Homme d'affaires d'une cinquantaine d'années en costume-cravate, assis à un bureau dans un immeuble moderne avec vue panoramique sur Paris, regard confiant et déterminé, portrait en plan américain
Éducation

Grandes écoles, 15 ans de boîte… La vraie recette pour devenir patron du CAC 40

Polytechnique, HEC ou l'ENA, 15 ans de loyauté et un passage par le poste de numéro deux : l'étude Heidrick & Struggles dévoile le portrait-robot implacable du patron du CAC 40, mais aussi les rares brèches (autodidactes, experts techniques…)

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Les résultats des concours des grandes écoles tombent en cette fin juin 2026. Pour des milliers d'étudiants, c'est l'angoisse. Pour les quelques centaines admis à Polytechnique, HEC ou l'ENA, une voie royale s'ouvre. Pour les autres, une question taraude : comment accède-t-on vraiment au sommet des plus grandes entreprises françaises ? La réponse, compilée par le cabinet Heidrick & Struggles dans sa treizième édition de l'étude « Route to the Top », dessine un portrait-robot implacable. Le patron du CAC 40 type est un homme de 59 ans, nommé à 51 ans, issu d'une grande école, et qui a passé près de quinze ans dans la même entreprise avant d'en prendre les rênes.

Homme d'affaires d'une cinquantaine d'années en costume-cravate, assis à un bureau dans un immeuble moderne avec vue panoramique sur Paris, regard confiant et déterminé, portrait en plan américain
Homme d'affaires d'une cinquantaine d'années en costume-cravate, assis à un bureau dans un immeuble moderne avec vue panoramique sur Paris, regard confiant et déterminé, portrait en plan américain

Le décalage est saisissant entre le mythe méritocratique que l'on vend aux jeunes et la réalité statistique du 40e étage. Cet article ne va pas pleurer sur le sort des élites, ni dénoncer un système verrouillé. Il va simplement poser les chiffres sur la table, analyser les parcours, et montrer, pour ceux qui n'ont pas eu le ticket d'entrée des grandes écoles, quelles sont les rares brèches par lesquelles il est encore possible de passer.

Portrait-robot du dirigeant : 59 ans, grande école, promotion interne

C'est un rituel de fin d'année. Les listes d'admission tombent, les familles stressent, et les réseaux sociaux s'embrasent de fierté ou de déception. Pendant ce temps, au sommet des entreprises du CAC 40, un autre jeu se joue. Un jeu où les cartes ont été distribuées il y a vingt ou trente ans, et où la donne a très peu changé.

L'étude annuelle du cabinet Heidrick & Struggles, publiée en juin 2026, dresse un constat sans appel. Le patron du CAC 40 type est un homme, français, âgé de 59 ans. Il a été nommé à son poste à 51 ans, après avoir passé en moyenne quinze ans dans l'entreprise qui l'emploie. Près de 80 % des dirigeants du CAC 40 ont été promus en interne — un taux bien supérieur à la moyenne européenne de 63 %. En clair, si vous voulez diriger un grand groupe français, vous avez statistiquement plus de chances d'y entrer jeune et d'y grimper lentement que d'arriver par un recrutement externe.

Le portrait-robot en chiffres : âge, ancienneté, origine scolaire

Les données d'Option Finance, qui a compilé l'étude Heidrick & Struggles, sont précises : 80 % des dirigeants du CAC 40 sont des promus internes. Ils ont attendu 14,5 ans en moyenne pour accéder au poste suprême, contre 9,2 ans en Europe. La France est une exception culturelle : on y récompense la fidélité, pas la mobilité. B4Business ajoute que l'âge moyen des CEO du CAC 40 est de 55 ans, un chiffre stable depuis dix ans, et que près de 80 % d'entre eux sont passés par Polytechnique ou HEC.

Ce modèle a un nom : la « prime à la fidélité », comme le résume Hervé Borensztejn, responsable des activités de conseil en leadership chez Heidrick Consulting France. Dans l'Hexagone, un CEO n'est pas un professionnel du métier de dirigeant que l'on déplace d'un secteur à l'autre. C'est un expert technique, souvent un ingénieur, qui a fait ses preuves dans l'entreprise. Au Royaume-Uni, un dirigeant peut passer de la tech à la banque sans sourciller. En France, on attend de lui qu'il connaisse les rouages de la maison sur le bout des doigts.

