Dans l'univers impitoyable du streaming, les catalogues sont des entités vivantes qui respirent, évoluent et parfois s'éteignent sans cérémonie. Le mois prochain, Netflix tirera un trait sur l'un de ces films spectres, une comédie de super-héros oubliée de 2006 intitulée Zoom, portée par Tim Allen et Chevy Chase. Ce long-métrage, qui a coûté la bagatelle de 75 millions de dollars pour à peine 12 millions de recettes au box-office, incarne parfaitement ces œuvres orphelines qui errent d'une plateforme à l'autre avant de disparaître dans les limbes numériques. Cette suppression programmée nous offre l'occasion idéale de réfléchir aux mécanismes brutaux qui régissent nos consommations culturelles contemporaines et à la fragilité de notre patrimoine audiovisuel à l'ère du tout-numérique.

Le contexte impitoyable des plateformes
L'annonce de la suppression de Zoom de la plateforme Netflix s'inscrit dans un phénomène bien plus large qui transforme radicalement notre rapport aux œuvres audiovisuelles. Ce que nous vivons aujourd'hui n'est rien de moins qu'une refonte complète des modèles économiques qui ont structuré l'industrie du divertissement pendant près d'un siècle. Les géants du streaming, après des années de croissance effrénée, se retrouvent désormais face à une réalité économique implacable qui les force à prendre des décisions drastiques concernant leurs catalogues.
Les origines d'une guerre sans merci
Pour comprendre pourquoi un film comme Zoom se retrouve sur la liste des sacrifiés, il faut remonter à novembre 2019, date charnière où Disney a lancé son service Disney+ et déclenché ce que les observateurs ont surnommé les « guerres du streaming ». Ce moment a marqué un point de non-retour : avec l'arrivée massive d'acteurs comme Amazon Prime Video, Apple TV+ et HBO Max, le marché s'est soudainement saturé. Une course effrénée s'est engagée, chaque service investissant des sommes colossales pour produire du contenu original capable de capter l'attention des spectateurs et de les fidéliser.
Pourtant, ironiquement, Netflix n'a pas commencé ainsi. La société a bâti son empire sur les épaules de contenus sous licence, c'est-à-dire des séries et films que les spectateurs connaissaient déjà et aimaient. Les abonnés venaient pour revoir Friends ou The Office, ces programmes cultes qui offraient une confortable familiarité. L'industrie des médias a, pendant longtemps, cédé volontairement à Netflix le contenu dont la plateforme avait besoin pour construire son entreprise, une stratégie qui a permis au géant rouge d'atteindre environ 70 millions d'abonnés aux États-Unis et 220 millions dans le monde.
L'illusion de la croissance perpétuelle
La pandémie de COVID-19 a paradoxalement masqué les difficultés structurelles de ce modèle en accélérant artificiellement les abonnements en 2020 et 2021. Confinés chez eux, les spectateurs ont massivement souscrit à des services de streaming, créant des attentes de croissance irréalistes que les plateformes peinent désormais à satisfaire. C'était comme si l'industrie avait gagné plusieurs années d'expansion en quelques mois, tirant la demande vers l'avant.
Aujourd'hui, la réalité rattrape les plateformes. La croissance des abonnés a atteint un plateau aux États-Unis, et les services de streaming doivent désormais composer avec une économie de l'attention devenue rare. Les guerres du streaming ont atteint un moment de détente, voire d'essoufflement, alors que les entreprises luttent contre un ralentissement et doivent maintenant déterminer le bon niveau de dépenses pour leur contenu. Dans ce contexte de rationalisation froide et calculatrice, un film comme Zoom, ne générant que peu d'engagement, devient la variable d'ajustement parfaite.
Zoom ou l'art du ratage cinématographique
Le film Zoom, réalisé par Peter Hewitt et sorti en 2006, représente un cas d'école des mystères du box-office et des aléas de la distribution cinématographique. Cette production raconte l'histoire de Jack Shepard, un ancien super-héros retiré des affaires qui doit former une nouvelle génération de jeunes surhumains pour sauver le monde. Sur le papier, le concept avait tout pour plaire : le genre des super-héros était en pleine explosion après le succès de Spider-Man, et la comédie familiale représentait un créneau juteux.
