Le Bac : une simple formalité ?
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Le Bac : une simple formalité ?

Symbole de l'éducation française, le bac voit sa valeur remise en question. Entre objectifs politiques et sélection différée à l'université, ce diplôme perd-il son sens ?

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Passage obligé pour accéder à l'enseignement supérieur, le baccalauréat traverse aujourd'hui une crise identitaire majeure. Longtemps considéré comme le premier grade universitaire et un sésame incontournable pour l'emploi, il est aujourd'hui perçu par certains comme une simple formalité administrative. Son obtention dépendrait désormais moins du mérite individuel et de la rigueur du travail que des impératifs politiques et des objectifs chiffrés de réussite fixés à l'avance par le ministère de l'Éducation nationale.

Pourquoi le bac a-t-il perdu de sa valeur ?

Plusieurs facteurs ont contribué à dévaluer ce diplôme historique. D'abord, l'extension massive des effectifs dans l'enseignement secondaire a modifié la donne. Ensuite, le croyance collective selon laquelle la possession du bac est le moyen le plus sûr d'accéder à un emploi stable a poussé les familles à investir massivement dans cette voie.

Enfin, et surtout, une volonté politique affichée a bouleversé les règles du jeu. En 1985, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Pierre Chevènement a fixé l'objectif d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat. Si cet objectif visait à élever le niveau général de formation, il a eu pour effet collatéral d'introduire une confusion inquiétante sur le statut et les exigences de cet examen. Le diplôme a peu à peu perdu son caractère sélectif pour devenir un certificat de fin d'études secondaires.

Le prestige du baccalauréat a donc atteint son paroxysme il y a plusieurs décennies. Auparavant, le bachelier pouvait prétendre à des postes qualifiés ou s'orienter directement vers la vie active ; aujourd'hui, ce scénario est devenu impensable, à l'exception de quelques filières techniques très spécifiques comme les BTS.

Qu'est-ce que la sélection différée à l'université ?

Paradoxalement, la massification de l'obtention du bac n'a pas supprimé la sélection, elle l'a simplement déplacée. Aujourd'hui, « avoir le bac » n'est plus un critère suffisant pour garantir une réussite académique : avec un taux de réussite avoisinant les 80 % en filière générale, le diplôme ne joue plus son rôle de filtre initial.

La sélection s'opère donc désormais directement en faculté ou dans les concours des grandes écoles. En premier cycle universitaire, la réalité est brutale : à peine 50 % des étudiants d'une promotion sont admis en deuxième année. Les examens de fin de premier semestre, souvent redoutés, ressemblent davantage à des concours « déguisés » qu'à de simples contrôles de connaissances. Face à cette sélection différée, beaucoup d'étudiants se retrouvent en échec, faute d'avoir acquis les méthodes de travail requises au lycée.

Toutefois, il est important de nuancer ce tableau sombre : une personne qui travaille régulièrement, s'investit dans ses cours et adopte une méthode rigoureuse peut parfaitement réussir en faculté. La question qui demeure en suspens est de savoir à quoi sert réellement la banalisation du baccalauréat, si la sélection existe toujours et qu'elle s'opère simplement plus tard, parfois au prix d'une désillusion pour les jeunes.

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lolotte
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