Il était une fois, dans les couloirs de TF1, un groupe qui rythmait les matins des millions d'enfants : Les Musclés. Formé en 1987 pour accompagner Dorothée dans son émission Club Dorothée, ce groupe devenait bien plus qu'un orchestre télévisuel. Avec des tubes comme La Fête au village ou La Merguez partie, ils conquirent les salles de classe et les fêtes d'école. Sept albums, cinq disques d'or, et quatre millions d'exemplaires vendus plus tard, le groupe avait tout d'une légende populaire. Mais derrière les lumières des projecteurs, chaque membre portait son propre destin. Et quand la musique s'est arrêtée en 1997, après la fin du Club Dorothée, les voies se sont séparées... parfois pour toujours.

Une séparation nette, des destins parallèles
Le groupe ne survécut pas à la fin du Club Dorothée en 1997. Après avoir joué leur propre rôle dans deux séries télévisées - Salut les Musclés (1989-1994, 263 épisodes) puis La Croisière foll'amour (1995-1997, 159 épisodes) - les membres se séparèrent. Chacun entonna sa propre mélodie.
Éric Bouad, le guitariste à la moustache, devint l'âme musicale de géants comme Michel Sardou et Johnny Hallyday, orchestrant notamment une vingtaine de chansons de Johnny Hallyday. Aujourd'hui, il est laissé à l'ombre, retraité du public mais continuant à chanter en privé, comme un artiste discret qui préfère les accords doux à la lumière des projecteurs.
Rémy Sarrazin, quant à lui, raconte avoir perdu toute crédibilité après les années Club Dorothée, expliquant avoir connu beaucoup de portes se fermer, sans donner plus de précisions. Il évoque notamment avoir été refusé pour accompagner Mylène Farmer en tournée, un rejet qui, selon lui, symbolise l'ampleur de la clôture qui suivit l'arrêt du groupe.
Deux adieux, un hommage partagé
Le 26 août 2009, René Morizur, le saxophoniste qui avait joué avec des figures comme Sylvie Vartan, Michel Sardou, Sheila, Daniel Balavoine, Trust, Johnny Hallyday, et même le groupe expérimental Magma, rendit son dernier souffle à Brignoles, dans le Var, à l'âge de 65 ans, victime d'une rupture d'anévrisme. Claude Chamboissier, surnommé "Framboisier", est quant à lui décédé le 4 janvier 2015, à l'âge de 62 ans, des suites d'un cancer du pancréas.

Leur disparition laissa un vide immense. Mais en décembre 2010, les membres survivants répondirent à l'appel de Dorothée lors de son retour à Bercy. Ensemble, ils interprétèrent le générique de Salut les Musclés et un mélange de leurs plus grands succès. Une soirée émouvante, où la nostalgie se mêlait à l'espoir.
Des carrières solo, des projets inattendus
Framboisier, avant son décès, avait su rebondir. Producteur engagé, il finança le premier album de Matmatah, porté par des tubes comme L'Apologie et Lambé An Dro. Il fut également le producteur de Touré Kunda en 1998, prouvant que les claviers pouvaient ouvrir bien des portes. On retient aussi qu'il a notamment travaillé avec Fleetwood Mac, un partenariat inattendu qui témoigne de la diversité de ses collaborations.

Bernard Minet, le chanteur principal, prit une direction inattendue. En 2019, malgré un projet mis en sommeil par le Covid, il lança le Bernard Minet Metal Band. Ce quatuor revisite les génériques cultes du Club Dorothée - Bioman, Olive et Tom, Collège fou fou fou - et les chansons des Musclés, le tout en version métal. Le passé, lui, ne meurt jamais vraiment.
Un retour en fumée, un héritage durable
En 2007, une tentative de retour avait vu le jour avec une parodie : Nicolas et Ségolène, une reprise humoristique de Nicolas et Marjolaine de Dorothée, dédiée à Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.
Aujourd'hui, Les Musclés restent une icône culturelle des années 1980-1990. Leur musique, gravée dans les mémoires, continue d'être revisitée, parodiée, ou simplement chantée dans les salles de classe. Aucune réunion officielle n'est prévue. Mais chaque fois qu'un enfant entonne La Fête au village, ou qu'un mélodieux saxophone glisse entre deux accords de guitare, on entend encore résonner l'écho de cette époque magique.
Leur histoire n'est pas seulement celle d'un groupe. Elle est celle d'une génération, d'un moment, d'un lieu commun devenu sacré. Et peut-être, un jour, les Musclés reviendront-ils, non pas sur scène, mais dans le coeur de ceux qui les ont aimés.