Diffusé pour la première fois à la télévision française dimanche 11 octobre 2026 en deuxième partie de soirée, Vermines de Sébastien Vaniček n'est pas seulement un film d'horreur avec des araignées. C'est un double message assumé par son réalisateur : une défense des araignées et une métaphore de la xénophobie. Et sa séquence finale en est la clef.

L'histoire, en deux mots
Kaleb (Théo Christine) est un jeune banlieusard des arènes de Picasso, à Noisy-le-Grand, passionné d'animaux exotiques. En conflit avec sa soeur Manon (Sofia Lesaffre) et son meilleur ami Mathis (Finnegan Oldfield), il s'offre une araignée venimeuse dans l'arrière-boutique d'une supérette qui pratique le trafficking de bestioles. L'animal s'échappe, se reproduit, et l'immeuble entier se retrouve confiné face à une invasion d'araignées qui grossissent.
Le film, premier long métrage de Vaniček, sorti en salles le 27 décembre 2023, a été tourné avec de véritables araignées - 200 à 250 individus selon le réalisateur, remplacés dès qu'ils fatiguaient. Il a décroché deux nominations aux César 2024 : meilleur premier film et meilleurs effets visuels. Au moment de ces nominations, il cumulait 247 798 entrées à fin janvier 2024, chiffre publié le 29 janvier 2024 et à prendre comme un bilan daté, non comme un total final d'exploitation. Stephen King a publiquement salué le film. Durée : 1 h 45.
Le propos animaliste : défendre les araignées
C'est le premier niveau de lecture, le plus immédiat : loin de diaboliser les araignées, le film fait exactement l'inverse. Sébastien Vaniček explique : "Il y a un propos profondément animaliste dans la protection animale dans ce film. Ça me tenait vraiment à coeur que les araignées soient bien traitées avant, pendant et après le tournage."
L'arachnologue Christine Rollard, du Muséum national d'histoire naturelle, le confirme dans l'article d'AlloCiné : "Les araignées mortelles pour l'homme n'existent pas." Les quelques décès annuels liés à des morsures le sont à des infections, pas au venin. Comparaison parlante : c'est le même ordre de grandeur que pour les attaques de requins, animal dont Les dents de la mer a fait un monstre de cinéma. La scène d'ouverture du film illustre le mécanisme : ce sont des humains qui rapportent la bête du désert, pas l'inverse.
La métaphore sociale : "tout le monde étant traité comme de la vermine"
Second niveau, plus politique, et c'est là que le titre prend tout son sens. Dans le dossier de presse, Vaniček explique avoir puisé dans son vécu : "Ce que les médias appellent le "syndrome du banlieusard" existe et je l'ai vécu. J'ai élargi ma réflexion autour du délit de faciès, sujet qui me touche beaucoup, et qui s'est incarné avec l'image de l'araignée."
L'image est ensuite assumée sans détour : l'araignée existe, elle circule partout, et "on ne veut pas la voir donc on l'écrase immédiatement". D'où le titre du film.
La structure du film suit la logique d'un délit de faciès collectif : les habitants sont confinés, l'immeuble quadrillé, les jeunes face aux forces de l'ordre. Le réalisateur assume un parti pris : "Je voulais surtout montrer le regard extérieur sur la banlieue et la façon de traiter le banlieusard."
La fin : spoiler intégral
Attention, la suite dévoile la séquence finale.
Dans le parking, Kaleb doit sortir de la voiture pour ouvrir la porte, dernier obstacle vers la liberté. Il se retrouve face à une araignée massive. Au lieu de l'écraser, il demande à sa soeur d'éteindre les phares. L'animal fuit.
Vaniček a voulu filmer ce face-à-face comme un western, c'est-à-dire comme un moment où l'on attend le coup de feu : "On s'attend à voir quelqu'un tirer, on ne sait pas qui va tirer en premier, il y aura un mort. Et en fait, ce n'est pas du tout ce qui se passe." Ce qui se passe, c'est qu'à ce stade du film Kaleb a compris et a évolué : l'araignée, elle, ne juge que le mouvement pour savoir si en face se trouve un prédateur. Et la morale, dit le réalisateur : "Si les gens communiquaient un tout petit peu plus, peut-être qu'il y aurait moins de violence."
Kaleb n'a pas vaincu les araignées : il a cessé de les considérer comme des proies.
Une réception plus contrastée que les éloges ne le suggèrent
Le film a été salué par Stephen King, présenté en clôture de la semaine de la critique de la Mostra de Venise, nommé deux fois aux César, et noté 3,8/5 par les spectateurs AlloCiné (début 2024). Mais une partie du public nuance l'enthousiasme.
Sur le forum DevilDead, le membre Teurk le Sicaire juge que "la critique des flics est assez grossière" et que la scène finale est "trop nawak" ; un autre intervenant, japi, estime que le film véhicule des clichés de la banlieue - le parler, la musique rap. Un avis spectateur AlloCiné parle, lui, d'un "sous-texte un peu grossier" et de "personnages stéréotypés pas assez développés".
Ce sont des avis amateurs, pas une critique institutionnelle, mais ils touchent un point réel : Vaniček lui-même a choisi de disséminer son propos tout au long du film, en acceptant que le spectateur ne le saisisse pas et passe avant tout un bon moment.
Où le regarder
Après sa diffusion du 11 octobre 2026 sur France 2, Vermines est disponible en replay sur france.tv. Le film reste accessible en VOD à la location (à partir de 2,99 € sur Canal VOD selon la fiche AlloCiné), ainsi que sur Arte Boutique et d'autres plateformes - les offres évoluant, il convient de les vérifier le jour de la consultation.