Pourquoi l'été des résultats de concours est le bon moment pour analyser le système

Chaque année, le mois de juin est celui des verdicts. Les classes préparatoires livrent leurs contingents, les écoles de commerce publient leurs listes. C'est le moment où des milliers de jeunes se demandent si leur trajectoire les mènera un jour à la tête d'une grande entreprise. La réponse, vue du 40e étage, est impitoyable : les chances sont infimes, mais elles ne sont pas nulles.

Le mythe du mérite individuel, celui qui voudrait que le travail et le talent suffisent à briser toutes les barrières, se heurte à une réalité statistique. Les données ne mentent pas : le diplôme initial est le premier filtre, et il est extrêmement sélectif. Mais comprendre ce filtre, c'est déjà le désamorcer. C'est pourquoi cet article ne se contente pas de décrire les verrous. Il les nomme, les chiffre, et montre comment certains parviennent à les contourner.

L'étude Heidrick & Struggles : ce que révèle la treizième édition

Le cabinet Heidrick & Struggles publie chaque année son étude « Route to the Top ». La treizième édition, sortie en juin 2026, confirme des tendances observées depuis une décennie. En Europe, 63 % des dirigeants du CAC 40 sont promus en interne. En France, ce taux monte à 78 %. L'écart est massif. Les CEO français sont aussi les plus patients : 58 % d'entre eux ont passé plus de dix ans dans l'entreprise avant leur nomination, contre 38 % en Europe.

Autre chiffre frappant : 38 % des dirigeants du CAC 40 occupaient le poste de directeur général adjoint ou de COO avant d'accéder au sommet. En Europe, ce taux n'est que de 17 %. La fonction de numéro deux est devenue l'antichambre obligée du pouvoir. À l'inverse, seuls 13 % des CEO français étaient directeurs financiers avant leur nomination, contre 22 % en Europe. Le passage par les finances n'est pas la voie royale en France.

X, HEC, ENA : le trio qui verrouille l'accès au sommet

Si l'on devait résumer la voie royale vers le CAC 40 en trois sigles, ce serait ceux-là : X, HEC, ENA. Ces trois écoles, et particulièrement leurs cumuls (X-Mines, HEC-ENA), forment le cœur d'un système d'endogamie scolaire unique en Europe. Les études se succèdent et se ressemblent : depuis des décennies, les mêmes profils trustent les mêmes postes.

L'étude de Capital.fr, réalisée en 2014 via le site Nomination.fr, reste une référence sur le sujet. Elle montrait que 14 des 40 patrons du CAC 40 étaient passés par Polytechnique, 11 par HEC et 10 par l'ENA. Seuls cinq dirigeants échappaient totalement au triptyque des grandes écoles. Ces chiffres, bien que datant de plus de dix ans, sont confirmés par les analyses plus récentes des Echos (2020) et de B4Business (2026). Le trio n'a pas perdu de sa superbe.

14 sur 40 à Polytechnique, 11 à HEC, 10 à l'ENA : la mainmise chiffrée

La mécanique est bien rodée. Un jeune diplômé de Polytechnique intègre un corps d'État (Mines, Ponts), effectue quelques années dans l'administration, puis rejoint un grand groupe industriel. Il y gravit les échelons, aidé par un réseau d'anciens qui se reconnaissent entre eux. À 50 ans passés, il est candidat naturel au poste de CEO. Le même schéma vaut pour les diplômés d'HEC passés par l'ENA, qui atterrissent plutôt dans les directions financières ou stratégiques.

Ce système, les sociologues l'appellent l'« endogamie ». Les élites se reproduisent entre elles, non pas tant par hérédité que par cooptation scolaire. Le diplôme n'est pas seulement un sésame : c'est une carte de membre d'un club dont les règles implicites sont connues de tous. Les anciens des mêmes corps se recommandent, se soutiennent, se placent. Le réseau scolaire devient un réseau professionnel qui dure toute une vie.

22 % de baisse en dix ans : le recul du trio et ce qui le remplace

Une donnée des Echos, issue d'une étude de Recto Versoi publiée en 2020, vient nuancer ce tableau. Entre 2009 et 2020, la proportion de dirigeants du CAC 40 issus du trio X-ENA-HEC a baissé de 22 %. Sur le papier, c'est une ouverture. Dans les faits, il faut regarder par quoi ces profils sont remplacés.