Un naufrage commercial monumental
Le long-métrage réunit une distribution hétéroclite comprenant Tim Allen dans le rôle principal, épaulé par Chevy Chase, Courteney Cox et Rip Torn. Le budget de production avoisine les 35 millions de dollars, mais les coûts marketing ont porté l'investissement total à près de 75 millions. Sony Pictures, le studio derrière le projet, attendait évidemment un succès commercial qui ne s'est jamais matérialisé. Aux États-Unis, le film a rapporté environ 11 millions de dollars, porté à quelque 12 millions au niveau mondial. Un désastre financier sans appel.
Les critiques de l'époque ont été particulièrement sévères. Le film a été accusé de plagiat pour ses similarités avec Les Indestructibles de Pixar, sorti deux ans plus tôt, et Sky High, une autre comédie de super-héros pour enfants. L'intrigue jugée prévisible, les effets spéciaux datés et l'humour laborieux ont fait l'objet de moqueries généralisées. Sur Rotten Tomatoes, le film affiche un score abysmal de 4% de critiques positives, ce qui en fait l'un des films de super-héros les moins appréciés de l'histoire du cinéma moderne.
Le statut involontaire de nanar
Au-delà des chiffres, Zoom est devenu au fil des années un exemple canonique de ce que les Français appellent affectueusement un « nanar ». Ces films ratés qui, par leur accumulation de maladresses, de dialogues maladroits et de décisions artistiques douteuses, transcendent leur médiocrité pour devenir fascinants. Les amateurs de cinéma bis trouveront dans Zoom une anthologie de clichés du genre super-héroïque, servis par une réalisation sans âme.
Cette dimension de « nanar » explique partiellement pourquoi le film conserve une petite base de fans. Il existe une forme de plaisir coupable à découvrir ces œuvres qui semblent avoir été conçues par comité, sans vision artistique cohérente. Zoom devient alors un document sociologique sur Hollywood à un moment de transition, entre les comédies familiales traditionnelles et l'hégémonie à venir de l'univers cinématique Marvel. C'est cette valeur anthropologique, bien plus que sa qualité esthétique, qui rend sa disparition des plateformes légèrement mélancolique pour l'amateur de curiosités cinématographiques.
Les secrets de l'économie du streaming
La décision de Netflix de supprimer Zoom de son catalogue s'explique avant tout par une réalité économique brutale que peu de spectateurs soupçonnent. Pour comprendre la logique qui préside à ces purges, il est essentiel de comparer le modèle actuel avec celui qui a régné pendant des décennies : la télévision câblée.
Le confort révolu du modèle câblé
Il fut un temps, pas si lointain, où l'industrie du câble américain générait environ 100 milliards de dollars annuels grâce à 100 millions de foyers payant près de 80 dollars par mois. C'était une gigantesque machine à cash. Dans ce système, les distributeurs de câble et satellite prélèvaient la moitié de cette somme, et les 50 milliards restants étaient répartis entre les cinq principaux groupes médias produisant du contenu.
Ce système avait un avantage majeur : la sécurité. Tant qu'une chaîne faisait partie du bouquet, elle recevait son paiement, indépendamment de l'audience réelle de ses programmes. Personne ne dépensait excessivement en contenu car chacun était assuré d'être payé. C'était un écosystème stable, presque confortable, où le risque était mutualisé. Mais ce système a volé en éclats avec l'avènement du streaming et la pratique du « cord cutting ».
La fin des vaches à lait garanties
Aujourd'hui, le paysage a radicalement changé. On est passé de 100 millions de foyers payant le câble à environ 80 millions, et les projections laissent entrevoir une chute à 60 millions dans les prochaines années. Cette hémorragie signifie que les revenus assurés disparaissent. Dans le monde du streaming, aucun propriétaire de contenu ne bénéficie de ce « trajet gratuit ».
Désormais, chaque propriétaire de contenu doit séduire directement les consommateurs, sans filet de sécurité. Vous devez avoir des consommateurs qui s'inscrivent directement à votre service, ce qui est une tâche bien plus difficile que de simplement donner votre contenu à un distributeur comme Comcast. Il faut mériter chaque abonné en compétitant sur la qualité et le prix. Si vous ne possédez pas l'assise financière nécessaire pour investir massivement dans la création de contenu original pour attirer ces abonnés, votre service devient un gouffre financier.
