jusqu'à 20 jours par an. Le climat de Paris pourrait ressembler à celui de Séville ou de Canberra.

Les projections qui donnent le vertige

Vue cavalière de Bordeaux en 1899, lithographie de Hugo d'Alesi, montrant un port animé.
Vue cavalière de Bordeaux en 1899, lithographie de Hugo d'Alesi, montrant un port animé. — Hugo d’Alesi / Public domain / (source)

An analysis published by Le Figaro in June 2025 validated these forecasts: a general temperature increase of +2°C by 2050, with an even more pronounced warming in France projected at +2.7°C compared to the 1976–2005 baseline. In some areas, there could be over 20 days exceeding 35°C and roughly a hundred tropical nights each year.

Ces chiffres sont vertigineux. Ils signifient que l'été parisien de 2050 n'aura plus rien à voir avec celui d'aujourd'hui. Les nuits seront chaudes, les journées étouffantes, les canicules fréquentes et longues. Le problème, c'est que ces projections sont souvent sous-estimées : le GIEC a tendance à être conservateur, et les modèles peinent à intégrer les rétroactions positives (fonte des glaces, libération de méthane, etc.).

Le plan de Paris est-il crédible face à l'urgence ?

La Mairie de Paris a annoncé des mesures : plan canopée (végétalisation des rues), Cours Oasis (cours d'école désimperméabilisées), toits végétalisés, fontaines, peinture blanche réfléchissante sur les toits. L'objectif est de réduire l'îlot de chaleur urbain et d'améliorer le confort thermique.

Mais ces mesures sont-elles crédibles face à l'urgence ? Le rythme de plantation est lent. Les arbres mettent des années à pousser et à offrir de l'ombre. Les sécheresses à répétition menacent leur survie. Les Cours Oasis, si elles sont une bonne idée, ne couvrent qu'une petite partie du territoire. L'APC le rappelle : pour être efficace, la ville doit planter massivement, casser le bitume, réfléchir à la couleur des toits et à l'orientation des bâtiments.

Le coût psychologique de l'été qui brûle : anxiété, colère et éco-anxiété chez les jeunes

Au-delà des chiffres et des solutions pratiques, il y a une réalité moins visible mais tout aussi lourde : l'impact psychologique de ces étés qui se dégradent. Pour les 16-25 ans, la canicule n'est pas qu'une gêne physique. C'est une source d'angoisse qui s'installe dès les premiers beaux jours et qui ne disparaît pas quand la température redescend.

Les études en psychologie environnementale commencent à documenter ce phénomène. L'éco-anxiété, ce sentiment persistant d'impuissance face à l'effondrement climatique, trouve dans les canicules un déclencheur concret. Un jeune qui passe l'été à suffoquer dans une chambre sous les toits, à subir des transports en commun surchauffés, à voir les arbres du quartier dépérir — il ne développe pas seulement une aversion pour la chaleur. Il intègre l'idée que son environnement devient hostile et que personne n'agit assez vite pour le protéger.

Quand la chaleur devient un déclencheur d'angoisse saisonnière

Le cycle est bien connu des psychologues cliniciens : dès que le mercure dépasse 30°C, certains patients voient leur anxiété grimper. Les symptômes sont variés : troubles du sommeil qui empirent, irritabilité accrue, difficultés de concentration, sensation d'étouffement. Pour les jeunes qui vivent seuls ou loin de leur famille, sans refuge climatisé ni budget pour s'échapper, ce stress saisonnier peut virer à la détresse chronique.

Les réseaux sociaux amplifient le phénomène. Chaque été, les mêmes images de thermomètres affolés, de rames de métro bondées et de rues vidées par la chaleur tournent en boucle. Les jeunes se retrouvent pris dans une boucle d'information où l'alerte météo devient un fond sonore permanent, sans perspective d'amélioration.

La colère aussi est une réponse fréquente. Colère contre les pouvoirs publics qui tardent à végétaliser, contre les propriétaires qui ne rénovent pas, contre une société qui continue d'émettre du CO₂ comme si de rien n'était. Cette colère, si elle est légitime, peut aussi isoler.

L'été comme marqueur d'inégalité : ceux qui peuvent fuir, ceux qui restent

Le confort d'été est devenu un marqueur social aussi discriminant que le logement ou l'alimentation. Ceux qui ont les moyens partent en week-end, installent une climatisation réversible, vivent dans un quartier arboré de l'Ouest parisien. Les autres subissent.

Pour un étudiant boursier logé en cité U ou en chambre de bonne, l'été est une épreuve. Pas de clim, pas de jardin, pas de budget pour s'offrir une piscine ou un cinéma climatisé tous les jours. Les solutions de refuge gratuit — médiathèques, parcs, centres commerciaux — sont limitées et souvent éloignées du domicile.