Les nouveaux entrants ne viennent pas de nulle part. Ce sont souvent des diplômés de Sciences Po, d'écoles de commerce internationales (INSEAD, London Business School) ou d'universités étrangères. En d'autres termes, le gâteau s'élargit, mais il reste réservé à une élite. B4Business confirme cette tendance : les profils s'enrichissent, mais le plafond de verre scolaire reste très haut. Un BTS ou une licence d'université de province n'ouvrent toujours pas la porte du 40e étage.

Le réseau, nerf de la guerre : comment le carnet d'adresses prime sur le diplôme

Le vrai pouvoir du trio X-HEC-ENA ne réside pas seulement dans la qualité de l'enseignement. Il tient dans le carnet d'adresses que les élèves tissent pendant leurs années de formation et dans les premiers postes. Un polytechnicien qui sort des Mines connaît les directeurs techniques des grands groupes. Un énarque qui passe par Bercy connaît les directeurs financiers. Ces connexions, forgées à 25 ans, se transforment en opportunités de carrière vingt ans plus tard.

Ce mécanisme explique pourquoi le système est si difficile à pénétrer. Ce n'est pas seulement une question de diplôme sur un CV. C'est une question de confiance, de reconnaissance mutuelle, de langage commun. Les conseils d'administration, majoritairement composés d'anciens du même sérail, nomment naturellement ceux qui leur ressemblent. Pour un jeune sans ce réseau, l'ascension est possible, mais elle emprunte des chemins de traverse.

La règle des 15 ans : pourquoi les patrons français sont les plus loyaux d'Europe

Le deuxième grand filtre, après le diplôme, c'est le temps. Les patrons du CAC 40 ne sont pas des mercenaires. Ce sont des hommes (et quelques femmes) de la maison. La donnée est implacable : 78 % d'entre eux ont été promus en interne, et ils ont attendu 14,5 ans en moyenne pour accéder au sommet. C'est cinq ans de plus que la moyenne européenne.

Ce n'est pas un hasard. C'est le produit d'une culture d'entreprise où la connaissance des rouages internes, la maîtrise des relations avec les actionnaires et la légitimité acquise sur le terrain sont jugées indispensables. En France, on ne devient pas CEO par hasard. On le devient après avoir prouvé sa loyauté et son expertise.

78 % de promus internes, 14,5 ans d'attente : le modèle français de la fidélité

Le cabinet Heidrick & Struggles a calculé que 58 % des dirigeants du CAC 40 ont passé plus de dix ans dans l'entreprise avant leur nomination. En Europe, ce taux tombe à 38 %. La France est le pays où l'on attend le plus longtemps pour accéder au poste suprême. Cette patience est récompensée par une stabilité : les CEO français restent en poste plus longtemps que leurs homologues étrangers.

Ce modèle a des avantages évidents. Un dirigeant qui connaît son entreprise de l'intérieur prend de meilleures décisions stratégiques, sait où se trouvent les compétences et les faiblesses, et bénéficie de la confiance des équipes. Mais il a aussi un inconvénient : il ferme la porte aux talents extérieurs, aux profils innovants, aux visions différentes. Le système français privilégie la continuité sur la disruption.

Du COO au CEO : l'antichambre obligée du pouvoir

Homme en costume assis à une table de réunion, mains croisées, entouré de documents et d'un ordinateur portable, dans une salle de conseil d'administration lumineuse, plan moyen, ambiance sérieuse et professionnelle
Homme en costume assis à une table de réunion, mains croisées, entouré de documents et d'un ordinateur portable, dans une salle de conseil d'administration lumineuse, plan moyen, ambiance sérieuse et professionnelle

L'étude Heidrick & Struggles révèle un autre chiffre clé : 38 % des dirigeants du CAC 40 étaient directeurs généraux adjoints ou COO (Chief Operating Officer) avant leur nomination. En Europe, ce taux n'est que de 17 %. La fonction de numéro deux est devenue le passage quasi obligé vers le sommet.

Pour un jeune cadre ambitieux, cette information est précieuse. Si vous visez le poste de CEO, votre carrière doit passer par une fonction opérationnelle, de préférence comme bras droit du dirigeant. C'est là que vous apprenez le métier, que vous tissez des liens avec le conseil d'administration, et que vous êtes testé sur votre capacité à gérer une crise. Les fonctions support (RH, juridique, communication) mènent rarement au sommet. Seuls 13 % des CEO du CAC 40 étaient directeurs financiers avant leur nomination, contre 22 % en Europe.