La rationalisation impitoyable des coûts
Cette nouvelle donne explique pourquoi les plateformes scrutent avec une attention obsessionnelle les taux de visionnage de chaque titre. Chaque titre présent dans un catalogue de streaming engendre des coûts : licence, stockage sur les serveurs, bande passante pour le streaming, maintenance technique. Pour un film comme Zoom qui ne génère qu'un intérêt marginal, ces coûts pèsent lourd dans le bilan global.
Les contrats de licence incluent généralement des clauses de performance qui permettent aux plateformes de se séparer des titres sous-performants sans pénalités majeures. Ces mécanismes, invisibles pour les abonnés, expliquent pourquoi certains films disparaissent sans préavis. Les plateformes optimisent leur catalogue comme un gérant de magasin optimiserait ses rayons : les produits qui ne se vendent pas sont éliminés pour faire place aux nouveautés. Dans cette logique, Zoom n'est pas un film, c'est de l'espace occupé qui pourrait être alloué à une série originale capable de capter de nouveaux abonnés.
La consolidation inévitable du marché
L'industrie du streaming traverse actuellement une phase de transition qui pourrait durablement remodeler le paysage audiovisuel mondial. Après des années de croissance exponentielle, les plateformes arrivent à maturité et doivent adopter des stratégies plus durables. Les analystes prévoient une restructuration majeure du paysage dans les années à venir, avec des conséquences directes sur les catalogues proposés aux abonnés.
Survivront les plus forts
Il devient de plus en plus évident que le marché ne peut pas soutenir huit à dix services de streaming majeurs simultanément. Les consommateurs n'ont pas de fonds illimités pour dépenser en plateformes. Bien que Netflix serve souvent de base et qu'Amazon soit une considération de base grâce à Prime, après cela, la plupart des gens ne prennent qu'un ou deux autres services.
À un moment donné, un acteur économique interviendra pour réduire le nombre de services. La plupart des observateurs s'accordent à dire qu'il restera Netflix, Disney et Amazon comme piliers, puis ce sera une bataille incertaine pour quiconque souhaite consolider ce qui restera sur le marché. Cette concentration signifie que les catalogues seront soumis à une rationalisation encore plus sévère, ne laissant que peu de place pour les œuvres marginales comme Zoom.
La tyrannie des franchises établies
Cette consolidation a une conséquence directe sur le type de contenu produit. L'industrie du cinéma, qui reposait autrefois sur de « gros paris » risqués et des histoires originales, se tourne massivement vers la sécurité des franchises établies. Il y a encore du risque, bien sûr, mais si vous réalisez le septième film d'une franchise de « masques et capes », vous bénéficiez d'une notoriété de la marque.
C'est la raison pour laquelle Disney a acquis Marvel et Lucasfilm, et pourquoi Warner Bros possède DC. Il y a quelques décennies, le cinéma était une entreprise beaucoup plus risquée : il y avait beaucoup plus de sorties, beaucoup étaient des titres basés sur l'histoire, et ils n'étaient pas basés sur une propriété intellectuelle préexistante. Aujourd'hui, le cinéma de divertissement cherche la conscience de la marque avant l'innovation scénaristique. Zoom, avec son scénario original et son manque de base de fans préexistante, serait une production beaucoup plus difficile à justifier aujourd'hui.
L'avenir incertain des films de seconde zone
Pour les films de seconde zone comme Zoom, l'avenir semble sombre au sein des grandes plateformes généralistes qui cherchent à plaire au plus grand nombre avec des algorithmes centrés sur l'efficacité. Le risque est de voir une homogénéisation croissante des offres, centrées sur des univers narratifs sûrs et rentables, laissant peu de place aux curiosités et aux expériences ratées.

Face à cette tendance, on peut toutefois entrevoir l'émergence de services spécialisés ou de niche. Des plateformes dédiées au cinéma classique, au documentaire, ou même aux « nanars » et films cultes pourraient prospérer en marge des géants. Ces services, souvent moins coûteux et plus passionnés, offriraient une alternative pour les spectateurs frustrés par l'instabilité et la standardisation des grands catalogues.
