Quand un artiste numérique et un enseignant-chercheur en informatique co-animent un cours, que se passe-t-il exactement ? À Nantes Université, des dispositifs expérimentaux tentent de répondre à cette question en mêlant des étudiants, des artistes invités et des enseignants-chercheurs dans des projets concrets. Un modèle qui avance, episode par episode, sans garantie d'aboutir à une refonte complète des cursus.

Des unités d'enseignement pour explorer le croisement arts-sciences
L'outil principal testé à Nantes s'appelle l'UED - Unité d'Enseignement de Découverte. Ce sont des cours ponctuels, intégrés au programme, qui sortent du cadre disciplinaire habituel. L'idée : réunir des étudiants, des artistes et des chercheurs autour d'un sujet commun, pour voir ce que la confrontation des méthodes produit.

En 2021-2022, une de ces UED s'est concentrée sur la figure d'Ada Lovelace. Deux artistes de la compagnie B R U M E S et deux enseignant.e.s en informatique l'ont co-animée, dans le cadre de la résidence d'artistes "En Découdre". L'objectif n'était pas simplement d'enseigner l'histoire de l'informatique, mais de croiser regards artistiques et scientifiques sur une figure qui incarne précisément cette frontière.
La même année, un autre groupe d'étudiants en L2 sciences a participé à une UED encadrée par l'artiste Mathieu Le Sourd - connu sous le nom de Maotik - et l'enseignant-chercheur Baptiste Chantraine. Le projet a été soutenu par Stereolux, le centre de musique et arts numériques de Nantes. Ces deux exemples montrent la même mécanique : un artiste, un chercheur, un public étudiant, et un sujet qui oblige à sortir de sa zone de confort disciplinaire.
Stereolux-Nantes : une collaboration qui a pris du temps à se construire
Le partenariat entre Stereolux et la Direction Culture de Nantes Université ne date pas d'hier. Il remonte au moins à 2017, à l'occasion de la Nuit blanche des Chercheurs, un événement grand public. Cette première collaboration a ouvert la voie à des projets plus ambitieux.
En 2019, Stereolux et l'université ont associé l'artiste numérique Julien Bayle et l'enseignant-chercheur Frédéric Hérau à un projet mêlant étudiants et enseignants-chercheurs. Le format incluait un workshop, une installation et un live - autant de temps fort concrets, loin d'un séminaire académique classique. Le point de départ n'était pas un programme imposé d'en haut, mais une exploration progressive de ce que ces collaborations pouvaient produire.
Ce type de partenariat avec une structure culturelle extérieure à l'université pose des questions pratiques : comment évaluer un projet artistique dans le cadre universitaire ? Comment articuler les calendars académiques et ceux des artistes ? Les sources disponibles ne permettent pas de trancher sur la réponse, mais elles montrent que les dispositifs se sont multipliés au fil des années, avec des formes variées - résidences, ateliers, installations.
Une expérimentation, pas encore une généralisation
Il faut être honnête sur ce que ces exemples démontrent - et ce qu'ils ne démontrent pas. Les UED arts-sciences de Nantes restent, dans ce qui est documenté, des dispositifs ponctuels. On ne dispose pas de preuves que ce modèle se généralise à l'ensemble des parcours ou qu'il transforme en profondeur la formation des étudiants inscrits en sciences à Nantes.
Ce qui est certain, c'est que l'expérience existe et qu'elle a déjà produit plusieurs itérations différentes. La collaboration avec Stereolux, qui s'étend depuis 2017, témoigne d'un investissement à long terme plutôt que d'un coup d'éclat médiatique. Les partners culturels ne se contentent pas de prêter un lieu : ils co-conçoivent les projets avec les équipes universitaires.
Pour les étudiants concernés - principalement en L2 sciences dans les exemples documentés -, ces UED représentent une occasion de travailler avec des artistes professionnels et de confronter leur regard à des méthodes qui ne relèvent pas de la preuve expérimentale ou du calcul. Ce que cela change concrètement dans leur parcours, les témoignages étudiants disponibles ne permettent pas de le dire.
Repenser les frontières, un projet encore en cours
L'université française a longtemps fonctionné en silos disciplinaires. Les projets arts-sciences comme ceux de Nantes ne prétendent pas effacer ces frontières d'un coup. Ils les rendent simplement plus poreuses, par endroits, pour des groupes d'étudiants volontaires.
Ce qui émerge de ces expérimentations, c'est une idée simple mais pas toujours facile à mettre en oeuvre : l'art et la science ont des méthodes différentes pour explorer le même monde, et les mettre en regard peut produire des apprentissages qu'aucune des deux disciplines ne permet seule. Le modèle nantais, avec ses UED, ses résidences d'artistes et ses partenariats comme celui avec Stereolux, en est une illustration concrète - encore modeste, mais réelle.