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Cinéma

Troie, j'irais pas le voir trois fois !

Entre esthétique soignée et choix narratifs discutables, retour sur un péplum qui manque de profondeur.

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Filmer l'adaptation d'un conte, d'un chapitre de la bible ou d'un épisode de mythologie n'est pas chose facile. En effet, tout le monde connaît l'histoire et sait comment elle finit. Tout réside alors dans les choix narratifs (façon dont est racontée l'histoire, ordre chronologique, flash-backs, ellipses temporelles, point de vue) et les choix esthétiques (échelle des plans, mouvements de caméra, lumière, son...).

J'ai passé un bon moment au cinéma car les images étaient belles. Cependant, plusieurs choix du réalisateur ne concordaient pas avec le sujet traité.

Pourquoi le titre "Troie" est-il mal adapté ?

Tout d'abord, le titre, "Troie", n'est pas approprié. Il ne reflète pas du tout l'image du film. Avec ce titre, on s'attendrait à une lutte entre deux camps dont l'enjeu serait cette ville. On la verrait mise en valeur, on nous montrerait toute la richesse et l'organisation qui règnent dans cette cité légendaire, sa population, ses activités... Il n'en est rien.

Comme on parle de rois, on ne parie pas de l'argent mais des villes (ce qui implique aussi une armée, un relais stratégique...). Bref, Troie est au centre d'un conflit politique, mais il aurait tout aussi bien pu s'agir d'une autre ville. Ici, on se demande qui aura Troie, mais on ne s'inquiète pas de l'avenir de la ville. Il n'émane de Troie aucune puissance, aucune émotion ; c'est une ville comme les autres, constituée de quelques briques. Si elle semble difficile à pénétrer au départ, ce n'est que le résultat du travail de quelques hommes. Le réalisateur n'insiste pas sur le fait qu'elle est réputée imprenable.

Où sont passés les dieux dans le film ?

Les personnages sont censés faire vivre cette histoire, eux et leurs histoires d'amour et de fierté. Ce qui paraît étrange, c'est que la mythologie grecque foisonne de divinités. Je veux bien croire que certains à l'époque n'y croyaient pas (comme Achille), mais on ne peut pas nier leur présence. Elles sont inscrites dans l'histoire des personnages et dans l'Histoire tout court. C'est pourquoi certains passages sont flous.

Choisir de parler d'un événement quasi religieux de façon réaliste était un pari perdu d'avance (c'est comme parler de Moïse sans parler de Dieu). Pire encore, on ne sait rien d'Achille et du Styx. Donc, quand Paris lui décoche une flèche dans le talon, on se demande pourquoi il meurt.

On est perdus parce qu'on sait qu'Achille est censé être invincible (semi-mortel). On attend le moment où l'ennemi désespérera en lui coupant la gorge et qu'il se relèvera. Comme ce moment n'arrive jamais, on abandonne l'idée de la légende de l'homme semi-mortel, mais elle revient juste avant la fin. Finalement, un grand guerrier qui meurt d'une égratignure au talon, c'est non seulement pas crédible, mais surtout ridicule.

Dans la même veine, l'auteur passe sous silence le thème du destin tragique. Or c'est inévitable dans la mythologie, car les erreurs du père se payaient souvent aux frais du fils ou du petit-fils. Là, rien, alors que les relations père-fils-frère-cousin et le thème de la vengeance sont bien présents (il y a même un clin d'œil à Enée, le prochain grand roi). Encore une fois, ce souci de réalisme... nuit au réalisme.

Le problème de la violence et des combats

Quelqu'un m'a dit en sortant : "Une bonne dose d'hémoglobine !", mais je ne trouve pas. Les combats sont un peu décevants à ce niveau. Il est rare qu'un bouclier soit transpercé ou une armure brisée. On a l'impression qu'ils ont peur de détruire le matériel quand ils se tapent dessus : ils ne font que courir. Pas d'animaux blessés non plus ! Aucune violence ! Ce qui n'est pas compensé par les plans larges qui ne nous mettent pas trop dans l'action.