Implications pour la mémoire culturelle
La suppression programmée de Zoom et de dizaines d'autres titres similaires chaque mois ne constitue pas un événement isolé mais s'inscrit dans une tendance systémique aux répercussions multiples sur notre culture. Cette purge régulière des catalogues risque de créer des générations entières de spectateurs dont les références cinématographiques seront fragmentaires et dictées par les algorithmes de recommandation plutôt que par une exploration systématique de l'histoire du cinéma.
Une accessibilité en péril
La conséquence immédiate et la plus visible concerne l'accessibilité du film. Une fois retiré de Netflix, Zoom deviendra considérablement plus difficile à visionner pour le grand public. Selon sa disponibilité sur d'autres plateformes ou services de vidéo à la demande, les spectateurs devront soit souscrire un nouvel abonnement, soit payer un prix souvent élevé pour un achat ou une location numérique.
Cette fragmentation de l'offre renforce l'impression d'un marché du streaming de plus en plus morcelé, où chaque titre nécessite potentiellement un abonnement différent. Pour les personnes qui avaient ajouté Zoom à leur liste de visionnage en différé, la suppression représente une forme de brèche contractuelle morale. Ces listes, soigneusement constituées au fil des mois, constituent des promesses implicites que les titres seront disponibles quand on décidera de les regarder. Peaky Blinders The Immortal Man : date de sortie Netflix et guide complet du film avec Cillian Murphy rappelle d'ailleurs que même les succès populaires ne sont pas à l'abri d'une migration vers d'autres services, ou de délais de sortie qui perturbent les attentes des fans.
Le risque d'une histoire aseptisée
Sur le plan culturel, la disparition des films jugés « mineurs » ou « ratés » pose un problème fondamental. L'histoire du cinéma ne se construit pas uniquement avec des chefs-d'œuvre ; elle est aussi faite d'échecs, de tentatives avortées et de produits de leur temps qui reflètent les tendances d'une époque. Supprimer Zoom, c'est effacer une trace de l'histoire du genre des super-héros, de la carrière de Tim Allen, de l'évolution des comédies familiales des années 2000.
Les futures générations de cinéphiles, chercheurs et étudiants risquent de n'avoir accès qu'à une version épurée de l'histoire, expurgée de ses expériences ratées et de ses curiosités. Cette situation rappelle les débats sur la destruction des films jugés « sans valeur » par les studios à l'époque du nitrate, où des milliers de productions ont été perdues définitivement. Nous sommes peut-être en train de créer une culture aseptisée où seul le succès a le droit d'exister à l'ère numérique.
La frustration silencieuse des abonnés
Les forums spécialisés et les réseaux sociaux regorgent de témoignages de spectateurs exaspérés par ces disparitions incessantes. Cette frustration silencieuse s'accumule et contribue à une forme de lassitude face aux services de streaming, perçus comme de moins en moins fiables dans leur capacité à offrir un catalogue stable.
Cette instabilité pourrait profiter aux services qui communiquent sur la pérennité de leur catalogue. Des acteurs comme la Criterion Channel ou MUBI, spécialisés dans le cinéma d'auteur et classique, mettent en avant la permanence de leurs collections comme argument de vente. Pour les cinéphiles frustrés par les caprices des grands services généralistes, ces alternatives de niche deviennent de plus en plus attractives. Nous assistons peut-être aux prémices d'une scission du marché : d'un côté le streaming éphémère de masse, de l'autre, le streaming conservatoire pour passionnés.
Conseils pour naviguer dans la jungle numérique
Face à l'impermanence des catalogues de streaming, les spectateurs ne sont pas totalement impuissants. Plusieurs stratégies permettent de préserver l'accès aux œuvres menacées de disparition et de constituer une bibliothèque personnelle résistante aux aléas des négociations commerciales entre géants du divertissement. Voici quelques recommandations concrètes pour ne pas se retrouver démuni lorsque votre film favori disparaît silencieusement de votre plateforme préférée.