« En France, être CEO est un aboutissement, pas un métier »

La formule est d'Hervé Borensztejn, dans Le Figaro. Elle résume parfaitement la différence culturelle entre la France et le reste du monde. Au Royaume-Uni ou aux États-Unis, un CEO peut passer d'une entreprise de tech à une banque, puis à un fonds d'investissement. Le métier de dirigeant est considéré comme une compétence générique, transférable d'un secteur à l'autre.

En France, c'est l'inverse. Un CEO est d'abord un expert de son secteur, qui a fait ses preuves dans une entreprise. Il est « l'homme (ou la femme) d'une seule maison ». Ce système garantit une connaissance approfondie des métiers, mais il limite la mobilité et l'innovation. Il explique aussi pourquoi les profils techniques, les ingénieurs de terrain, ont une vraie chance dans les secteurs industriels, là où la connaissance des process est cruciale.

Les 5 % de patrons qui dérogent à la règle : autodidactes, BTS, experts techniques

Arrêtons-nous un instant sur les exceptions. Car oui, il existe des patrons du CAC 40 qui ne sont pas passés par Polytechnique, HEC ou l'ENA. Ils sont rares — environ 5 % des effectifs — mais leurs parcours sont instructifs. Ils montrent que, même dans un système verrouillé, il existe des brèches.

Ces exceptions ne sont pas des accidents. Elles suivent des logiques spécifiques : l'héritage familial, la création d'entreprise, ou l'expertise technique poussée à son plus haut niveau. Pour un jeune sans grande école, ces parcours sont une lueur d'espoir, à condition d'en comprendre les mécanismes.

Les deux sans diplôme : Bouygues, Del Vecchio et le mythe de l'autodidacte

Les Echos, dans leur étude de 2020, relevaient que seuls deux dirigeants du CAC 40 n'avaient aucun diplôme : Martin Bouygues et Leonardo Del Vecchio. Le premier est le fils du fondateur du groupe Bouygues. Le second a fondé Luxottica, devenue EssilorLuxottica. Dans les deux cas, le lien avec l'entreprise est direct : l'un a hérité, l'autre a créé.

Ces exemples sont souvent cités comme la preuve que le mérite individuel peut triompher. En réalité, ils sont statistiquement anecdotiques et ne constituent pas des modèles reproductibles. Un jeune qui n'a pas de père fondateur ni d'idée de start-up capable de conquérir le monde a très peu de chances de reproduire ces trajectoires. L'autodidacte dans le CAC 40 est un mythe plus qu'une réalité. Capital.fr confirmait en 2014 que les autodidactes ne représentent que 4 % des dirigeants des grandes entreprises.

Le BTS qui a conquis le CAC 40 : Dominique Lefebvre (Crédit Agricole)

Le cas le plus frappant est celui de Dominique Lefebvre, ancien président du Crédit Agricole. Son diplôme le plus élevé ? Un BTS agricole. Dans un monde où les masters et les MBA sont la norme, ce parcours fait figure d'exception absolue.

Mais il faut regarder de plus près. Lefebvre a fait toute sa carrière au Crédit Agricole, une banque mutualiste où la culture de la promotion interne est ancrée. Il a gravi tous les échelons, de conseiller clientèle à président. Son BTS agricole n'était pas un handicap : il lui a donné une légitimité sur le terrain, dans un groupe historiquement lié au monde rural. Sa promotion a été le fruit d'une patience de trente ans et d'une connaissance intime de l'entreprise. C'est le cas d'école de la promotion interne version française.

L'expertise technique : voie de garage ou niche du futur ?

Capital.fr notait en 2014 que les secteurs « techniques » — pétrole, chimie, construction — étaient moins « managérialisés » que les autres. Dans ces industries, l'ingénieur de terrain, celui qui connaît les process industriels, a une vraie chance d'accéder au sommet. TotalEnergies, Saint-Gobain, Air Liquide : ces groupes recrutent souvent leurs dirigeants parmi les profils techniques.

Pour un jeune qui n'a pas intégré une grande école, cette filière est l'une des plus prometteuses. Si vous êtes passionné par un métier technique, si vous acceptez de commencer en bas de l'échelle et d'y rester longtemps, vous pouvez, dans certains secteurs, rattraper votre retard scolaire. L'expertise technique est un ascenseur lent, mais il monte.

