
Une artiste engagée
RACHID YAHOU : Comment vous voyez-vous en tant qu'artiste ?
SAMIA BENZAI : J'aime mettre en pratique toute idée et j'attache une grande importance à son application sur le terrain. En toute modestie, j'ai une vue assez large.
RACHID YAHOU : Et en dehors du cinéma ?
SAMIA BENZAI : J'ai fait du théâtre et de l'art plastique. J'ai aussi un don que je n'ai pas exploité jusqu'à ce jour : j'aime chanter, en kabyle bien évidemment.
Les débuts au cinéma
RACHID YAHOU : Vos débuts remontent à quand exactement ?
SAMIA BENZAI : En 1993, dans le film berbère "La colline oubliée" d'Abderrahmane Bouguermouh, un film tiré du livre portant le même titre, un livre produit par le célèbre écrivain-poète Mouloud Mammeri. Ensuite, j'ai eu un autre rôle dans "Adrar en Baya". Ces deux films ont eu un large écho, appréciable bien entendu. En plus d'un spot publicitaire pour le compte de l'entreprise qui produit "Isis" (détergents), j'ai aussi eu droit à un passage dans un vidéo-clip d'Amar Tizi. Enfin, lors des événements qui ont secoué la Kabylie à la suite de l'assassinat du regretté chanteur berbère Matoub Lounès, j'ai tourné en collaboration avec Akli Metref.
Souvenirs de tournage
RACHID YAHOU : Parlons des films, voulez-vous ?
SAMIA BENZAI : Je demeure profondément touchée par une séquence du film "Adrar en Baya" : lors de l'enterrement de la petite décédée à la suite d'une épidémie. C'était la fille de l'illustre linguiste berbère Abdenour Abdeslam.
RACHID YAHOU : Ce qui vous a plu aussi ?
SAMIA BENZAI : Le décor ainsi que le plateau. Nous avons eu droit à un passage merveilleux puisque le film était tourné sur la "Main du Juif", située en pleine montagne, le Djurdjura. D'autre part, je ne peux omettre la prestation et le talent de Bouguermouh Abderrahmane. Complet et mystérieux à la fois, il ne transigeait pas sur ses principes, rejetant la demi-mesure, il refusait toute concession. J'ai beaucoup de respect pour lui car il a été à la hauteur de sa tâche. Ce qui m'impressionne beaucoup en lui, c'est la difficulté de pénétrer son imagination.
L'émotion d'Adrar en Baya
RACHID YAHOU : Parlez-nous d'"Adrar en Baya" (ou "La montagne de Baya").
SAMIA BENZAI : Je suis attristée par la disparition d'Azzedine Meddour qui nous a quittés, faisant de nous ses orphelins.
RACHID YAHOU : Vous devez avoir un bon souvenir ?
SAMIA BENZAI : Curieusement, je n'en ai aucun.
RACHID YAHOU : Pourquoi donc ?
SAMIA BENZAI : Même si j'en avais, je n'y attacherais aucune importance. Ceci est probablement dû à une certaine perte de sentiment. Même mon ami très cher, Faiki, a failli y passer. Je dédie ma pensée à qui de droit. Je ne peux être claire car c'est trop profond. Le message est donc lancé en direction de ceux qui se reconnaîtront aisément. Malgré tout, je garde en mémoire la réussite totale du tournage du film "Adrar en Baya". Même si je reste encore sous le choc de l'explosion accidentelle survenue le 1er décembre 1995 et qui nous a ravi onze des nôtres. Deux mois plus tard, je fus à nouveau touchée par le décès de mon père, que Dieu ait son âme. Je ne m'attendais nullement à subir deux deuils successifs (yeux larmoyants...).
Rôles et formation
RACHID YAHOU : Vos rôles dans ces deux films ?
SAMIA BENZAI : Dans "La colline oubliée", j'ai eu droit à une figuration intelligente : lors du mariage de Davda, la célèbre actrice Samia Abtout, qui est berbère comme nous tous. Je dansais et disais à sa mère : "Ithemlah thesslith, ksewthass ahayek", qui veut dire "Qu'elle est belle la mariée. Otez-lui vite son voile". Vous conviendrez qu'à travers cette phrase, je devinais la beauté angélique que cachait ce voile.
Si vous me le permettez, j'aimerais aussi vous parler des préparatifs avant le tournage du film "Adrar en Baya". En effet, nous avons suivi un stage avec Abdennour Fellag, le frère du célèbre humoriste kabyle Mohamed Fellag, et ce durant six longs mois. Nous avons fait un autre stage avec El-Hadi Chérifa aussi pendant deux mois. Ce dernier, célèbre dans le domaine artistique, nous enseignait l'expression corporelle qui consistait à dialoguer avec son corps sans pour cela dire un mot.
Théâtre et langue berbère
RACHID YAHOU : Vous avez mentionné le théâtre tout à l'heure.
SAMIA BENZAI : En réalité, j'en ai fait lorsque j'étais enfant, au sein d'une troupe de scouts. Mais je ne me rappelle pas exactement à quelle époque.
RACHID YAHOU : Dans le film, vous vous exprimez parfaitement en kabyle.
SAMIA BENZAI : Effectivement, je parle très bien la langue kabyle. Je suis de la région de Tiaret et suis berbérophone. Chez moi, tout le monde supporte l'équipe de foot, la JS Kabylie, et mange le couscous par terre (rires...). Vous savez, je suis émerveillée par la richesse que recèle la langue berbère. Enfin, je parle très bien le français.
Projets et reconnaissance
RACHID YAHOU : Avez-vous des projets ?
SAMIA BENZAI : J'ai deux scénarios en vue. J'attends qu'on fasse appel à moi.
RACHID YAHOU : Quel rôle aimeriez-vous jouer ?
SAMIA BENZAI : Incarner l'héroïne Fadhma n'Soumer, mais avec la disparition terrible d'Azzedine Meddour, j'ai des hésitations.
RACHID YAHOU : À qui revient le mérite de votre parcours artistique ?
SAMIA BENZAI : À mon regretté père auquel je ne cesse de rendre hommage, car il m'a encouragée à devenir ce que je suis à présent. Je suis également reconnaissante à Abderrahmane Debiane qui m'a aussi aidée énormément. À ce propos, il a joué comme il se doit le rôle d'"Idir" dans "La colline oubliée" et "Djendel" dans "Adrar en Baya". Je profite de cette occasion pour lui souhaiter plus de réussites.
RACHID YAHOU : Le mot de la fin.
SAMIA BENZAI : Je rends à nouveau hommage à mon défunt père, au regretté Matoub Lounès, à Azzedine Meddour ainsi qu'à mes amis que j'ai perdus dans des conditions atroces le 1er décembre 1995, entre autres : Boualem, Abed, "Zembla", Akli, Djamal, Souad (pleurs...). Je vous remercie de m'avoir accordé cette importance en vous souhaitant plein de succès.