En 2022, Zaho est dans un studio d'enregistrement quand son téléphone sonne. Au bout du fil, Jean-Pascal Zadi lui parle d'un projet de film intitulé « Yo Mama ». La chanteuse, qui a toujours refusé les rôles qu'on lui proposait au cinéma, ne le sait pas encore, mais elle s'apprête à vivre un casting de trois heures qui va changer sa trajectoire. Un casting d'autant plus singulier qu'elle s'y présente « sans préparation particulière », comme elle l'a confié à Voici.

Un casting de trois heures, sans filet
Zaho n'est pas comédienne. Avant « Yo Mama », ses apparitions se limitent à de petites incursions dans « Nos Chers Voisins » et « Cut ! » en 2014. Pourtant, c'est bien elle que les réalisateurs Leïla Sy et Amadou Mariko veulent pour incarner Samira, l'une des trois mères qui décident de répondre par un clip de rap à celui, polémique de leurs fils de 11 ans.
La recommandation vient de ses propres producteurs, Tefa et Béatrice Bonnefoi, également chargés de la bande originale du film. Jean-Pascal Zadi, qui connaît bien l'univers de la chanteuse, sert d'intermédiaire. Zaho arrive donc au casting avec son instinct, et rien d'autre.
« J'étais autant excitée qu'apeurée. C'est comme lorsque je sors un nouvel album, je crains toujours de me planter », raconte-t-elle. La séance dure trois heures. Entre le début et la fin, les réalisateurs observent une « marge de progression notable ». La chanteuse a convaincu sans avoir répété, portée par une sincérité brute qui correspond exactement à ce que le film recherche.
Le rôle obtenu, Zaho ne s'appuie pas sur son seul talent naturel. Elle suit cinq mois de cours intensifs avec un coach de comédie pour préparer ce premier grand rôle. Un investissement qui montre que, si le déclic a été spontané, la construction du personnage, elle, a été rigoureuse.
Pourquoi Zaho a dit oui, après avoir tout refusé
La question mérite d'être posée : pourquoi accepter ce rôle quand on a refusé tous les autres ? La réponse tient dans ce que Zaho appelle « les rôles de chanteuse ». Avant « Yo Mama », les propositions qu'elle recevait la cantonnaient à un personnage proche de sa vie réelle, et aucun scénario ne parvenait à la toucher.
« Ce qu'on me proposait avant, c'est un peu ce que je faisais dans la vraie vie : des rôles de chanteuse. En réalité, je m'en fous que ce soit une chanteuse ou pas. Mais ces rôles ne m'avaient pas touchée et interpellée », explique-t-elle à Télé-Loisirs.
Avec « Yo Mama », le déclic est immédiat. En lisant le synopsis, elle verse une larme à un passage précis. « Je me suis dit que j'étais complètement dans le personnage de Samira alors que c'était la première version du scénario », confie-t-elle. Pour la première fois, une histoire la concerne personnellement. Samira, c'est une mère qui découvre le clip de rap de son fils et décide de lui répondre par les armes de la musique. Zaho, mère de deux garçons, s'identifie immédiatement.
Cette authenticité, elle la revendique aussi dans la musique du film. Avant même de tourner, les comédiennes ont enregistré leurs morceaux de rap. « Si ça n'avait pas été concluant, on ne serait pas allées au bout du projet. Le but du rap, ce n'est pas d'être excellent, c'est d'être sincère et crédible », rappelle-t-elle. Une philosophie qui résume son approche du rôle : ne pas chercher la performance, mais la vérité.
Un film inspiré d'un fait réel de 2015
« Yo Mama » n'est pas une fiction pure. Le film puise son inspiration dans un événement qui a marqué Sarcelles en janvier 2015. Des enfants de 10 à 13 ans y avaient tourné un clip de rap avec des liasses de billets et des armes factices, faisant l'apologie de la drogue et de la violence. La polémique avait été telle qu'une enquête avait été ouverte.
Amadou Mariko, originaire de la ville, a alors imaginé un renversement : et si des mères répondaient à leurs fils par le rap ? De cette idée est née la comédie réalisée avec Leïla Sy, où Claudia Tagbo et Sophie-Marie Larrouy donnent la réplique à Zaho. Le film, qui dure 1h37, a été tourné avec un budget de 6,5 millions d'euros.
De l'échec en salles à la seconde vie sur Netflix
À sa sortie en salles le 5 juillet 2023, « Yo Mama » réalise un score modeste : 170 000 entrées. Un résultat décevant pour une comédie ambitieuse portée par un trio d'actrices convaincant. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.
Quelques mois plus tard, le film arrive sur Netflix France en octobre 2023 (ou 2024 selon les sources) et trouve enfin son public. Il grimpe jusqu'à la troisième place du Top 10 de la plateforme, confirmant que le bouche-à-oreille numérique peut rattraper un échec en salles. Le film est également disponible sur Canal+, Molotov TV et France TV Amazon Channel.
Le 2 août 2026, « Yo Mama » a connu une nouvelle étape avec sa première diffusion en clair sur France 2. Le film a réuni 979 000 téléspectateurs, soit 7 % de part d'audience, se classant cinquième de la soirée derrière « Madame Web » sur TF1 et les programmes de M6, France 3 et W9. Un score honorable pour une comédie qui a d'abord été boudée par le public des salles.
Cette trajectoire rappelle celle d'autres films français qui trouvent leur public après coup, portés par le streaming. Pour Zaho, l'aventure ne s'est pas poursuivie : elle n'a fait qu'une apparition dans « Les Déguns 2 » depuis, sans réitérer l'expérience du grand rôle. Mais son passage dans « Yo Mama » reste un exemple de casting où l'instinct et la sincérité ont pris le pas sur la technique, et où une chanteuse sans préparation a su rendre crédible un personnage qui lui ressemblait. Une leçon que connaissent bien ceux qui ont vu le film trouver son public sur Netflix : parfois, le bon rôle arrive quand on ne s'y attend pas.