Femmes et étrangers : les chiffres qui frémissent au CAC 40

Le CAC 40 n'est pas complètement immobile. Sous la pression de la loi Copé-Zimmermann sur la parité dans les conseils d'administration, et sous l'effet de la mondialisation, quelques signaux faibles de changement apparaissent. Ils sont encore timides, mais ils existent.

Les données d'Option Finance et de B4Business montrent que les femmes et les étrangers progressent, mais lentement. Et surtout, ils progressent par des voies différentes de celles des hommes français. L'analyse de ces parcours révèle des paradoxes intéressants.

Cinq femmes dirigeantes : des progrès réels mais des parcours atypiques

En 2026, cinq femmes dirigent une entreprise du CAC 40. C'est un progrès par rapport à 2024, où elles n'étaient que trois. Mais le détail est cruel : 80 % d'entre elles ont été recrutées à l'externe, selon Option Finance. Seule Estelle Brachlianoff, chez Veolia, a été promue en interne après dix-sept ans de maison.

Ce chiffre révèle un paradoxe. La promotion interne, qui est la règle pour les hommes, est l'exception pour les femmes. Les conseils d'administration, pour diversifier leurs équipes, recrutent des femmes à l'extérieur plutôt que de promouvoir celles qui sont déjà dans l'entreprise. Cela suggère que le vivier interne féminin est encore trop étroit, ou que les mécanismes de cooptation masculine freinent leur ascension.

18 % de dirigeants étrangers : le CAC 40 reste un club franco-français

B4Business révèle que moins d'un quart des dirigeants du CAC 40 ont eu une carrière internationale significative. Dans un monde globalisé, c'est un chiffre surprenant. Il confirme que le CAC 40 reste un club très franco-français, où l'on valorise la connaissance du marché domestique et des réseaux hexagonaux.

La proportion de dirigeants étrangers n'est que de 18 %, contre 29 % en Europe. Ce repli national est une singularité française. Il peut être une force (stabilité, culture commune) mais aussi une faiblesse (manque d'ouverture, difficulté à recruter les meilleurs talents mondiaux). Les entreprises qui choisissent un dirigeant étranger le font souvent en situation de crise ou de transformation profonde.

MacGregor, Heydemann, Brachlianoff : le virage des profils extérieurs

Les nominations de Catherine MacGregor chez Engie et de Christel Heydemann chez Orange sont des exemples de ces « brèches » dans le système. Toutes deux sont des femmes, toutes deux viennent de l'extérieur de leur entreprise. Leur profil est plus international, plus diversifié que la moyenne des dirigeants du CAC 40.

Ces nominations sont-elles le début d'une tendance ? Ou de simples exceptions liées à des situations de crise dans ces entreprises ? L'avenir le dira. Mais elles montrent que, même dans un système verrouillé, les conseils d'administration peuvent, sous la pression des actionnaires ou des régulateurs, ouvrir la porte à des profils différents. Pour un jeune sans réseau, ces brèches sont à surveiller de près.

Stratégies concrètes pour un jeune sans grande école en 2026

Après avoir dressé ce constat, il est temps de répondre à la question centrale : que peut faire un jeune qui n'a pas eu la chance d'intégrer Polytechnique, HEC ou l'ENA ? La réponse n'est pas un slogan optimiste, mais une analyse froide des probabilités.

Le système est rigide, mais pas complètement hermétique. Il existe des stratégies pour contourner les filtres, à condition d'accepter les règles du jeu. Voici les trois leviers les plus réalistes.

Le numérique et l'international : les secteurs où le sérail a moins de prise

Les secteurs les plus récents, comme la tech, la data, l'intelligence artificielle, sont moins verrouillés par le sérail des grandes écoles. Pourquoi ? Parce que les compétences y sont rares et que les recruteurs sont plus ouverts aux profils atypiques. Un développeur talentueux, même sans diplôme prestigieux, peut gravir les échelons dans une entreprise technologique.

L'international est un autre levier. Un jeune qui part travailler à l'étranger, qui maîtrise plusieurs langues, qui connaît les marchés émergents, acquiert une compétence que les diplômés des grandes écoles n'ont pas toujours : l'expérience du terrain mondial. Les entreprises françaises, qui manquent de profils internationaux, sont prêtes à recruter ces talents en dehors des circuits traditionnels.

La mobilité interne : votre meilleure alliée si vous acceptez les 15 ans

Le système français récompense la loyauté. C'est un défaut si l'on veut une carrière rapide, mais c'est une qualité si l'on accepte le tempo. Un jeune qui entre dans un grand groupe à 25 ans, qui accepte de changer de poste tous les trois ou quatre ans, qui se forme en continu, peut, à 50 ans, être candidat au poste de CEO.