Dans ce film où les liens du sang sont importants et où les affrontements au corps à corps sont fréquents, le sang et la chair auraient pu tenir une autre place. D'autant plus qu'à cette époque, les corps parfaits étaient à la mode (jetez un œil aux statues).

En revanche, bravo pour la scène d'attaque de nuit qui rendait plutôt bien sur grand écran.

Analyse des acteurs : Orlando Bloom et Brad Pitt

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Orlando Bloom est très bien choisi pour le rôle de Paris, le lâche et l'indécis. Avec ses yeux larmoyants, il convient tout à fait au rôle du jeune homme inexpérimenté et plein de fougue qui agit sans réfléchir. Son visage assez pur convient aussi aux traits insolents d'un jeune prince (resté en vie alors que son frère aurait fait un parfait roi).

Bon c'est vrai, je n'aime pas trop Orlando Bloom, mais un petit flash-back :

  • Le Seigneur des Anneaux : "Le soleil est rouge, du sang a dû couler cette nuit" et il se remet à courir... Légolas, tu nous ralentis là ! Quand on n'a rien à dire, on se la ferme !
  • La Chute du Faucon Noir : un petit jeune, il arrive un peu après le début, une demi-heure plus tard il est mort. Ok... Il devait avoir une heure de pause pendant le tournage du Seigneur des Anneaux, et comme il leur manquait un figurant...
  • Pirates des Caraïbes : "Isabelle, j'aurais dû vous le dire tous les jours depuis le premier jour, je vous aime !...", no comment.

On voit qu'il a souvent le rôle du jeune premier qui évolue au fil du film. Ça lui colle à la peau et il le fait plutôt bien. Mais il n'apporte pas grand-chose de nouveau (bon, je dis ça mais je le trouve très mignon malgré tout).

Brad Pitt en revanche... c'est bizarre. On dirait qu'il n'est pas dans le rôle. On dirait que les seules indications qu'il a reçues, c'est d'être sûr de lui et d'être beau. Il est beaucoup mieux dans Rencontre avec Joe Black (il paraît qu'il joue très bien dans Le Mexicain aussi, je ne sais pas). On voit qu'il a subi un entraînement pour les combats.

Par contre, j'adore qu'il soit obligé de se mettre nu pour se laver la figure, ou qu'il dorme nu au cas où une superbe vierge viendrait sur lui au milieu de la nuit (bon d'accord, il fait chaud, mais elle, elle reste habillée !). Je ne me plains pas qu'on voie enfin plus d'hommes nus que de femmes dans un film, mais si on faisait la part des choses pour une fois... Et au niveau du visage, il n'est pas si beau. Débat lancé !

J'adore aussi quand il se bat avec son cousin en même temps qu'il discute philosophie avec Ulysse.

Quelles sont les incohérences scénaristiques ?

Ça m'a fait beaucoup rire, Hector, qui trouve le moyen de trébucher sur une pierre au milieu d'un terrain désertique et plat. Encore plus drôle, Achille qui le laisse se relever (style "je suis loyal"). En même temps, t'es pas si généreux : faut vraiment avoir la poisse pour se prendre le seul caillou à 5 km à la ronde !

Pas mal aussi (mais ce n'est pas le seul film) la superbe fille maltraitée par les vilains hommes méchants et poilus : quand on se prend une mandale comme celle que reçoit Briseïs, on a le visage tout bouffi après, même si on est soigné par Brad Pitt.

En outre, il paraît que l'histoire est complètement remaniée et qu'elle ne correspond plus à ce qu'on a toujours pu lire dans les manuels de latin. En ce qui me concerne, je ne me souviens que des grandes lignes. Ce film ne fait pas le poids face à des monstres du péplum tels que l'intouchable Gladiator.

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