Le documentaire de Nathan Fielder et Lance Oppenheim s'approche au plus près d'Elizabeth Holmes, l'ancienne fondatrice de Theranos condamnée pour fraude envers des investisseurs. Mais voir une personne chez elle, avec son compagnon et son enfant, ne suffit pas à savoir ce qu'elle pense - ni à vérifier ce qu'elle affirme.

Selon le synopsis français, Holmes invite une équipe à la filmer 34 jours avant son incarcération, en 2023. Le projet devient une "odyssée" de trois ans, où se brouillent, selon la même présentation, les frontières entre vérité, illusion et manipulation. Le film dure près de trois heures et sortira en France le 30 décembre 2026.
Ce dispositif déplace le regard. L'affaire Theranos est aussi l'histoire d'une entreprise qui promettait des analyses médicales révolutionnaires, avant que sa technologie ne soit mise en cause et que la société ne fasse faillite. En se concentrant sur le quotidien de Holmes, le film peut montrer une personne plutôt qu'un personnage public. Mais cette proximité ne remplace ni les faits établis par la justice ni les questions sur les conséquences de l'affaire.
La caméra observe, puis construit un récit
Filmer les gestes ordinaires donne accès à des scènes que les audiences et les articles de presse ne montrent pas. Cela ne transforme pas pour autant la caméra en témoin neutre. Holmes accepte l'équipe, les cinéastes choisissent ce qu'ils filment, puis le montage organise ces images. Le spectateur voit donc une intimité réelle, mais à travers un récit construit.
C'est là que l'accès peut devenir trompeur : une scène domestique paraît parfois plus révélatrice qu'une déclaration publique, sans forcément l'être. Elle peut humaniser Holmes ou rendre sa présence mystérieuse ; elle ne permet pas, à elle seule, de trancher la véracité de ses propos. La question utile n'est donc pas seulement "que voit-on ?", mais aussi "qu'est-ce que ces images permettent réellement de savoir ?".
NPR a d'ailleurs présenté le film sous l'angle de ce que l'on apprend - et de ce que l'on n'apprend pas - sur Holmes. Cette réserve importe d'autant plus que l'attention portée à sa vie privée peut reléguer au second plan les investisseurs, les employés et les lanceurs d'alerte concernés par Theranos.
Le sujet relève ainsi moins d'une enquête sur les réseaux sociaux que d'une interrogation sur le pouvoir du documentaire : qui contrôle l'accès, qui façonne l'image et quelle place le montage laisse aux faits extérieurs au foyer filmé ? "You Can See Everything" promet une proximité rare. Reste à ne pas la confondre avec une transparence totale.