Cette inégalité a des conséquences concrètes sur la santé et les études. Un jeune qui dort mal pendant plusieurs semaines voit ses résultats scolaires ou professionnels chuter. Les examens de rattrapage, les stages d'été, les jobs saisonniers deviennent des calvaires quand on cumule chaleur et fatigue.

Les solutions individuelles — climatisation mobile, ventilateur, rideaux occultants — ont un coût. Une clim portable coûte entre 300 et 800 euros, sans compter l'électricité. Un ventilateur, moins cher, reste inefficace au-delà de 35°C. Pour les budgets serrés, ces dépenses sont inaccessibles.

Conclusion : transformer l'angoisse en action face à l'été qui brûle

La normalisation discrète du réchauffement est la plus grande menace silencieuse pour la santé des jeunes. On s'habitue aux nuits chaudes, aux alertes canicule, aux pics de pollution. Cette adaptation n'est pas une solution : c'est un symptôme. Le vrai danger, c'est l'inaction.

L'inquiétude grandit d'été en été, mais la répétition des épisodes caniculaires les rend presque banals. On ne s'étonne plus d'avoir 35°C en juin. On ne s'alarme plus des nuits tropicales. Cette normalisation est insidieuse : elle abaisse notre seuil d'alerte et rend l'action collective moins urgente. Pourtant, chaque dixième de degré compte. Chaque nuit chaude supplémentaire est un stress pour l'organisme.

Face à ce constat, certains jeunes choisissent de ne pas subir passivement. Des collectifs citoyens se montent dans les quartiers populaires pour cartographier les îlots de fraîcheur, organiser des systèmes d'entraide (prêt de ventilateurs, covoiturage vers les parcs), interpeller les élus locaux sur l'urgence de végétaliser.

S'informer sur les projections climatiques et les plans d'adaptation de sa ville est un premier pas. L'APC publie régulièrement des données sur l'évolution du climat parisien. Les conseils de quartier sont des espaces où les jeunes peuvent faire entendre leur voix. Voter aux élections municipales en ayant en tête les enjeux de rafraîchissement urbain, c'est aussi un acte politique concret.

L'action collective est plus efficace que la culpabilité individuelle. Exiger des comptes sur le rythme de plantation des arbres, sur la rénovation thermique des logements étudiants, sur la climatisation des transports en commun — ce sont des combats qui ont un impact direct sur la qualité de vie des jeunes. La canicule n'est pas une fatalité météo : c'est le résultat de choix politiques et urbains. Et ces choix, on peut les influencer.

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Questions fréquentes

Paris a-t-il le climat de Bordeaux en 1995 ?

Oui, selon Météo-France, les températures actuelles de Paris correspondent à celles de Bordeaux au milieu des années 1990, avec un réchauffement de 2,3°C par rapport à l'ère préindustrielle.

Combien de nuits tropicales par an à Paris en 2050 ?

D'ici 2050, Paris pourrait dépasser 20 nuits tropicales par an (température nocturne minimale supérieure à 20°C), contre quasiment zéro à la fin du XIXe siècle.

Pourquoi les logements sous les toits sont-ils invivables l'été ?

Les toits en zinc emmagasinent la chaleur, ce qui peut faire dépasser 40°C dans une chambre sous les toits l'après-midi, même volets fermés. La loi Carrez ne prévoit aucune température maximale légale.

Où trouver des refuges gratuits contre la chaleur à Paris ?

Les piscines, les parcs ouverts la nuit (Buttes-Chaumont, Monceau), les médiathèques climatisées et les cimetières (Père Lachaise) sont des îlots de fraîcheur gratuits. Le Studio 13/16 du Centre Pompidou offre clim et activités pour les 13-25 ans.

Quel écart de température entre l'Est et l'Ouest parisien ?

L'îlot de chaleur urbain crée un écart pouvant dépasser 10°C entre des quartiers denses comme la place de la République et des parcs comme Montsouris, les quartiers populaires de l'Est étant les plus exposés.

Sources

  1. Comment le climat va-t-il évoluer dans votre région ? · lemonde.fr
  2. actualite.lachainemeteo.com · actualite.lachainemeteo.com
  3. apc-paris.com · apc-paris.com
  4. Climat de la France — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  5. huffingtonpost.fr · huffingtonpost.fr
future-tech
Elise Foubot @future-tech

Je suis fascinée par tout ce qui n'existe pas encore. Ingénieure IA dans une startup parisienne, je passe mes journées à entraîner des modèles et mes soirées à lire des papers sur arXiv. Je suis l'intelligence artificielle depuis GPT-2, bien avant que ce soit mainstream. Optimiste technophile mais pas naïve : je sais que la tech peut tout améliorer comme tout casser. Mon job, c'est de faire pencher la balance du bon côté.

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