Claude Corti (Philippe Caubère), 54 ans, est le plus grand gangster de Paris. Son réseau s'étend dans toute la région et est très diversifié : proxénétisme, vente d'armes, trafic de drogue, etc. Il a une femme, Béatrice (Béatrice Dalle), qu'il aime. Il est riche. Il peut tout se permettre. La vie rêvée du truand, en somme.
Claude n'a confiance en personne. De ce fait, il se confie volontiers à Franck (Benoît Magimel), un jeune gangster réservé mais efficace. Lors d'une descente surprise dans l'appartement de Claude, ce dernier est arrêté et écroué pour une durée de trois ans. Il pense qu'un plan visant à le démettre de son pouvoir est en marche. Paranoïa ou réalité ?
La thématique du gangster est très ancienne, que ce soit en littérature ou au cinéma. Après avoir montré sur grand écran les truands des années 30 avec une multitude de films du genre ("Le Parrain", "Borsalino and co", etc.), les cinéastes visent le quotidien, notre réalité. En ce sens, les gangsters d'autrefois ont laissé leur place à ceux de nos contemporains dans les salles obscures. Une autre métamorphose est en place : le cinéma français. Ce dernier, longtemps cantonné dans les genres du drame ou de la comédie romantique, essaie depuis peu de se transformer avec plus ou moins de succès. "Le Serpent" d'Éric Barbier en est un témoin. "Truands" également.
Un réalisme qui sombre dans la surenchère
À première vue, le réalisateur Frédéric Schoendoerffer veut montrer avec beaucoup de réalisme l'univers mafieux parisien. Ainsi, l'intrigue très fine laisse place à une débauche de violence gratuite sans la moindre justification. Énucléation, torture, exécutions sommaires... On se croirait presque chez Tarantino mais en moins soft. Le sang coule pendant qu'on assiste médusé devant tant d'horreur. Est-ce nécessaire ? Là est la question. Voulant montrer la réalité de la violence, Schoendoerffer tombe dans la surenchère qui tient plus de la vraisemblance que du réalisme, avec notamment la scène de torture qui entretient les clichés du genre (insultes, torture, énucléation, envoi de morceaux humains).
Un rythme et un scénario en berne
Mais l'ensemble aurait pu être attrayant si le rythme était soutenu. Hélas, il ressemble plus à la marche d'un escargot fatigué qu'à celle d'un guépard aux aguets. Le film peine à donner de l'intérêt au spectateur. Le rythme est composé d'une série de dialogues inutiles au langage ordurier, ponctué par de rares scènes d'action aussi rapides que l'ouverture d'une fermeture éclair. Les scènes de sexe sont explicitement montrées. Nous pourrions nous demander si l'on regarde un long métrage ou "Le Journal du hard" sur Canal, tant elles sont crues et sans cohérence avec l'histoire principale. L'œil se détourne facilement de l'histoire pour s'endormir paisiblement.
Une interprétation acteurs convaincante
Le niveau du film est rehaussé par des acteurs qui se sentent concernés par leur sujet mais qui n'abattent pas parfaitement leur travail. Philippe Caubère reste le grand détour du film, incarnant un personnage aussi minable que caractériel, ne reculant jamais devant une occasion d'engueuler les autres. Une bonne interprétation nous est donnée, mais qui manque parfois de finesse en dérapant vers le "too much". Benoît Magimel est très sobre dans son interprétation d'un gangster solitaire et humain. À noter la présence de l'humoriste Tomer Sisley, signe d'un rôle à contre-emploi bien loin de celui qu'il revêt sur les planches de son one-man show.
Une démystification des gangsters, désireuse de se détacher des films du genre comme "Le Parrain", au prix d'un film lent et sans aucune saveur qui n'invite à aucun moment le spectateur à s'investir pleinement dans son intrigue. À défaut d'être un grand film, "Truands" symbolise l'envol du cinéma français vers de nouveaux horizons. À éviter.