Le retour paradoxal au physique
La stratégie la plus robuste pour le cinéphile soucieux de conservation concerne un retour paradoxal aux supports physiques. Les DVD et Blu-ray, longtemps considérés comme des technologies obsolètes par les early adopters du streaming, redeviennent pertinents dans ce contexte d'instabilité numérique. Un disque acheté reste disponible indéfiniment, sans dépendre des décisions corporatives ou des renouvellements de licence.
Pour les films rares ou menacés de disparition comme Zoom, l'achat d'un DVD d'occasion sur les sites de vente entre particuliers constitue une assurance tous risques. Ces copies physiques, tant qu'elles sont soigneusement conservées, resteront lisibles indépendamment des décisions corporatives ou de la fermeture d'un serveur. De plus, les éditions physiques proposent souvent une qualité d'image et sonore supérieure aux versions compressées du streaming, accompagnées de bonus inestillables comme des making-of ou des commentaires audio.
La diversification des sources de consommation
Il est conseillé de ne pas dépendre exclusivement d'un seul service de streaming pour sa consommation audiovisuelle. Alterner entre plusieurs abonnements, utiliser les services gratuits avec publicité, explorer les bibliothèques municipales qui proposent souvent des collections de DVD ou des accès à des plateformes culturelles sont autant de moyens de réduire le risque de se retrouver privé d'un titre spécifique.
Parallèlement, il est judicieux de compléter les abonnements généralistes par des souscriptions à des plateformes de niche. Ces services, souvent moins soumis aux pressions commerciales des grands groupes, maintiennent des catalogues plus stables et plus éclectiques. Construire une bibliothèque hybride, mêlant streaming, VOD et physique, permet de naviguer avec agilité dans ce paysage changeant.
La vigilance active
Pour anticiper les suppressions de contenus, plusieurs sites web et applications proposent des alertes personnalisées. Des services comme What's on Netflix ou JustWatch recensent les arrivées et départs de titres sur les différentes plateformes, permettant aux abonnés de s'organiser en conséquence. Ces outils offrent une visibilité précieuse sur les mouvements de catalogues et peuvent éviter la mauvaise surprise de découvrir qu'un film de sa liste a disparu.
Enfin, n'oublions pas les ressources traditionnelles comme les médiathèques municipales, les associations de cinéphiles et les boutiques de seconde main qui proposent souvent des trésors que les algorithmes des plateformes ont oubliés. L'exploration active hors des sentiers battus du streaming mainstream permet souvent de redécouvrir la joie de la chasse au trésor cinématographique.
Conclusion
La suppression de Zoom du catalogue Netflix peut sembler anecdotique, voire justifiée compte tenu des qualités discutables du film. Pourtant, cet événement illustre parfaitement les mutations profondes qui affectent notre rapport à la culture audiovisuelle à l'ère du streaming. Les décisions corporatives dictées par des impératifs de rentabilité déterminent désormais quels films restent accessibles et lesquels disparaissent dans les limbes numériques, créant une forme inédite de censure économique qui ne dit pas son nom.
Face à cette réalité, les spectateurs doivent développer une nouvelle forme de littératie médiatique, celle de la conservation proactive. Attendre passivement que les algorithmes nous servent les œuvres que nous souhaitons voir devient une stratégie de plus en plus risquée. La constitution de bibliothèques personnelles, la diversification des sources de contenu et la vigilance face aux mouvements de catalogues constituent désormais des compétences essentielles pour tout amateur de cinéma souhaitant préserver sa liberté de visionnage. The Rip : critique du thriller Netflix avec Damon et Affleck nous rappelle d'ailleurs que les nouvelles productions originales, si elles attirent l'attention, ne doivent pas faire oublier l'importance de préserver l'accès aux œuvres du passé.
Le cas de Zoom nous invite finalement à une réflexion plus large sur la valeur intrinsèque des œuvres artistiques. Même un film raté mérite-t-il de disparaître ? L'histoire du cinéma se construit autant de ses triomphes que de ses échecs, et priver les générations futures de la possibilité de découvrir ces curiosités reviendrait à leur offrir une vision incomplète et aseptisée de notre culture audiovisuelle. Aux amateurs de cinéma de se mobiliser, par leurs choix de consommation et leurs pratiques de préservation, pour que les Zoom de ce monde continuent d'exister quelque part, hors des sentiers battus des algorithmes.