La clé est d'identifier les programmes « high potentials » dans les grands groupes. Ces programmes, ouverts à tous les diplômés, permettent de bénéficier d'un accompagnement personnalisé, de formations, et d'une visibilité auprès de la direction. Ils sont le plan B le plus réaliste pour ceux qui n'ont pas le ticket d'entrée des grandes écoles. L'important est de montrer sa valeur sur le terrain, de se faire repérer, et de ne jamais quitter le navire trop tôt.

Le réseau se construit : parrainage, stages, associations

Même pour les diplômés des grandes écoles, le diplôme seul ne suffit pas. Le réseau pèse plus lourd que la note. Un polytechnicien qui sort dans les premiers de sa promo aura plus de chances qu'un camarade classé en queue de peloton, mais les deux bénéficient du même réseau d'anciens.

Pour un jeune sans grande école, le défi est de construire ce réseau par d'autres moyens. Cela passe par les stages, les missions transverses, les projets internes, les associations professionnelles. Il faut se faire coopter par un parrain, un dirigeant qui croit en vous et qui vous pousse. Ce parrainage informel est la clé de voûte du système français. Sans lui, même le meilleur CV reste lettre morte.

Conclusion : la double vérité du sommet

La recette pour devenir patron du CAC 40 est connue : un diplôme de Polytechnique, HEC ou l'ENA, quinze ans de loyauté dans la même entreprise, un passage par le poste de numéro deux, et un réseau d'anciens qui vous soutient. Les ingrédients sont précis, et ils ne sont pas à la portée de tout le monde.

Mais la vérité est double. Le système est rigide, oui. Il valorise la patience et le pedigree institutionnel, oui. Mais il n'est pas complètement hermétique. Les exceptions existent, les brèches s'ouvrent, et les secteurs techniques, numériques ou internationaux offrent des voies alternatives. Pour ceux qui n'ont pas eu le ticket d'entrée des grandes écoles, la route est plus longue, plus incertaine, mais pas impossible. Elle exige de l'endurance, de la stratégie, et une bonne dose de lucidité. La recette est connue, mais les ingrédients ne sont pas à la portée de tout le monde. À chacun de choisir son chemin.

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Questions fréquentes

Quel diplôme pour devenir patron du CAC 40 ?

Près de 80 % des dirigeants du CAC 40 sont passés par Polytechnique, HEC ou l'ENA. Le trio X-HEC-ENA verrouille l'accès au sommet, même si leur proportion a baissé de 22 % entre 2009 et 2020.

Combien d'années pour devenir CEO du CAC 40 ?

Les patrons du CAC 40 attendent en moyenne 14,5 ans dans la même entreprise avant d'être nommés. 78 % d'entre eux sont promus en interne, un taux bien supérieur à la moyenne européenne de 63 %.

Un patron du CAC 40 peut-il être autodidacte ?

Oui, mais c'est très rare : seuls 5 % des dirigeants dérogent à la règle des grandes écoles. Les exemples célèbres sont Martin Bouygues (héritier) et Leonardo Del Vecchio (fondateur), mais ces parcours ne sont pas reproductibles pour un jeune sans réseau.

Quel est le profil type du CEO du CAC 40 ?

Le patron type est un homme français de 59 ans, diplômé d'une grande école, promu en interne après 15 ans de maison. Il était souvent directeur général adjoint ou COO avant d'accéder au poste suprême.

Les femmes sont-elles nombreuses au CAC 40 ?

En 2026, cinq femmes dirigent une entreprise du CAC 40, contre trois en 2024. Mais 80 % d'entre elles ont été recrutées à l'externe, contrairement aux hommes qui sont majoritairement promus en interne.

Sources

  1. b4business.fr · b4business.fr
  2. boursorama.com · boursorama.com
  3. capital.fr · capital.fr
  4. Diplômes, parcours, compétences… Comment devient-on un patron du CAC 40 ? · lefigaro.fr
  5. lesechos.fr · lesechos.fr
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Hugo Lambot @fact-checker

Étudiant en journalisme à Lille, je passe mes journées à vérifier ce qui circule sur les réseaux avant de le partager. Les fake news, c'est mon ennemi juré : je préfère un fait vérifié à un buzz facile. Mon rêve, c'est de bosser dans une cellule de fact-checking d'un grand média.

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